Application
à l'éclairage de la crise
d'adolescence
Daniel Favre
et Catherine Favre
Les
développements de la neurobiologie,
de la psychologie, de l'éthologie
humaine et particulièrement des
interactions entre ces disciplines
permettent de se représenter
autrement les motivations humaines. Le
modèle présenté
suggère l'existence de deux
systèmes de motivation
interdépendants, liés
à deux sortes de satisfactions
opposées et complémentaires.
Dans le premier cas, la gratification est
perçue dans les situations de
dépendance ; dans le second cas, le
plaisir ou la motivation est
associé à la
responsabilité et à
l'autonomie. Au cours de la croissance, le
second système de motivation est
appelé à relayer
progressivement le premier jusqu'à
devenir théoriquement
prépondérant à
l'issue de la crise d'adolescence.
Cependant, un parasitage du premier
système de motivation ou l'absence
de valeurs visant l'individuation peuvent
rendre plus difficile le
dépassement de cette crise. Il
parait nécessaire de savoir
identifier quel type de motivation est
à l'oeuvre dans la conduite d'un
adolescent afin de pouvoir l'aider
éventuellement à
réaliser les renoncements
nécessaires et à franchir
les épreuves inévitables qui
le conduiront vers la maturité
psychique.
Notre premier
objectif consiste à communiquer un
modèle complexe de représentation,
original à notre connaissance, des
motivations humaines. Des modèles complexes,
c'est-à-dire prenant en compte
différents types de motivations, ont
déjà été
élaborés (Diel, 1947 ; Nuttin, 1980 ;
Dici et Ryan 1985) en utilisant une approche
différente de la nôtre. Ce
modèle-ci est en effet issu d'une recherche
transdisciplinaire (Favre D. et Favre C., 1991,
1992) et, comme pour toute construction
théorique, seule son utilisation pratique
peut en démontrer le caractère
opérationnel et en définir les
limites d'application. C'est le second objectif que
nous souhaiterions atteindre dans cet article, en
tentant d'éclairer les motivations mises en
jeu au cours de la crise d'adolescence. Le
dénouement de celle-ci est peut être
lié en partie à la manière
plus ou moins pertinente que nous avons de nous
représenter son sens et ses enjeux et,
à partir de ces représentations,
d'élaborer des stratégies d'aide ou
de thérapie et de nous situer dans notre
relation avec les adolescents, en situation
parentale ou éducative au sens
large.
1 Contextes
biologique et neurobiologique des
motivations
Avant
d'entrer pleinement dans le sujet, nous
souhaiterions rappeler quelques circonstances qui
ont favorisé sur cette planète
l'émergence de l'Homme sous sa forme
actuelle. Cela revient à introduire le
concept d'évolution biologique : comme
chacun le sait plus ou moins, l'évolution
est pour le moment le seul modèle
théorique qui rende compte de l'ensemble des
faits biologiques et de l'existence de tous les
êtres vivants.
Dès
l'origine de la vie, avec l'apparition des
bactéries, il y a plus de trois milliards
d'années, un "moteur" anime les êtres
vivants, favorise leur survie, leur reproduction et
leur évolution. Ce moteur est une des
composantes de l'instinct, qui regroupe un grand
nombre de mécanismes biologiques
régulateurs dont certains sont encore
mystérieux et échappent à
l'expérimentation scientifique. On peut dire
en résumant que l'instinct désigne
à la fois un moteur et une source
d'informations qui régule et coordonne les
mécanismes de la vie individuelle et
collective, dans un environnement qui, au fil du
temps, ne cesse de changer.
Les anthropologues
font remonter en général la
distinction entre les hominiens et les autres
primates à deux à trois millions
d'années en arrière, lorsque nos
ancêtres acquièrent le pouvoir de
fabriquer des outils et de les perfectionner ; cela
signifie qu'ils ont commencé à cesser
d'obéir à leurs instincts (autres que
neurovégétatifs bien sûr). Une
autre sorte d'évolution, l'évolution
culturelle, succède à la
précédente au fur et à mesure
que se développe la conscience individuelle.
La conquête des abstractions, le langage
fondé sur les mots et la fabrication
d'outils paraissent indissociables et sont
indispensables pour expliquer les capacités
d'innovation que manifeste l'espèce humaine.
Ces acquisitions ont cependant un prix et des
conséquences importantes.
Le "prix"
résulte de l'incompatibilité qui
existe entre deux modes de "dirigisme" : le
dirigisme par l'instinct, et le dirigisme par la
conscience individuelle. Extrêmement pauvre
en instincts, l'homme est donc contraint
d'être dépendant, pendant une partie
de son existence, d'autres humains, à la
fois pour savoir qui il est et pour acquérir
les connaissances et les savoir-faire
nécessaires à sa vie et à son
développement dans une
société. La finalité
première de l'éducation, souvent non
reconnue comme telle, est de suppléer
à l'affaiblissement de l'instinct
Aujourd'hui, si le sens de cette suppléance
demeure évident chez le petit enfant, il est
devenu bien plus flou chez l'adolescent où
sont confondus souvent acceptation de
l'émancipation et démission, dialogue
avec l'adolescent et identification à
celui-ci.
