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- "je
vais te mettre mon poing sur la gueule",
"je vais te pécho à la
sortie" "je vais le dire à mon
daron, il va te foncedé la
teutê" - ou
"t'es une pute", "je vais te niquer",
"elle est bonne la prof" - ou
"j'suis québlo, c'est trop des
trucs de ouf" ,"tu me fais chier", "tu
nous prends pour des
teubés". * Le
contenu verbal n'est pas le
même Dans le premier cas
on est en présence d'un "pré-acte" ou
encore d'une "parole-acte"; et on comprend
qu'il est nécessaire d'y mettre rapidement
une limite pour que le jeune ne "passe pas à
l'acte". Dans le 2
ème cas, en plus du caractère
agressif il existe une composante
érotique évidente . C'est peut
être du reste cette composante qui nous
atteindra le plus! Dans le 3
ème cas, il existe un début
d'expression personnelle: le jeune dit ce que
l'enseignant produit sur lui.,ou projette ses
fantasmes sur l'enseignant. Il exprime donc quelque
chose de lui. * Le
langage Le jeune reste-t-il
dans son langage de groupe en utilisant, en
particulier, le verlan ou tient-il compte de
nous en cherchant à se raprocher de
notre propre langage? * A coté
du contenu il y a le contexte Ces
mêmes phrases ont-elles
été exprimées en face
à face, dans une relation à
deux sans "spectateur" ou au contraire
devant le groupe classe? Dans le
premier cas il peut y avoir début
de dialogue . Dans le 2 ème,
la provocation narcissique
vis-à-vis du groupe est
prégnant. Le jeune risque de se
laisser piéger par le
phénomène groupe qui
l'amène à agir malgré
lui (il faut qu'il "assure" devant les
autres, il ne doit pas "perdre la face",
il cherche à être reconnu par
ses pairs, car il sait qu'il y a le
"après - classe" et qu'il va les
retrouver. <<Cest
quand chacun peut exposer sa thèse,
produire ses arguments et quon
ninterdit pas à lAutre
de le faire. >> * On peut
encore se poser la question de savoir s'il s'agit
d'un phénomène à dominante
personnelle ou groupale - Cette phrase
est-elle l'expression de l'état psychique de
cet élève, des conditions dans
lesquelles il est etc.. ou celui-ci est-il
aussi, en quelque sorte, le "porte parole " de la
classe? -Est-ce
l'expression d'un élève, ( la
relation aux parents se posera peut être
alors...), un symptôme de ma classe ou plus
encore un symptôme du climat de mon
établissement? Dans un cas j'aurai
la partie la plus importante à
résoudre, dans l'autre, seul un travail de
réflexion en équipe enseignante
pourra apporter une réponse
appropriée. Bien sûr dans les
faits de tous les jours ...nous n'avons pas
le temps de nous poser toutes ces questions et nous
"réagissons" ; c'est-à-dire
que nous utilisons les processus de réaction
qui nous sont propres, habituels, automatiques
(voir "La
machine à
café").
Nous prenons ces mots comme adressés
à nous-mêmes, nous sommes plus ou
moins "atteints, déstabilisés" (le
jeune peut le ressentir : "j'ai fait mouche") et
nous sommes tentés, à notre tour, par
une réponse agressive pas forcément
adaptée et qui provoquera, peut-être,
une "boule de neige
d'agressions".
