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D'autres formes
d'évaluation, plus récentes, prennent
moins de place et de temps, et sont parfois
insuffisamment développées :
l'évaluation des élèves
(indépendamment de leur notation),
l'évaluation des enseignements,
l'évaluation des établissements
scolaires et universitaires, l'évaluation de
tel ou tel espace ou organisation éducatif
(une région, etc.) et, plus
généralement, l'évaluation du
système éducatif pris dans son
ensemble. Toutes ces formes
d'évaluation, traditionnelles ou plus
récentes, très ou peu
développées, ne me semblent avoir de
justification profonde qu'en fonction de leur
usage. A mon avis, elles n'ont pas leur
justification en elles-mêmes, elles ne sont
qu'un instrument au service de la politique
éducative. Il s'agit ici d'une conception
instrumentale de l'évaluation. D'où,
dans cette perspective, le caractère crucial
des interrogations : Cette question
n'est pas nouvelle et je pense qu'elle peut trouver
la réponse suivante. L'évaluation
a deux grandes utilités, ou, au moins,
doit viser à avoir l'une ou l'autre, ou les
deux utilités suivantes, la
pondération entre elles deux variant selon
les formes d'évaluation rappelées
ci-dessus. - Une
utilité externe, destinée
à informer la société
(décideurs, parents d'élèves,
employeurs, etc.) sur l'état du service
éducatif, notamment sur sa qualité,
ses résultats, mais aussi son coût et
son fonctionnement. - La seconde
fonction est interne, c'est-à-dire
informe les acteurs du système (enseignants,
élèves, administrateurs, etc.) au
moins sur les mêmes éléments,
ce qui les aide à réfléchir
sur leurs actions et l'organisation (du
système, de l'établissement, etc.) et
à les infléchir pour les
améliorer. En ces
deux sens l'évaluation est (au
moins potentiellement) une très
grande force de régulation,
peut-être la seule force de
régulation aujourd'hui dans un
espace public marqué par des
acteurs éduqués et
exigeants. [...]Dans
cet examen, toutes les formes;
d'évaluation ne seront pas
citées ou présentes à
l'esprit avec la même ampleur, mais
il serait facile d'adapter certaines des
réflexions proposées
à celles peu traitées.
[...] Pour
avoir une excellente description
récente de
l'évaluation dans le
système éducatif
français, on se reportera
au rapport que Claude Pair a
établi pour le Haut
Conseil de l'évaluation de
l'école
(HCéé) : «
Forces et faiblesses de
l'évaluation du
système éducatif en
France », Rapport du
l-lCéé, n°3,
décembre 2001,
ministère de
l'Éducation
nationale. informe
réellement la société sur
l'état de l'Ecole Si l'on veut
réellement informer la société
de l'état du système éducatif
et qu'ainsi non seulement on soit
écouté, mais qu'on structure le
débat public et que les acteurs de la
société auxquels cette information
est destinée s'en servent, deux grandes
conditions principales me semblent devoir
être satisfaites par l'évaluation :
elle doit être crédible d'une part,
elle doit faire l'objet d'une grande diffusion
d'autre part. Être
crédible Quelques exemples
élémentaires
peuvent être fournis ici: Ainsi, les
notes doivent-elles être crédibles
aux yeux des parents (mais aussi des
élèves, ce qui montre que l'exigence
de crédibilité n'est pas
nécessaire pour le seul usage externe de
l'évaluation), en particulier entre
disciplines ou entre professeurs. Ainsi, les
évaluations sur le niveau et les acquis des
élèves doivent-elles l'être
sous peine d'être non seulement
ignorées de l'opinion et des
décideurs, mais surtout nuisibles : le
débat public risquerait d'en être non
pas enrichi mais perturbé et
biaisé. Ainsi encore
l'évaluation d'un collège
doit-elle être crédible aux yeux des
parents d'élèves et des élus
locaux dès lors qu'elle entend se substituer
à la rumeur, et parfois s'opposer à
elle. Comment accroître (ou,
selon le cas, créer) la
crédibilité des évaluations
pour qu'elles
servent réellement en dehors de la
sphère éducative, pour les personnes
et institutions à qui elle est
destinée ? Je propose de s'attacher à
trois critères : - les
organes qui évaluent doivent
être multiples et
indépendants (et perçus
comme tels) - la
méthodologie de
l'évaluation doit être
transparente (et souvent cette
transparence est une conséquence
nécessaire de
l'indépendance) - enfin,
l'évaluation doit s'efforcer de se