Lorsque l'instinct
s'est estompé progressivement chez nos
ancêtres, ceux-ci ont perdu non seulement une
banque d'informations programmant des comportements
adéquats à la survie bien que
limités en nombre, mais également un
"moteur" qui engendrait l'action. Quels sont les
nouveaux moteurs qui ont pris alors le relais
?
C'est seulement en
1954 qu'a été mis en évidence
le relayage biologique des instincts par les
circuits de renforcement des
comportements.
En montrant que des
rats qui avaient la possibilité de stimuler
électriquement certaines régions de
leur cerveau recommençaient sans cesse
jusqu'à ce que mort s'ensuive (par
déshydratation), Olds et Milner (1954),
comme Delgado le fera ensuite chez des sujets
humains (1976), faisaient la preuve qu'il existe
dans le cerveau des mammifères des circuits
de renforcement positif du comportement plus
puissants que les instincts de survie ou de
reproduction. La stimulation de ces circuits par
une expérience fortuite entraîne
ensuite sa reproduction. L'avantage biologique d'un
tel dispositif est de taille : les animaux
dotés de telles structures ont la
possibilité de mémoriser et de
reproduire des conduites qui ne sont pas
programmées génétiquement.
Les sujets humains
à qui Delgado a proposé cette
expérience, ont décrit une sensation
d'intense plaisir et de bien-être, ce qui a
fait qualifier ces circuits de "centres de
récompense". Cette appellation moralisante a
selon nous l'inconvénient de masquer leur
caractéristique fondamentale : leur
stimulation se manifeste objectivement par la
répétition du comportement initial et
s'accompagne subjectivement d'un sentiment de
satisfaction. Plus récemment ont
été mis en évidence des
circuits nerveux complémentaires : les
circuits de renforcement négatif du
comportement (De Molina et Hunsperger, 1962). Leur
stimulation entraîne au contraire
l'évitement du comportement qui a
provoqué leur stimulation, ce qui rend
possible le changement de comportement. Leur
stimulation artificielle chez des sujets humains se
traduit subjectivement par un sentiment
d'anxiété plus ou moins important, ce
qui les a fait qualifier de "centres de punition".
Or ces circuits nerveux sont indispensables
biologiquement pour interrompre la
répétition d'actes devenus
incompatibles avec la survie : lorsqu'ils sont
court-circuités par le dispositif
expérimental dans l'expérience d'Olds
et Milner, les rats répètent leurs
actes jusqu'à ce que la mort les
interrompe.
En
résumé, l'évolution biologique
nous a pourvus, nous êtres humains, de
structures nerveuses qui entraînent la
répétition et procurent du plaisir,
et d'autres qui permettent le changement de
comportement en produisant un sentiment
d'anxiété, sans que l'on puisse
affirmer, des deux manifestations (mécanisme
biologique ou sentiment éprouvé)
quelle est la cause de l'autre. Comment ces
schémas de base vont-ils être
intégrés dans le développement
et l'équilibre des motivations de l'individu
?
2 Un modèle
complexe des motivations humaines : application
à la crise d'adolescence
Nous ne
développerons pas ici le cheminement qui
nous a amené à construire ce
modèle (cf Favre C. et Favre D., 1991 p.79
à 88, 99 à 102 et 145 à 202).
Il nous suffit de préciser que notre
réflexion sur le thème des
motivations s'est développée
indépendamment des auteurs cités dans
l'introduction de cet article et avec les exigences
suivantes :
- tenir compte
d'une part des propriétés des
circuits nerveux de renforcement et d'autre part du
décalage de maturation biologique entre la
mise en route de ces circuits dès avant la
naissance en relation avec les émotions et
les affects, et celle des régions
fonctionnellement associées au traitement
cognitif dont la maturation se termine vers 15
à 16 ans.
- prendre en compte
les acquis d'approches aussi différentes
(voire contradictoires) que la psychanalyse, la
psychologie humaniste, la psychologie des
profondeurs, après en avoir identifié
précisément le domaine de
validité.
Des
systèmes de motivations opposés et
complémentaires
Ce modèle
postule tout d'abord l'existence de deux
systèmes de motivation
complémentaires, appelés à se
relayer au cours du développement d'un
être humain. Tels que nous les avons
modélisés, ces systèmes
correspondent à différents types de
"programmation" possibles des circuits nerveux de
renforcement positif et de renforcement
négatif.