Nous serons alors, sur un terrain certainement
beaucoup plus familier au jeune et par
conséquent nous prenons le risque de nous
laisser mettre dans une situation
fragilisée, une "position inférieure
" qui ne pourra pas jouer en notre faveur au regard
du groupe. Bien sûr,
impossible de se poser ces questions sur le moment,
nous n'en aurons pas le temps. Mais c'est par
un travail d'analyse ( seul, avec un(e)
collègue, en GAPP)
sur nous-mêmes, sur nos processus de
pensée, de réaction, sur les
circonstances dans lesquelles s'est produite
l'agression verbale que petit à petit nous
serons amenés à "entendre" ce qui se
passe "ici et maintenant" soit pour
l'élève
soit pour
le
groupe,
dans telle
circonstance, et à y réagir
de façon plus
diversifiée
et donc plus adaptée. Notre réaction
pourra être alors plus efficace en
s'inscrivant dans un processus de formation sans
esprit d'agressivité (c'est nous qui ferons
"mouche"!). une parole appartenant
au jeune ou au groupe et porteuse de
signification Cette
attitude plus sereine n'est pas le signe
que nous acceptons tout et n'importe quoi,
mais qu'au contraire nous nous tenons
"solidement"
devant le jeune en adulte responsable. Il
est bien évident que le processus
d'agressivité entre le jeune et
l'adulte augmente ou diminue
d'intensité selon l'attitude de
l'adulte, et le plus souvent, en fonction
de la forme (ton, gestes...) plutôt
que du fond (les paroles). Chez certains
jeunes, ces agressions verbales peuvent
signifier
un véritable "mode de vie", un habituel
"mode
de relation". Ce serait le seul
qu'ils connaissent bien (voir le film "L'esquive"),
le seul dont ils disposent et sans lui c'est
: - le repli , le
silence, l'enfermement,
c'est-à-dire
une impossibilité de communication avec
l'autre -
l'isolement,
l'exclusion, la désolidarisation,
c'est-à-dire une impossibilité
d'appartenir à un groupe -
le risque d'endosser un rôle de bouc
émissaire, et de se retrouver l'objet de
nombreux jugements de valeur ou encore une
impossibilité d'affirmer sa
différence Notre objectif
est alors, peut-être, de leur apprendre
d'autres modes de relations basées sur
l'écoute, la tendresse, l'argumentation,
l'expression de ses sentiments... C'est en pratiquant
nous-mêmes d'autres formes de relation qu'ils
pourront en
interaction
en découvrir l'existence et en apprendre
l'intérêt. La
mise en oeuvre de cet objectif va poser
problème: les mots tendresse, expression de
ses sentiments... ne sont pas souvent
recevables dans la mesure où ils
renvoient à une position de faiblesse: "on
va passer pour un con". Il
faudra accepter une étape difficile dans
laquelle nous passerons pour des "cons" sans pour
cela nous sentir faibles à nos propres yeux,
avant qu'il y ait une évolution vers la
découverte d'un intérêt pour
ces autres modes de relation. Nous
sommes aussi, enseignants, dans l'ambiance
générale. Nous
sommes ainsi parfois tentés
d'utiliser un
mode de relation
verbale
agressive.
Il suffit de lire certains messages des
groupes de discussion d'enseignants pour
s'en convaincre (voir des exemples
ci-contre) Evidemment
le langage n'est pas le même (on ne
trouve pas de verlan!), mais le moyen
"d'éloigner l'autre" reste le
même. <<A
part enfoncer des portes ouvertes et
manier des idées reçues,
vous avez des contributions constructives
?>> <<"Je
t'emmerde connard", "abruti de ton
espèce..." "Quelle
grossièreté! :-] avec
vos élèves ?" "Foutre
avec ses élèves", comme vous
y allez..">> <<Que
tu dis. Mauvaise foi, mais c'est une
habitude.>> <<Gardez
pour vous vos jeux de mots vaseux voire
nauséeux.>> <<"je
pense que vous êtes tous des poux";
"C'est donc pour cela que tu nous cherches
?">> Cette
tendance agressive peut parfois aller
très loin à l'égard
des élèves. Voir
ci-contre ce que dit Pascale d'un des
professeurs de maths qu'elle a eu
autrefois et qui utilisait les
mathématiques pour agresser ses
élèves avec dans ce cas une
composante érotique. <<Pascale
- C'était un type qui dictait un
cours. Il marchait de long en large dans
la salle, et il s'arrêtait au milieu
d'une phrase et disait: «Un tel,
continuez. » Et le "un tel",
c'était toujours les
filles, ma copine et moi. Alors
que nous, on "ramait" et on était
terrorisées. On ne savait pas de
quoi il s'agissait, on ne comprenait
rien... on n'a plus rien
compris toute l'année. On
essayait de s'en tirer, d'apprendre pour
les colles. C'était affreux, mais
vraiment épouvantable! (... ) Son
grand plaisir, c'était de fourguer
des exercices qu'on ne pouvait pas trouver
et, en colle, ce n'était que cela,
des exercices avec des astuces. N.