« rapprocher » des
usagers potentiels. Il ne saurait y avoir de
monopole de l'évaluation, de
l'évaluateur
: la
multiplicité des évaluateurs, des
instances est indispensable pour rendre credible
cette démarche et ses résultats. Et
chacun d'eux doit être indépendant (ou
impartial, adjectif qui convient mieux à
certaines formes d'évaluation). Chaque
organe, chaque évaluation peut reposer en
partie sur des éléments communs aux
autres (des données, des segments de
méthode, etc.), et même le doit pour
éviter un coût excessif de la fonction
prise dans son ensemble. Mais elles ne sauraient
s'identifier les unes aux autres, une source de la
crédibilité reposant
précisément sur le fait que des
conclusions communes ou proches soient
tirées à travers (et en dépit
de) la variété des points de
vue. Contrairement
à ce que l'on croit, l'indépendance,
nécessaire, ne requiert pas d'être
extérieur à l'État, ou au
système éducatif. Les organes
d'évaluation peuvent être soit
externes soit internes à l'administration
centrale (à la condition expresse qu'ils
ne soient pas les principaux responsables de la
politique ou de l'état qu'ils vont
évaluer), publics ou privés,
dépendant de la recherche ou
extérieur à elle, l'important n'est
pas là. Car l'indépendance ne se
mesure pas d'abord en termes de position ou
d'extériorité. Elle s'apprécie
à l'aune de trois facteurs : - la
liberté de définir son
programme de travail
(d'évaluation), - la mise
en oeuvre d'une méthodologie
scientifique le moins contestable
possible, - la
liberté de rendre publiques les
évaluations, par exemple de les
publier. Là encore il
n'est pas difficile de citer des exemples où
ces critères ne sont pas absolument
satisfaits, ou, mieux, de montrer les
conséquences qu'ils pourraient ou devraient
avoir. En particulier, il faudrait, beaucoup
plus qu'aujourd'hui, former les futurs enseignants
à évaluer et à noter les
élèves (au lieu de se contenter,
comme trop souvent, de mettre en relief le
caractère conventionnel et dépendant
de circonstances des évaluations et des
notes). Ou encore, les indicateurs sur lesquels on
s'appuiera partiellement pour évaluer une
école primaire ou un collège devront
être réfléchis puis rendus
opérationnels avec et par des experts et des
praticiens dans la perspective de décrire le
mieux possible tel ou tel volet. La méthodologie
d'évaluation
ne doit pas
seulement être la meilleure possible, elle
doit aussi, et c'est la seconde condition de la
crédibilité, être connue,
transparente. Les médias, les
décideurs ne sauraient faire confiance
aveuglément à une
évaluation. A nouveau les
illustrations de ce principe sont faciles à
proposer. En voici une, particulièrement
importante : si l'on veut préciser à
l'intention des employeurs potentiels futurs ce que
représentent les examens, quelles
compétences ils garantissent que les
élèves qui les ont passés avec
succès maîtrisent vraiment, il faut
faire connaître et diffuser largement le type
d'épreuves sur lesquels ils s'appuient. Sans
doute, dans le cas présent, faut-il
d'ailleurs faire plus que rendre transparents ces
modalités : elles
doivent être définies, avec
les partenaires sociaux eux-mêmes,
c'est-à-dire les futurs
utilisateurs, dans la perspective
des compétences dont on souhaite
que le diplôme garantisse la
maîtrise. Le second exemple
est une anecdote, qui n'a pas du tout le même
poids que l'illustration précédente,
mais qui montre bien la nécessité
d'être transparent. C'était une
enquête sur la « littéracie
»des adultes
que
la DEP (que je dirigeais alors) avait conduite sur
un échantillon dans un cadre international,
et que je venais de retirer car le protocole
d'évaluation sur lequel la littéracie
était évaluée ne semblait ni
avoir été bien compris par les
Français, ni se prêter à des
comparaisons internationales (la
compréhension du protocole et les conditions
de passation d'un pays à l'autre ayant
été trop différentes pour que
les conditions d'une comparabilité
satisfaisante soient satisfaites). Bien entendu
cette décision de retrait fut
critiquée par beaucoup, et notamment par des
journalistes. Aussi en ai-je convié quelques
uns à une réunion, où je leur
ai fait passer certains exercices, pour qu'ils les
connaissent et se rendent compte qu'ils ne
pouvaient réellement être vus comme