Dans le premier
système de motivation (SM1),
prépondérant au cours des premiers
âges de la vie, le sentiment de
bien-être serait associé à la
satisfaction de besoins biologiques et
psychologiques essentiels, dans une relation de
dépendance à autrui. Cette
satisfaction entraîne une réduction
temporaire de la tension préalable
elle-même liée à un manque de
nourriture, de contacts...etc. La
préexistence de cette tension demande que la
latence entre le stimulus interne et la
satisfaction soit réduite, sous peine de
sensations désagréables. Ce type de
satisfactions est associé à une
période de la vie où la conscience
individuelle est embryonnaire. Il est indispensable
que chaque enfant ait éprouvé ce
plaisir qui forge sa confiance en lui et dans la
vie et lui donnera la possibilité plus tard
d'établir des liens durables et de s'ouvrir
à autrui. Le déplaisir réside
ici dans l'impossibilité d'accéder
-ou la peur de perdre l'accès- à ce
type de plaisir. Au fur et à mesure du
développement de l'enfant, ce premier
système de motivation perd de son importance
comme moteur de l'individu. Il demeure cependant et
se manifeste à nous par le plaisir que nous
avons à réaliser des tâches
déjà maitrisées, à
retrouver des situations connues, des personnes qui
nous procurent de l'affection ou une reconnaissance
dans notre environnement socio-familial ou
professionnel. Le fonctionnement du SM1 pourrait
ainsi rappeler la notion freudienne de plaisir,
fondée elle aussi sur le soulagement d'une
tension, et tendant à rétablir
l'équilibre interne, l'homéostasie du
sujet. Les conduites plus ou moins automatiques
qu'il produit pourraient correspondre aux
"comportements qui ne sont pas
déterminés par soi" (non self
determined behaviors) modélisés par
Dici et Ryan (1985) dans lesquelles
l'émotion ou le sentiment ne seraient pas ou
peu intégrés consciemment par le
sujet. Ces auteurs prennent l'exemple d'un
conducteur ayant peur de rouler sur l'autoroute et
qui, n'intégrant pas cognitivement et
consciemment cette émotion, serait
amené à y réagir en insultant
les conducteurs qui le doublent. On voit dans cet
exemple que la référence qui fonde la
sécurité du sujet est externe
à lui, ce qui est une des
caractéristiques du fonctionnement dans le
premier système de motivation.
Dans le second
système de motivations (SM 2), le
plaisir aurait pour origine les conduites par
lesquelles un être humain gagne de
l'autonomie (physique, intellectuelle, ou
affective), surmonte des difficultés, montre
ses aptitudes -à lui-même d'abord et
aux autres ensuite-, fait preuve de création
et d'innovation. Ce type de plaisir ne
s'épuise pas car il n'est pas le
résultat de l'apaisement d'une tension mais
le résultat d'un mouvement de croissance ou
de réalisation de soi. Pour cette raison, il
est indissociable d'une position de
responsabilité. Les satisfactions
associées à ces comportements sont
souvent repoussées dans le temps et
nécessitent un investissement soutenu. La
perspective d'une nouvelle épreuve est
source d'anxiété,
anxiété tempérée par le
souvenir des réussites antérieures et
l'expérience du changement comme source de
nouvelles possibilités
d'épanouissement et de dépassement de
soi. La référence qui fonde la
sécurité du sujet est interne ; elle
résulte de l'intériorisation de
l'amour et de l'estime reçues des adultes
(SM1) et repose sur l'estime de soi et une
capacité d'empathie avec soi-même. Par
conséquent la séparation, le deuil
par rapport à certaines situations,
comportements ou personnes, est plus facile que
dans le fonctionnement SM1. Très
précocement, un enfant humain peut
connaître le plaisir SM2, d'autant plus que
son environnement humain l'encourage dans la
conquête de son autonomie.
On pourrait
rapprocher le SM2 de la "pulsion évolutive"
décrite par Diel (1947), de la pulsion
d'individuation chez Jung (1947), de la "tendance
de tout être humain à s'actualiser" de
Rogers (1961), de la "pulsion d'accomplissement"
d'Atkinson et Feather (1966). Maslow (1972) avait
déjà souligné que les
personnes animées par la "pulsion de
développement" présentaient une
moindre dépendance par rapport aux
sollicitations extérieures
(publicité, plaisirs sophistiqués).
Cette motivation, parce qu'elle manifeste la
"tendance constructive du dynamisme humain"
(Nuttin, 1980), ne semble pas asservie aux cycles
tension/décharge associés à la
satisfaction des besoins plus primaires
évoqués précédemment.
Comme J. Nuttin (1980, p 201-204), nous avons donc
tendance à nous représenter
l'évolution biologique et psychologique
à travers deux mouvements
complémentaires de sens opposé :
"l'un descend vers la décharge,
l'équilibre et le repos ; l'autre rompt
l'équilibre atteint et construit des
états de tension et des structures de
complexité croissantes". Les conduites
motivées par le SM2 semblent être
initiées par un choix ou au moins une
intention consciente, se rapprochant en cela de ce
que Dici et Ryan (op. cit.) désignent par
une "conduite auto-déterminée"
(self-determinated behaviour). Reprenant l'exemple
cité plus haut, ces auteurs imaginent cette
fois que le conducteur, ayant pris conscience de sa
peur et l'acceptant, se fixe comme objectif de
parvenir à conduire sans peur sur
l'autoroute. L'émotion dans ce cas est
intégrée consciemment et
associée à des processus cognitifs et
à des valeurs, au sens de Feather (1992) .
