PLAN
DU SITE
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La "bonne"
distance?
"
Il faut se savoir étranger l'un
à l'autre pour dialoguer. J'ai un
frère qui a été soudeur
à l'arc: quand on éloigne trop
les deux pôles, il n'y a plus d'arc;
s'ils se touchent, il n'y a plus d'arc non
plus. Eh bien, le dialogue, c'est ça:
apprendre la bonne distance." (Jean
Grosjean)
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Ceux qui
ont vu le film "Être et
Avoir" et qui ont assisté aux
échanges avec Georges l'instituteur
et le réalisateur Nicolas Philibert
ont eu l'occasion de se poser la question
de la "bonne distance"
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-comment filmer
les élèves à "la bonne
distance"?
-comment
être à la bonne distance des
élèves pour
l'enseignant?
-comment
être à la "bonne distance" des
parents?
comment, pour un
chef d'établissement, être à la
"bonne distance" de son personnel?
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Le
réalisateur : <<J'ai vu
des "instit" qui me disaient: "venez chez
moi vous verrez c'est cool dans ma classe,
on se tutoie, on est des copains", j'ai
fui à toute
vitesse>>
<<Je
ne me suis pas fait oublier, insiste-t-il.
Avec mon équipe, nous avons d'abord
eu une démarche presque
pédagogique, en montrant aux
enfants comment fonctionner notre
matériel, en leur expliquant la
technique. Cela a permis d'assouvir leur
curiosité, et puis l'école a
repris son cours normal. Mais nous
n'avons pas cherché à
devenir invisible. Nous nous sommes, au
contraire, intégrés à
la vie de la classe, mais en veillant
aussi à ne pas devenir des
copains. A ne pas rigoler chaque fois
qu'un enfant faisait le clown, ce qui
risquait d'alimenter une sorte de
complaisance face à la
caméra. Il s'agissait de
garder une distance, et surtout de trouver
la bonne.>>
(Télérama
n°2746)
La
distance était ici faite du respect
de la personne des élèves ,
de leur curiosité légitime
mais aussi du respect de la
différence de
génération
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Pour un
enseignant à quelle distance doit-il
être des élèves?
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Une
histoire
«
Un jour d'hiver glacial, les porcs-epics
d'un troupeau se serrèrent les uns
contre les autres afin de se
protéger contre le froid par la
chaleur réciproque. Mais,
douloureusement gênés par
leurs piquants, ils ne tardèrent
pas à s'écarter de nouveau
les uns des autres. Obligés de se
rapprocher de nouveau, en raison du froid
persistant, ils éprouvèrent
une fois de plus l'action
désagréable des piquants, et
ces alternatives de rapprochement et
d'éloignement durèrent
jusqu'à ce qu'ils aient
trouvé une distance convenable
où ils se sentirent à l'abri
des maux. »
Freud.
Essais de psychanalyse, Payot,
p.13
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Avez-vous
remarqué parfois qu'une personne
avec qui vous parlez recule d'un pas car
elle vous sent trop proche ou inversement
va avancer d'un pas car elle vous sent
trop loin?
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Trop proche, on
risque de faire peur;
Trop loin,
on risque de ne pas entendre ou de ne pas se
faire entendre!
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La
distance physique peut parfois être
l'expression de la distance psychique ou,
inversement, un essai de compensation de
cette distance psychique: "Je me sens trop
loin de cette personne, incapable de
m'identifier à elle, j'ai peur
qu'elle le ressente , alors je me
rapproche physiquement
d'elle".
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Pour
marquer sa distance on peut utiliser
différents
processus
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On
peut se servir d'un objet
intermédiaire,
lieu de projection de son sentiment
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Voici
l'exemple d'un professeur de
mathématiques
François:
<<François
- J'aime bien enseigner et
donner confiance aux
élèves, leur expliquer
qu'ils peuvent y arriver. Et quand j'en
vois un qui s'éveille, qui
s'accroche, cela me plaît. Surtout
quand je me dis que si je
l'avais brutalisé, il
n'aurait jamais réussi à
comprendre; alors là j'ai une
véritable satisfaction. Et puis j'
aime bien ce contact avec les
élèves par
l'intermédiaire
des maths. C'est un peu un jeu, il y a des
astuces, il y a des finesses: le
rapport est bien
délimité. Ce
n'est pas comme pour les profs de
français qui sont très
souvent en
psychodrame, qui
déchaînent des
affectivités terribles dans les
classes. Après, ce n'est pas
forcément facile d'en sortir. Pour
nous c'est quand même beaucoup plus
simple et cela ne nous empêche pas
de discuter avec les élèves
à la fin d'un cours. On a un
rapport qui
s'établit...
N. - Vous
avez dit un contact par
l'intermédiaire des
maths?