mesurant l'analphabétisme (ne serait-ce que
parce que tous ne les réussissaient pas) :
transparence nécessaire de l'outil. Il faut
d'ailleurs dire à ce propos que cette
exigence est difficile à satisfaire
complètement, car elle entre en
contradiction avec une autre règle de
méthode, le souci de reproduire de loin en
loin les mêmes exercices, pour mesurer les
évolutions au cours du temps. Car,
dès lors que les exercices sont connus, ce
souci de les répéter dans le temps
nourrit un risque de bachotage. Mais ceci est une
autre question sur laquelle je ne m'étends
pas. Enfin, le troisième facteur
renforçant beaucoup la
crédibilité des évaluations
consiste à se «rapprocher »
le plus possible des préoccupations des
personnes et
organisations
susceptibles de les
utiliser. Ceci n'est pas
très souvent fait car dans les
évaluations c'est souvent des
critères et des modalités internes ou
techniques qui sont retenus. Donnons deux
exemples de conséquences d'un tel «
rapprochement ». D'abord à propos des
résultats et des types de
l'évaluation. Il ne faut sûrement
pas s'en tenir à des moyennes, ou des
agrégats très « macros
» : se rapprocher de l'utilisateur
éventuel consisterait à
développer beaucoup les analyses en termes
de dispersion (pas seulement la taille moyenne des
classes, ou le niveau moyen des
élèves, mais la proportion de classes
très légères ou très
lourdes, et le niveau des élèves
faibles ou forts, etc.), et même à
développer des résultats individuels
: c'est bien cette école primaire-ci, cette
classe ou ce professeur-là qu'il faut
évaluer, et publiquement, ce qui impose bien
entendu de sérieuses précautions et
soucis méthodologiques (cf.
ci-dessous). Ensuite à
propos de ce qu'on choisit d'évaluer.
Les évaluations des élèves
sont souvent, lorsqu'elles sont conduites dans le
système éducatif, structurées
à partir des exigences des programmes : on
cherche à apprécier à un
niveau donné ce que les élèves
maîtrisent parmi ce qu'ils sont censés
maîtriser, c'est-à-dire parmi ce
qu'indiquent les programmes du niveau. Ceci, qui
est parfaitement légitime, éloigne
cependant du parent d'élève, du
décideur, des médias, etc., bref de
la société. Car à
l'extérieur c'est plutôt en
référence aux exigences de cette
dernière, actuelles ou passées, qu'il
faudrait répondre plutôt qu'à
celles des programmes. Je
crois donc que rendre crédibles nos
évaluations des
élèves devrait nous conduire
à beaucoup développer,
peut-être même au
détriment des évaluations
actuelles bâties sur les programmes,
des évaluations construites
à partir des compétences
exigées dans nos
sociétés et/ou
présentes à l'esprit et dans
le débat publics. Diffuser La seconde grande
condition pour tendre vers une utilité
externe des évaluations conduites dans le
système éducatif consiste à
les rendre systématiquement publiques et
à les diffuser au maximum. Il y a
là une grande politique de diffusion (ou, si
l'on veut, de transparence, là aussi,
mais sur les résultats de
l'évaluation, et pas seulement sur ses
outils et ses méthodes) à conduire et
à développer. Elle offre par rapport
aux pratiques ou aux tentations fréquentes
en la matière deux ruptures. - D'abord au niveau
général, il est absolument
nécessaire que les responsables politiques
donnent leur accord a priori à une telle
diffusion, et accordent les moyens
nécessaires pour qu'elle ait
lieu. En ce
sens, le ministre ou, lorsqu'il s'agit
d'évaluations
interministérielles, le
Gouvernement dans son ensemble doit non
seulement accepter l'idée que son
domaine de responsabilité soit
évalué, mais qu'il le soit
publiquement. Je crois
personnellement que cette reconnaissance fait
partie d'une démocratie moderne, où
les citoyens et les usagers veulent et même
exigent des services publics de qualité,
mais il faut reconnaître qu'une telle
position requiert de la part de l'homme politique
de premier plan un certain courage (et nous
connaissons des cas dans notre histoire
récente où cette position de principe
n'a pas été prise). - Sur un autre
plan, il faut bannir, en raison même de
cette condition, l'idée d'évaluation
purement interne, qui n'aurait pas d'écho
public. Cette position est à prendre par
les instances d'évaluation elles-mêmes
(y compris dans tous les domaines et pas seulement
l'éducation) : toute évaluation, sauf