Dans les
schémas qui vont suivre, et qui n'ont valeur
que de "cartes" pour illustrer comment les deux
formes de motivation coexistent et se relaient au
cours de la vie, chaque système de
motivation est représenté par une
flèche dont la densité optique est
fonction de la "puissance" de la motivation qu'il
fournit à l'individu. Quel que soit le
moment de la vie concerné, la somme des
parts de chacun des systèmes est tenue pour
constante. Dans ce modèle, motivation et
état vivant sont complètement
interdépendants et indissociables, et les
deux systèmes de motivation ne s'opposent
que par les comportements qui leur sont
associés.
Deux
périodes sont considérées
comme très importantes pour le
développement psychique ; elles sont
représentées par un espace blanc car
il serait trop difficile de schématiser les
multiples mouvements qui affectent alors
l'individu. La première récapitule au
niveau de l'individu la
séparation-individuation qui a permis
l'émergence de la conscience
réfléchie et se situe entre la
naissance biologique et l'accession à
l'identité (CN : crise associée
à la naissance). La seconde période
de grand développement, la crise
d'adolescence (CA) débute avec la
puberté et débouche
éventuellement sur une
séparation-individuation d'un autre niveau
(Favre et Favre, 1991).
Au cours de ces
crises maturantes, la part revenant à chacun
des systèmes est remise en question ; le
dépassement de la crise s'accompagne d'une
augmentation sensible de la part du second
système de motivation.
Sur les
schémas suivants, le passage du clair au
foncé indique une diminution de la puissance
du système de motivation concerné ;
au contraire l'obscurcissement de la flèche
traduit une augmentation de cette
puissance.
- le
système de motivation n° 1 : SM1
- le
système de motivation n° 2 :
SM2
- Crise ou
séparation-individuation liée
à la naissance : C.N.
- Crise ou
séparation-individuation liée
à l'adolescence : C.A.
Dépendance
maximale
Non-dépendance
maximale
Ce schéma
souligne le fait que la dynamique de croissance
d'un être humain est une dynamique
d'individuation. On peut remarquer que le relayage
du premier système de motivation par le
second au cours de la croissance illustre et
prolonge le mouvement d'autonomisation
déjà observé au cours de
l'évolution biologique.
Dans ce
schéma de développement idéal,
le premier système de motivation est tout
juste prépondérant sur le second au
début de la crise d'adolescence. L'enjeu de
la crise réside alors dans une bascule de
l'équilibre au profit du second
système de motivation. Ce renversement va
s'effectuer au cours de la crise, au travers de
deux mouvements complémentaires, expulsif et
impulsif. Dans le premier mouvement, il semblerait
que l'individu organise pour lui-même une
catharsis destinée à le
libérer des limitations que son
éducation a installées en lui.
L'adolescent rejette les images
véhiculées par son environnement, nie
les liens familiaux et remet en question les
valeurs que celui-ci lui a proposées durant
son enfance, prenant ainsi du recul par rapport aux
gratifications du SM1. Parallèlement,
l'adolescent recherche au travers
d'expériences variées une nouvelle
manière d'être au monde ; il
définit ses valeurs, intègre de
nouveaux schémas cognitifs et
développe des potentialités latentes.
Cette impulsion s'appuie sur le fonctionnement du
SM2. Une fois ces transformations
opérées en lui, l'individu est
prêt à la métamorphose : il va
sortir de la crise en faisant le choix conscient
d'une vie autonome en interdépendance
(matérielle, intellectuelle et affective)
avec autrui, ce qui lui ouvrira la
possibilité de s'engager dans des relations
transformatives, en particulier avec l'homme ou la
femme aimé(e). Le deuxième
système de motivation devient
prépondérant, et cette situation
où le temps, le vieillissement, et les
multiples deuils sont acceptés et
vécus comme la condition d'une
perpétuelle renaissance, est l'indice de
l'accession à la maturité psychique
et aux joies spécifiques qui
l'accompagnent.
Les obstacles
à la résolution de la crise
d'adolescence : le parasitage des systèmes
de motivation
Cependant, les
données de la clinique psychologique nous
amènent à constater que très
souvent la part du deuxième système
de motivation n'est pas
prépondérante, l"adulte" restant
prisonnier de conduites adolescentes voire
infantiles.
Pour tenter
d'expliquer cette réalité, nous avons
fait l'hypothèse de l'existence de
"programmes étrangers" qui renforceraient la
puissance du premier système de motivation.