F. Oui,
là je suis un petit peu
hésitant, je ne sais pas
très bien au fond ce que je fais.
Je suis un prof, c'est vrai. Mais au fond
les maths me servent à
garder une distance. Parce que
je suis relativement distant
malgré tout. Enfin on
discute, mais quand même, je suis
assez sérieux et je ne fais pas
trop durer la
récréation.>>
Tiré de: "Les maths à quoi
ça me sert." Bibliographie
On
peut également vouvoyer (ou
tutoyer) pour marquer sa distance (ou sa
proximité)
Là
encore ces marques peuvent servir à
exprimer un ressenti ou au
contraire compenser ce que l'on
ressent: Par exemple dans ce
dernier cas:
"Je tutoie
car je me sens trop loin"; "je serre des
mains car je suis en réalité
très loin de ces personnes" (voir
certains de nos politique!); "je vouvoie
car j'ai peur d'être trop proche"
etc...
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On
peut aussi avoir un contact physique avec
l'autre:
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Serrer sa
main, l'embrasser, toucher son
épaule, trinquer, être contre
lui...
(voir:
témoignage
d'un
professeur)
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La
question sera toujours "Quelle
signification cela va avoir pour
l'autre?" Pas forcément la
même que pour moi. Seule sa
réaction, si j'y suis attentif,
peut me l'indiquer.
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On
peut aussi vouloir jouer "au copain" ou "à
la copine"
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Parfois on
croit ainsi être mieux
accepté par les jeunes, à
l'abri de leur agressivité. C'est
nier la réalité de la
"différence
générationnelle" et
en général les jeunes ne
sont pas dupes! Ils cherchent seulement
à en profiter.
Or ils ont
besoin au contraire de rencontrer un
"adulte
solide"
pour se structurer.
Et du
reste, paradoxalement,
l'agressivité d'un jeune peut
être parfois le signe d'un
désir de rapprochement. En effet
c'est, pour certains, le seul mode de
relation qu'ils connaissent et qu'ils
pratiquent très bien entre eux!
(Voir: Que
faire devant un jeune
violent?)
On
peut "privilégier" un
élève (un enfant, un membre
de son personnel...)
Pourquoi
tel élève me semble-t-il
"plus proche"? Pourquoi tel enfant
"m'accapare" tant? (cela peut être
en particulier le cas d'un enfant
handicapé)?. (Voir:
Psychisme
handicap)
Cette proximité
désirée par moi,
demandée par l'autre, obligatoire
à cause des conditions, comment je
l'exprime dans la vie?
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Il
n'y a pas de "bonne distance "
absolue
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Elle va
dépendre des deux personnes qui
sont en présence, de leurs
interactions.
C'est une recherche de tous les instants;
car "cette bonne distance" n'est , en
plus, pas fixe dans le temps. Elle va se
faire par "essai et erreur", ou par
"approximations successives".
Il va y
avoir:
-
recherche continuelle d'adaptation
à l'autre, à
condition qu'il y ait suffisamment
d'attention aux signaux émis par
l'autre
-
recherche de compromis avec
ses propres désirs
(de proximité, de distance,
d'agressivité, d'amour, etc....)
vis-à-vis de l'autre.
La
distance psychique dépend, entre
autres, de deux
processus
- ma
capacité à l'autonomie:
"je sais que je suis indépendant de
cette personne, je n'ai donc pas peur de
me rapprocher d'elle, cela ne me mettra
pas en danger, de même si elle
s'éloigne de moi, cela
n'entraînera pas forcément
une rupture avec elle." Voir
"Nos
frontières"
- ma
capacité à
"m'identifier" à elle, et donc
des peurs et des désirs qu'elle
engendre en moi par ce qu'elle me rappelle
qui dépend , entre autres, de ce
que j'ai vécu et de mes
identifications passées.
Autrement
dit, on pourra être d'autant plus
proche d'un élève, d'un
enfant, des membres de son personnel que
l'on se sentira (sera) plus distinct,
séparé de lui (Voir
"Nos
frontières").
Sinon la proximité sera de "la
fusion", de la confusion entre lui et moi
et non plus de la
proximité.
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La
bonne distance avec les
élèves n'est pas , en
définitive, une question de marques
particulières (tutoiement, toucher
physique etc...) c'est une question
d'état d'esprit qui respecte la
différence des
générations et tout ce que
cela entraîne comme
attitudes.
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Réactions:
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<<Je
crois qu'il faut corriger une erreur:
l'apologue des porcs-épics n'est
pas de Freud mais de Schopenhauer (auquel
s'intéressait certes Freud, donc il
se peut qu'il le cite, j'irai regarder!).