cas exceptionnel nommément
délimité, doit être publique,
c'est-à-dire que le citoyen doit pouvoir y
accéder (et les possibilités
créées par Internet rendent cette
exigence possible). La
confidentialité doit devenir
l'exception, alors que
jusqu'à maintenant c'était
l'accessibilité qui était
l'exception. Retournement complet de
perspective, accordé à la
démocratie actuelle. Il faut enfin tirer
une dernière conséquence du choix
fait en faveur de la diffusion : dès lors
que le principe politique est admis, la diffusion
à grande échelle des
évaluations doit s'accompagner d'une
pédagogie pour mettre leurs enseignements
à la portée des citoyens, des
utilisateurs potentiels. - D'où le
souci de « vulgariser »
l'évaluation de l'Ecole (ses
méthodes comme ses conclusions), en en
présentant les conclusions de façon
claire et accessible ; d'où aussi une
éducation en profondeur des utilisateurs
potentiels (journalistes, politiques, parents
d'élèves, etc.) à la
compréhension de ce qui est ainsi
diffusé. (On retrouvera
d'ailleurs cet effort d'éducation à
propos des acteurs de l'Ecole, dès lors
qu'en interne cette fois l'on souhaitera que les
résultats de l'évaluation soient
réellement utilisés). Les
modalités de cet accompagnement
pédagogique du public potentiel à la
fois national et local (y compris, par exemple, sur
un bassin d'éducation, ou auprès de
l'ensemble des partenaires d'un collège ou
d'un lycée) sont évidemment diverses.
Il nécessite une ferme volonté et
d'importants moyens. un levier
d'amélioration interne de
l'Ecole Ici, la
problématique de départ est un peu
différente, même si on en tirera des
conséquences dont certaines seront communes
à celles qui viennent d'être
tirées. Car en interne, l'évaluation
est inséparable de l'autonomie. Plaider pour que
l'évaluation et ses résultats aient
des conséquences en interne,
c'est-à-dire aide les acteurs du
système éducatif à
améliorer leurs pratiques au service d'une
École plus efficace et plus juste, cela
n'est concevable que si les acteurs disposent d'une
certaine autonomie. Et si l'on plaide
pour un accroissement de l'autonomie, il faut dans
le même mouvement mettre en place les
conditions d'une évaluation efficace et dont
on tirera des conséquences concrètes.
Il y a alors ici deux sujets principaux, auxquels
sont rattachées les trois priorités
que devrait avoir la politique d'évaluation
à usage interne. Premier sujet, la
liberté pédagogique des enseignants.
Cette
liberté est souhaitable, nécessaire,
même si elle ne peut être
regardée comme illimitée :
l'enseignant,
tout éducateur est libre de son
action, sous réserve qu'elle
conduise au progrès des
élèves, qu'elle soit nourrie
des réussites et des pratiques des
autres et qu'elle soit
évaluée. Jamais, cette
liberté n'avait été en France
l'objet d'un article de loi. La récente loi
d'orientation et de programme la consacre et,
même, la renforce en quelque sorte en lui
donnant le pas sur les recommandations possibles du
futur conseil pédagogique de
l'établissement (que la loi crée). 2.
La liberté
pédagogique appelle alors deux types
d'évaluation : - d'une part
celle des pratiques éducatives, ce qui
se fait réellement dans les classes et, si
on sait le dégager, ce qui, au moins dans
certains contextes, « devrait » se faire
pour favoriser au mieux les progrès des
élèves ; - d'autre part
l'évaluation-inspection des enseignants et
de son usage. Le second sujet est
l'autonomie des
établissements. Dans beaucoup de
pays elle est notable et, en France, nombre de
rapports et d'experts en recommandent (et, je
crois, à juste titre)
l'accroissement.3. Mais cela ne
saurait se faire sans, là encore, une grande
politique d'évaluation des
établissements scolaires (et
universitaires). D'où la
nécessité de construire une vraie
évaluation des écoles primaires, des
collèges, des lycées (et des
universités) et de définir les
modalités selon lesquelles on en fera
usage. En
France, l'inspection des enseignants
existe et mobilise des moyens non
négligeables (même si elle
n'est pas assez fréquente),
mais elle devrait être
profondément rénovée,
car elle n'est guère satisfaisante
et ne sert guère à
améliorer les pratiques des
enseignants. L'évaluation
des établissements, elle, est
pratiquement inexistante et est donc
entièrement à construire.