Ces programmes étrangers résultent de
l'intériorisation d'injonctions de type
hypnotique, verbales et non-verbales, qui
entraînent la répétition
d'actes ou de pensées limitant le
développement de l'autonomie de l'individu.
Ces programmes comportementaux se construisent le
plus souvent pendant l'enfance, comme une
réponse d'adaptation à une demande de
l'environnement humain. Parce qu'ils perdurent
à l'insu de la conscience, ils s'opposent
ensuite à l'épanouissement complet de
la personne. Celle-ci les "tolère" car ils
sont source d'un autre type de plaisir qui fait
exister un système de motivation
parasité.
Dans le premier
système de motivation parasité
(SM1p), le plaisir serait associé au
maintien d'une dépendance anormalement
élevée. Ceci va se traduire chez
l'individu par une relation de drogué
à drogue vis-à-vis de certains
comportements, personnes ou situations,
reconnaissable par des signes d'exclusivité
qu'exprime le sujet, exemple : "je ne peux pas
imaginer de me retrouver seul" ou par la
disproportion des émotions ressenties par
rapport aux situations qui les provoquent, exemple
: " j'ai horreur des personnes qui monopolisent la
parole".
Dans ce cas, on
peut imaginer que l'enfant n'a pas
bénéficié d'un amour
"suffisamment bon" (Winnicott, 1975). Ainsi il a pu
être frustré et/ou "gavé" du
plaisir SM1 vécu dans la relation
fusionnelle de la petite enfance, ce qui le
maintiendra dans la dépendance d'autrui et
dans une position d'objet. Il est possible aussi
que son environnement humain, au cours de sa
croissance, ne lui ait renvoyé que peu de
signes d'estime et ne l'ait pas encouragé
à se développer pour lui-même,
limitant ainsi le développement de sa
confiance en lui. Du fait de ces programmes
étrangers, l'individu va alors
privilégier la relation de dépendance
comme source principale de plaisir, et se
détourner des conduites et des satisfactions
liées à l'individuation. D'autres
auteurs rendent compte d'un parasitage de la
motivation. Freud a été l'un des
premiers à montrer comment l'expression de
la pulsion de vie peut être contrariée
au cours du développement et comment son
refoulement induit la persistance de désirs
infantiles chez l'adulte (Freud, 1915). Dans sa
conception de la motivation, Diel (1947) explique
comment le désir essentiel de
réalisation de soi, s'il est
contrarié, peut être refoulé et
susciter "une fausse motivation". Avec une autre
approche, Dici et Ryan (op. cit.) indiquent qu'un
enfant inadéquatement aimé peut, par
compensation de la frustration affective,
développer un besoin de substitution, par
exemple un besoin accru de nourriture. Ces
descriptions traduisent à nos yeux des
modalités d'expression du SM1p.
L'existence d'un
tel parasitage entraîne un
déséquilibre des forces au profit du
premier système de motivation. Ceci est
traduit sur le schéma suivant par un
noircissement accru par rapport au schéma
précédent, de la flèche
correspondant au SM1. Par voie de
conséquence, la part de satisfactions
perçues en SM2 est plus faible. La crise
d'adolescence ne permet pas l'inversion du rapport
SM1 / SM2. L'équilibre qui s'installe alors
empêche la poursuite de
l'individuation.
Dépendance
maximale
Non-dépendance
maximale
Ce schéma
illustre comment le relayage insuffisant d'un
système de motivation par l'autre produit
chez le post-adolescent un tiraillement entre des
désirs contradictoires. "J'aimerais bien
changer mais pourvu que rien ne bouge !" est
souvent le sentiment paradoxal qu'il pourrait
exprimer. La personne est partagée entre
deux motivations opposées dont
l'intensité est similaire : le plaisir
d'être responsable, d'être le "pilote"
de son existence, et celui de rester
dépendant, soumis, "assisté" et
irresponsable. On peut rapprocher cette souffrance
de ce que la psychanalyse a qualifié de
"névrose".
Si cet état
de conflit se prolonge, la suspension de
l'individuation provoque le prolongement de la
crise d'adolescence. L'individu "parasité"
ne peut accéder à la maturité
et accueillir l'écoulement
irréversible du temps. Il est le plus
souvent prisonnier de conduites
répétitives et quelquefois
compulsives qui le piègent dans un temps
"circulaire" où il se retrouve
périodiquement à la "case
départ"... sauf si une remise en question
profonde de cet équilibre lui ouvre à
nouveau la possibilité d'accéder
à une séparation-individuation
débouchant sur la maturité. Il ne
nous semble pas qu'il y ait un âge limite
pour ce type de naissance, que nous avons
appelée "naissance du quatrième type"
(Favre
et Favre, 1991) à partir de laquelle nous
avons enfin l'énergie intérieure
suffisante pour nous engager à fond dans nos
propres projets et les mener à terme
malgré les difficultés.