- Comment as-tu vécu cette
année? P.
-J'ai été malade, j'ai eu
une colite toute l'année. A la fin,
mes parents sont venus me chercher,
affolés... Je veux dire qu'il
y a même eu des symptômes
physiques. On arrivait à
deux heures de l'après-midi,
après le repas. On attendait, on le
guettait: il va arriver... il va
arriver... la porte s'ouvrait: il
rentrait. Tu vois, c'était du
théâtre: «Interrogation
écrite. Prenez une feuille. »
Sur le repas! On ne digérait
pas, nous. Ce n'est pas
étonnant que j'aie eu une
colite! ... Je me suis
laissée avoir parce que je ne
voyais pas le grotesque de la situation,
je marchais dans la terreur, le sadisme et
tout ça! Je marchais
complètement.>>
La
machine à
café L'agression verbale"
repose principalement sur la dichotomie
fort/faible, position
supérieure/position
inférieure.
Elle est à
rapprocher, de notre point de vue, de cette
logique
binaire
qui se développe actuellement dans les
débats de société: pour le
voile ou contre le voile; répression ou
prévention; juge de gauche ou flic
sévère....et si on n'adopte pas une
de ces positions on se voit traiter d'inefficace ou
d'utopiste : une sorte d'anti-intellectualisme
disent certains. On est loin de la prise en compte
de la complexité du réel ! Comment se
fait-il qu'une société de plus en
plus "instruite" devienne de plus en plus sensible
aux arguments simplistes, aux positions binaires
? Nous avons toujours
insisté sur la formation "à l'esprit
critique" de nos élèves , mais cela
ne paraît plus suffisant !
Pourquoi? <<Mots,
choses, fantasmes sont trois ordres de
réalité : monde
extérieur régi par des lois
, monde du fantasme régi par des
scénarios ; monde de la langue
régi par des règles : les
trois ordres ont des statuts
épistémologiques
différents. Le monde des
pensées, caractérisé
par la réflexivité et la
réflexion, essaie de
réfléchir ces trois mondes
et de réfléchir sur eux. Il
se peut que ce soient ces
différences qui suscitent, dans
l'esprit, l'émergence du penser
comme tentative, sinon de les
réduire, du moins de contenir la
tension qui
l'écartèle. Il faut
introduire une autre distinction : celle
du penser et des pensées. Les
pensées préexistent au
penser ; elles l'appellent, le suscitent ;
le penser se construit par
auto-organisation, pour que les
pensées deviennent pensables.
>> Anzieu
"Le Penser". Ed.