C'est important de rendre à
César, etc., mais surtout de
rappeler deux éléments: pour
Schopenhauer, la bonne distance, c'est la
politesse, les belles manières
(donc un code social qui est à mon
avis souvent sous-estimé, je veux
dire adaptable à beaucoup de
milieux ou occasions et aussi à des
situations intermédiaires: par
exemple il n'est pas sûr qu'il
faille forcément répondre au
tutoiement par le tutoiement, entre
cultures francophones différentes),
d'autre part il ne faut pas oublier la
misanthropie extraordinaire de
Schopenhauer, qui mérite vraiment
réflexion, et qui n'est pas celle
de Rousseau par exemple. Très
stimulant, le thème de la "bonne"
distance! Par ailleurs, pour
compléter ce message, ça
m'amuse que les images de cactus ponctuent
ce site...>>
<<Ces
pages sont très
intéressantes à lire et nous
aident dans notre métier chaque
jour. Il y a même des
paramêtres auxquels, on n'aurait pas
pensé dans le rapport de la bonne
distance, de toute la complexité du
rapport prof/élève. Merci
beaucoup pour cela.>>
<<document
particulièrement intéressant
pour des étudiants de MUC/NRC en
apprentissage de leur futur
métier>> D.S
<<Quel
bonheur de vous lire ! Après 6
heures de formation à l'analyse des
pratiques,je viens de parcourir la
réflexion sur la distance, la bonne
distance. C'est un record ! Je l'imprime
pour lire à tête
reposée. Maître-formateur je
vais faire connaître ce site aux
stagiaires. Merci à vous de
partager votre savoir et votre
réflexion.>>M.C
<<La
bonne distance est un concept complexe.
Distance physique, bien entendu, mais
aussi distance psychique,
c'est-à-dire capacité
à aller à la rencontre de
l'autre tout en laissant cet autre
être lui, ou elle-même. Car si
nous sommes à peu près
conscients et conscientes de la "trop
grande distance",
caractérisée par
l'indifférence,
l'éloignement, le refus de l'autre,
l'agressivité, nous sommes souvent
moins sensibles à la trop grande
proximité et à ce que l'on
peut appeler "l'envahissement psychique de
l'autre". Ceci peut se faire avec la plus
grande douceur, et les meilleures
intentions du monde, mais aboutit à
ne pas laisser exister l'autre en dehors
de ce que l'on désire qu'il ou elle
soit. On en a un exemple dans le film
"être ou avoir", notamment au moment
où l'enseignant questionne le petit
Jojo sur le sens que l'école a pour
lui. Jojo commence à
répondre qu'à l'école
"il faut écouter le maître",
montrant par là à la fois sa
bonne volonté et le fait qu'il ne
comprend pas les vrais enjeux de
l'école (à savoir apprendre
pour mieux comprendre le monde et surtout
découvrir ce plaisir d'une
meilleure compréhension du monde).
On sait que cette difficulté
à saisir les enjeux de
l'apprentissage se retrouve
fréquemment, y compris plus tard,
chez les élèves en
difficulté. Il y aurait donc
là une occasion de tenter de faire
saisir à Jojo
l'intérêt des savoirs, par
exemple en essayant de revenir sur des
moments où il a été
content de réussir quelque chose
à l'école. Malheureusement,
l'enseignant, pris dans son
exaspération face à cet
élève si difficile à
canaliser (et on le comprend !), ne saisit
pas cette occasion de faire travailler
Jojo sur son ressenti. Au contraire, il le
"ramène" artificiellement, par un
jeu de questions réponses trop
serré, à ce que lui, en tant
qu'enseignant, veut l'entendre dire,
à savoir que Jojo est à
l'école pour travailler. Certes,
par rapport à "il faut
écouter le maître", Jojo est
un peu plus centré sur son
activité propre, mais comme il est
probable que pour lui, "travailler" se
résume justement à
"écouter le maître", on rate
bel et bien là une chance
éventuelle de l'amener, à
partir de son point de vue propre,
à mieux entrer dans une
démarche d'apprentissage. Il ne
s'agit pas, évidemment, de jeter la
pierre à l'enseignant, mais de
souligner, à travers ce petit
exemple, la difficulté à se
situer, justement, "à la bonne
distance" et la nécessité
d'une vigilance permanente, surtout avec
les plus jeunes, à laisser un point
de vue original s'exprimer, aussi
différent soit-il des exigences que
nous avons pour nos élèves.
ce qui n'empêche pas, au contraire,
de poser ces exigences, mais dans un autre
temps. Françoise Hatchuel
Maîtresse de conférences en
sciences de l'éducation
Université Paris X - Nanterre Pour
aller plus
loin
Claudine
Blanchard-Laville
Les
enseignants entre plaisir et souffrance
PUF, 2001 ;
Françoise
Hatchuel Apprendre
à aimer les mathématiques
PUF, 2000>>
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