Avant d'explorer
plus avant les applications de ce modèle,
nous voudrions mentionner qu'à la suite de
la rencontre avec la pensée de P. Diel, nous
avons été amenés à nous
interroger sur la possibilité de l'existence
d'un parasitage du second système de
motivation. On peut imaginer en effet des
injonctions visant cette fois le fonctionnement en
SM2. Exemple : "deviens autonome, ne sois pas
dépendant des autres". Ceci pourrait
provoquer chez le sujet une "exaltation de la
pulsion d'évolution" (Diel, op. cit.). Ces
injonctions, introjectées par le sujet ("je
me dois d'évoluer") constituent cependant
pour lui une norme, et à ce titre le
maintiennent en référence externe. A
nos yeux, ce détournement de l'idéal
d'individuation au profit d'une satisfaction de
l'ego s'origine dans une frustration des besoins
SM1 de la prime enfance et témoigne d'une
forme différente d'adaptation à un
parasitage du premier système de motivation.
Le plaisir SM2 dans notre modèle correspond
à la satisfaction ressentie
spontanément lorsque l'on gagne en
individuation, plaisir qui s'accompagne du
sentiment d'être "dans le sens de la vie". Ce
plaisir ne peut donc être le résultat
d'une mise en conformité de nos actions avec
des instructions d'origine externe. Pour cette
raison, le SM2 ne nous parait pas parasitable. Tout
en restant ouverts à une évolution de
cette conception, nous conservons pour l'instant
l'hypothèse de trois systèmes de
motivation.
Ces trois
systèmes de motivation participent plus ou
moins à l'économie intérieure
de l'individu et lui procurent chacun un type de
plaisir et de frustration spécifique. On
peut donc évaluer les fluctuations de son
état intérieur en fonction de trois
différentiels :
... et
repérer les systèmes de motivation
qui sont en jeu dans un fonctionnement idéal
ou dans un fonctionnement parasité. Exemples
:
Le beurre ou
l'argent du beurre ? (exprimant l'opposition
inévitable entre le SM1 et le SM2 pendant la
crise d'adolescence)
"Cela
me fait peur de m'engager (frustration SM1)
mais cela m'attire aussi (plaisir
SM2)"
"J'aimerais
bien réussir en maths cette
année (plaisir SM2) mais à
l'idée de devoir relire mes cours de l'an
passé, je me sens un peu
découragée (frustration
SM1)"
"Je voudrais
vivre libre avec celle que j'aime (plaisir
SM2), mais j'aimerais bien que mes parents
continuent à m'héberger et
à me nourrir (plaisir
SM1)"
"Ce travail
ne me permet plus d'évoluer
(frustration SM2), mais d'un autre
côté par les temps qui courent
c'est une sécurité (plaisir
SM1)...
Le beurre et
l'argent du beurre ! (exprimant le conflit souvent
stérile et inhibiteur entre le SM1p et le
SM2)
"...
sécurité à laquelle je
m'interdis de renoncer (plaisir
SM1p)"
"Je cherche
toujours à avoir le dernier mot (plaisir
SM1p) tout en regrettant de ne pas avoir des
relations constructives et transformatives avec mes
amis (frustration SM2)"
"J'aimerais
être admiré par ma compagne quoi
que je fasse (plaisir SM1p) mais si
celle-ci n'est pas exigeante avec moi, je sens
que je passe à côté de
moi-même (frustration SM2)"
"Je me sens
étouffer avec mon compagnon
(frustration SM2) mais j'ai tellement peur de
me retrouver toute seule que je me sens
incapable de le quitter (frustration
SM1p)"
" J'aime les
épreuves à surmonter (plaisir
SM2) mais l'idée de réussir
m'angoisse (frustration SM1p)"
"Changer de
partenaires sexuels me convient (plaisir
SM1p) mais comment être sûr que
je suis quelqu'un capable d'aimer durablement et
de m'engager à fond (frustration
SM2)"
Grâce
à ce modèle, il devient possible de
reconnaître les signes de la crise de
maturation pouvant déboucher sur la
naissance du quatrième type, quel que soit
l'âge biologique de la personne qui est
l'objet de motivations opposées ou
paradoxales.
3 Vers un mode de
relation qui favorise le dépassement de la
crise d'adolescence.
De ce
modèle peuvent être
dégagées plusieurs pistes
:
1)
éviter les situations relationnelles
pouvant renforcer le SM1p
2) "faire
un pas en arrière", c'est-à-dire
se retirer un peu en tant que pourvoyeur de
satisfactions SM1, afin que l'adolescent ait la
possibilité de satisfaire par
lui-même ces besoins
3)
favoriser les situations qui activent le
SM2, même si elles sont contraignantes
dans la position de parent , mais sans fabriquer
une nouvelle norme : "tu dois choisir
d'évoluer !"