Dunod
p.6 Ne
serions-nous pas suffisamment
attentifs aux "processus de
pensée", pas aussi rationnels que
nous le pensons? L'esprit
critique devrait prémunir contre
les arguments simplistes, mais cela
demande plus d'effort et nous sommes
là dans le domaine de
l'affect, de l'imaginaire,
du sens de notre démarche de
réflexion Par
exemple: - En cas
d'incohérence l'esprit occulte
certaines informations pour reconstruire
un sens approprié,
acceptable
pour soi. - Nous
avons tendance à rétablir la
cohérence en substituant un concept
soit différent soit flou ou vide en
ne retenant que les connotations qu'il
véhicule sans que ce processus soit
conscient à la
conscience. <<nous
sommes enclins à croire ce qui
comble nos désirs, ce qui parle
à nos pulsions, ce qui assouvit
notre besoin de symbolisation, de
conformité au groupe et de
construction identitaire et cela au
dépend de cet autre besoin, celui
de vérité>>
"Discours populistes et loi du moindre
effort" <<Un
premier niveau, [dans Les
mythologiques de C. Levy-Strauss]
correspondant au premier volume, Le cru et
le cuit (1964), concerne « des
oppositions entre des qualités
sensibles : cru et cuit, frais et pourri,
sec et humide, etc. » J'ajouterai
doux et rugueux, solide et mou, chaud et
froid, clair et obscur... Ainsi la logique
des sensations comprend-elle (sans
prétendre être exhaustif)
comme opérations mentales
l'opposition binaire, la
correspondance terme à terme, la
constance de l'objet.>> Prenons-nous
suffisamment en compte les processus de
pensée autres que purement
rationnels tels que les
associations
d'idées,
les glissements
de signifiés sur un même
signifiant,
les métaphores
etc... C'est
par la connaissance de ces processus de
pensée que l'esprit critique pourra
s'enrichir, se développer et avoir
un effet sur nos modes de
pensée. <<Lutter
contre le discours à deux sous pour
des problèmes complexes
relève d'une gageure
éducative à long terme, car
elle fait intervenir la
nécessité de
développer de nouveaux points de
repères dans un monde de
l'information tellement surchargé
que, pour une part importante des jeunes,
plus les discours sont
élaborés, plus ils sont
potentiellement trompeurs ou sans
intérêt
suffisant.>> (Louis de Saussure.
Le monde 7/2/04) Or seul le
dialogue permet la prise en compte de la
complexité: c'est par le dialogue que
l'on peut percevoir ce qu'on occulte, ce qu'on
transforme, nos parti-pris en un mot nos
représentations
tronquées, approximatives, limitées,
de la réalité. Le dialogue
n'est pas toujours possible: <<De mon
point de vue, les civilisations ou les cultures ne
dialoguent pas. Seuls peuvent dialoguer des
individus. Il sagit de ceux qui, au sein
dune culture, ont une position ouverte et
reconnaissent lexistence de lAutre. Ils
pensent quà partir de
différences, on peut trouver une base
commune, un langage commun par exemple,
« nous recherchons la paix les uns et les
autres ». Si vous prenez le monde
chrétien du Moyen Âge au moment des
Croisades, il ny avait de dialogue possible
ni avec les musulmans ni avec les juifs. Avec les
fanatiques intégristes islamiques
daujourdhui, il ny a pas non plus
de dialogue possible parce que, pour eux, les
autres sont des « chiens
dinfidèles ». Dès que
lautre devient un mécréant ou
un infidèle, il ny a plus de dialogue
possible. >> Edgar Morin (voir la
référence plus loin) Peut-on
éviter cette dichotomie: agression
verbale/parole polie?
Est-il
possible de prendre en compte la
complexité de ces agressions
verbales ? d'apprendre à
reconnaître celles qui demandent la
pose d'une limite ferme avec sanction et
celles qui permettent d'accrocher un
début de dialogue, un début
de construction d'un autre mode de
relation? sur le
dialogue L'idée
républicaine aujourd'hui : Ce que l'on dit
à des commerciaux confrontés à
des agressions verbales http://perso.orange.fr/developpement-commercial Un
forum enseignant sur le sujet http://80.65.226.209/viewforum << Que
pensez vous des enseignants qui tapent des
enfants?(entre 4ans et 6ans)? >>
10/06 <<J'approuve
l'idée de commentaires plutôt que des
notes! Mais le risque avec les commentaires, comme
avec "l'évaluation de l'investissement ou de
l'autorité des enseignants", c'est que le
peu de prestige et de "pseudo objectivité"
de la fonction soit tuée également
avec la fin du chiffre... Chiffre qui ne serait ici
utile qu'à des fins de
pseudo-technicité mais qui
protégerait du "vous faites cela car vous ne
m'aimez pas" régulièrement
prononcé par des élèves
lorsqu'on leur explique que l'on est pas convaincu
de leurs compétences à poursuivre
leurs études même si l'on peut se
tromper.>> |
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