4)
constituer pour l'adolescent un contenant, un
cocon à sa métamorphose :
éviter l'interventionnisme intempestif au
profit d'une présence et d'une
écoute de ses difficultés et de
ses motivations ambivalentes
5)
refléter à l'adolescent son
dilemme : "le beurre ou/et l'argent du beurre",
et lui exprimer qu'il sortira de cette crise par
un choix conscient et une décision, dans
ce cas le choix du SM2
6)
être porteur de valeurs, avoir
l'individuation comme propre valeur et la
proposer à l'adolescent comme sens de la
vie. Le maintien de la question : "quel est le
sens de la vie, de ma vie ?" constitue selon
Diel (op. cit.) un moyen de ne pas trahir une de
nos exigences vitales, celle de nous
réaliser, qui si elle n'est pas
satisfaite, engendre une culpabilité
spécifique nous signifiant de
manière surconsciente qu'en tant
qu'être nous n'avons pas fini
d'évoluer.
Pour pouvoir mettre
en oeuvre ces repères, il est
nécessaire de visualiser clairement ce que
notre représentation des motivations de
l'adolescent va induire dans notre relation avec
celui-ci, et en particulier dans le mode
d'autorité que nous allons
exercer.
1) Si je me
représente l'adolescent comme motivé
uniquement par le SM 1 :
Dans ce cas, il
suffit d'utiliser le modèle
stimulus-réponse ; mon action favorise alors
chez lui la référence externe qui est
celle de la prime enfance. Pour le faire agir dans
le sens qui m'intéresse moi, j'utilise des
récompenses externes ou des menaces.
Les limites de
l'application d'un tel modèle sont
multiples, plusieurs travaux ont montré que
les récompenses externes favorisent les
tâches répétitives et
parfaitement maîtrisées (McGraw, 1978)
aux dépens de l'acquisition de nouveaux
apprentissages (Grolnick and Ryan, 1985). Ce type
d'autorité est également peu efficace
quand les besoins essentiels d'un individu sont
satisfaits, ce qui est le cas de la plupart des
adolescents occidentaux, et il ne permet que
difficilement à une personnalité
ainsi dirigée de développer ses
possibilités et ses compétences. Face
à ce type de stimulus, elle réagit,
soit en se révoltant -ce qui n'est
d'ailleurs pas complètement négatif,
soit en se soumettant avec plus ou moins de
satisfaction SM1p, et en répondant par la
passivité. Autrement dit, ce n'est pas, nous
semble-t-il, en assistant, en récompensant
ou en menaçant un adolescent qu'il pourra ou
voudra changer de type de satisfaction
privilégié.
2) Si je me
représente l'adolescent comme motivé
uniquement par le SM 2 :
Je le
considère alors comme une personne à
part entière, recherchant avant tout
l'autonomie, et je le suppose capable de prendre la
responsabilité entière de tous ses
actes, d'accepter de voir ses propres erreurs, d'en
tirer les meilleures conclusions et d'agir en
conséquence. J'aurai alors tendance à
adopter un mode d'autorité dit permissif, ce
qui présente l'inconvénient de le
priver de la confrontation avec des adultes
auxquels il pourrait s'opposer, confrontation
nécessaire pour reconnaître puis
accepter ses limites. Je prends également le
risque d'être manipulé par ses
programmes étrangers ; s'il y parvient, il
me méprisera, ce qui ne lui donnera pas
envie de devenir adulte à son tour.
Ce deuxième
mode de représentation des motivations
humaines nous parait irréaliste car il
décrit un adolescent uniquement mû par
la création, la responsabilité et
l'autonomie, ce qui n'est même pas le cas
d'un adulte véritable.
3) Si je me
représente autrui avec un triple
système de motivation SM1-SM1p + SM2
:
Je peux alors faire
fond sur le SM2, c'est-à-dire inventer et
proposer à l'adolescent des situations qui
activent ce système de motivation, faisant
l'hypothèse qu'ayant goûté
à ce type de satisfactions il choisira
celles-ci plutôt que celles
éventuellement apportées par le SM1p.
Dans cette représentation, l'adolescent,
comme moi-même, est considéré
comme une personne en devenir même si son
désir d'évolution peut à
certains moments avoisiner zéro. C'est un
pari conscient sur la vie et sur l'évolution
que je fais là.
Cela implique :
- la substitution
de relations fondées sur la reconnaissance
de l'adolescent et de ses actions (qui engendrent
des satisfactions SM1 encore nécessaires
selon nous à l'âge adulte) aux
relations véhiculant le mépris ou la
soumission (qui renforcent plus ou moins le SM1p)
- l'invention de
situations nouvelles dans lesquelles l'adolescent
se sente responsable et utile (ce qui pourra lui
permettre de connaître des satisfactions
SM2). Il semble important de ne pas éviter
de lui proposer des tâches difficiles,
sachant que la réussite (et donc le plaisir
SM2) est plus importante lorsque les individus mus
par une "motivation intrinsèque" se donnent
des objectifs difficiles (Locke, 1968).
Difficulté et plaisir ne sont plus
antinomiques, à condition que les buts ne
soient pas imposés par un tiers, ce qui
aurait pour effet de diminuer l'intensité de
ce type de motivation (Mossholder, 1980).
- l'adoption d'un
mode d'autorité fondé sur l'exigence
(radicalement différent à la fois de
l'autoritarisme et de la permissivité) qui
tout en étant respectueux de la personne de
l'adolescent n'accepte pas tous ses comportements.
Il peut être demandé et exigé
que l'adolescent respecte certaines valeurs, des
contrats mutuels, des règles de vie, des
lois, et qu'il cultive aussi cette exigence avec
lui-même.
Notre
expérience de formateur et de
thérapeute, nous amène maintenant
à penser que le changement durable chez un
individu passe davantage par un changement de type
de plaisir que par un renoncement à un
plaisir. Il nous reste maintenant en tant que
parents, à travers une expérience qui
ne fait que commencer avec nos filles, à
vérifier si les conditions que nous avons
réunies sont pertinentes et suffisantes !
Conclusion
Le
modèle provisoire et approximatif des
motivations humaines que nous proposons ici, bien
que centré sur la dimension individuelle,
nous semble pouvoir compléter des
observations d'ordre sociologique, en leur donnant
une signification. Ainsi E. Morin a constaté
que notre civilisation véhicule des "valeurs
juvéniles". Le renforcement du premier
système de motivation par cette incitation
collective à repousser la maturation et les
deuils qu'elle suppose, peut alors faire obstacle
au développement du second système de
motivation, empêchant celui-ci de devenir
prédominant. Ce relayage insuffisant se
traduirait par un prolongement de la crise
d'adolescence au niveau de notre
société cette fois. La
difficulté à faire le deuil des
anciennes valeurs et des comportements qui y sont
associés serait susceptible d'empêcher
une adhésion collective à de
nouvelles valeurs génératrices de
sens. C'est ainsi que nous nous expliquons les
difficultés décrites par Avanzini
(1991) pour dégager depuis 1968 un consensus
collectif sur la finalité de
l'éducation et de l'école.
Poussés par les forces
néguentropiques de l'évolution
(correspondant sur le plan individuel au SM2) mais
ayant du mal pour les raisons
précédemment évoquées
à lâcher le connu, les individus
fabriquent progressivement les symptômes
d'une "société dépressive" :
"le drame de la société
dépressive commence ici, dans son
incapacité à accéder à
un humanisme commun dès lors que sont
éliminées les questions de sens."
(Anatrella, p.12, 1993). Ces manifestations
dépressives pourront selon nous demeurer
présentes jusqu'à ce que de nouvelles
valeurs créatrices de sens,
c'est-à-dire de signification et de
direction, en assignant des objectifs
généraux à notre
évolution, et en désignant ce qu'on
doit abandonner, nous permettent de sortir de notre
crise collective d'adolescence.
Dans un
précédent ouvrage (op. cit.), nous
avons fait l'hypothèse et le pari que
l'évolution de l'humanité
procédait par des étapes qui
rappellent celles de l'évolution
individuelle et qu'elle était entrée
progressivement depuis deux siècles en
Occident dans une phase d'adolescence. L'adoption
de ce point de vue conduit alors à penser
que c'est aussi parce que les hommes sont
immergés dans une crise de maturation qui
mime celle de l'adolescence et dont ils ne savent
pas trop comment sortir, qu'ils s'inventent et
s'entre-communiquent des valeurs juvéniles.
Sans l'hypothèse d'une crise collective de
maturation qui présente les symptômes
d'une crise d'adolescence (rejet des valeurs du
passé, émergence de nouveaux modes de
relation, de nouvelles structures familiales, etc,
mais aussi doute, perte de motivation, tentation du
retour à des schémas
périmés), il nous parait difficile de
comprendre la crise d'adolescence actuelle. La
résonance et l'interdépendance de ces
deux crises seraient à l'origine des
difficultés que rencontrent beaucoup
d'adolescents pour dépasser leur crise
personnelle, dans ce contexte où les adultes
ne jouent plus leur rôle de repères et
d'images d'identification et ont souvent
renoncé à s'investir dans des projets
dépassant l'intérêt individuel.
Voir dans ce symptôme la préparation
d'un processus de naissance individuelle et
collective relève, nous en sommes bien
conscients, d'une utopie. Mais cette utopie nous
invite, sur le plan collectif, à proposer de
nouvelles valeurs à cette
société, les valeurs d'individuation
par exemple, et sur le plan individuel, à
m'interroger sur l'image que je véhicule en
tant qu'adulte : suis-je un adulte qui donne envie
a un adolescent de mûrir ?
Remerciements
Nous sommes
reconnaissants aux formateurs de l'Institut de
Recherche et d'Information bio-Sociales (IRIS), et
en particulier à M. Ricono, qui par leur
expérience et leur réflexion ont
enrichi la modélisation
présentée dans cet article.