Ces deux
évaluations sont par nature
individuelles (chaque enseignant, chaque
établissement) ; elles ne peuvent donc sans
doute pas être engagées sans
hiérarchisation des terrains en raison de
leur ampleur potentielle. D'où
l'énoncé de critères. avec
l'idée de choisir les segments sur lesquels
on fera porter pour l'essentiel l'effort, parce que
c'est là que le levier sera a priori le plus
efficace, c'est-à-dire que l'utilité
de l'évaluation au service d'une
amélioration des pratiques
(pédagogiques, éducatives, de
direction et d'animation) sera la plus
grande. Par exemple,
on pourra convenir qu'il faut commencer par
évaluer-inspecter, avec des modalités
renouvelées, les enseignants
débutants, ceux qui le demandent, ceux qui
seraient signalés comme
particulièrement défaillants, ceux
enfin de certains niveaux (en particulier en
début de cycle : CP, sixième). De
même, il faudrait commencer par
évaluer tout ou partie des écoles
élémentaires, tout ou partie des
collèges (et plutôt une partie
spécifiée à partir de
critères précis plutôt que tout
: par exemple les établissements de
notoriété « mauvais », ou,
au contraire, « bons »), à l'aide
de procédures et de méthodes à
mettre sur pied, avant d'étendre cette
démarche aux lycées. Indépendamment
de la hiérarchisation des terrains sur
lesquels renouveler et/ou développer
l'évaluation des personnes et des
unités, il est nécessaire, pour que
cette politique soit réellement utile, de
préciser deux choses importantes
: - quel
type d'utilité envisage-t-on
? - Selon
quelle méthodologie va-t-on les
rénover et/ou les construire
? Répondre
d'abord à la première question permet
ensuite de mieux traiter la seconde
c'est-à-dire de dégager les
conditions auxquelles ces trois priorités,
l'évaluation des pratiques, celle des
enseignants, celle des établissements,
auront l'utilité qui leur aura
été assignée. des pratiques,
des enseignants et des établissements
? L'évaluation
des pratiques éducatives devrait avoir deux
usages. D'abord servir
de support, d'aide à la liberté
pédagogique des enseignants,
c'est-à-dire être diffusée
à tous pour leur faire connaître
les pratiques des autres et, éventuellement,
les pratiques les plus efficaces et, par là,
favoriser leurs propres décisions,
c'est-à-dire alimenter leur
liberté. En ce sens, le
Haut conseil de l'évaluation de
l'école avait, dans son avis sur le sujet,
écarté l'idée de «
modèle universel de bonnes pratiques
», mais avait parlé de
«canevas de progressions pédagogiques
qu'ils (les enseignants) puissent adapter à
la diversité des élèves »
4. L'inspection-évaluation
des enseignants, profondément
rénovée, devrait, elle aussi,
avoir plusieurs objets, et donc utilités :
contrôler la qualité du système
éducatif, reconnaître et valoriser
l'effort, la réussite et le mérite
des enseignants et en tirer les conséquences
en matière de ressources
humaines. Affirmer le
principe de cette dernière utilité
est déjà central (et constituerait,
au moins en France, un changement profond), mais il
faut sans doute préciser le type de
conséquences envisagées. A mon avis,
elles devraient se déployer sur deux
plans. - D'abord sur
celui du conseil, de la formation (continue), du
soutien à l'enseignant, de
manière à l'aider à progresser
dans sa pratique au service des progrès des
élèves ; - ensuite sur
celui de son évolution de carrière
: mobilité (y compris en proposant
d'autres fonctions aux enseignants qui ne veulent
ou ne peuvent plus l'être, en
développant les reconversions, les secondes
carrières) et progression salariale ou
statutaire, non pas à chaque étape de
cette carrière, mais aux plus importantes
(exemple : changement de corps, ou de certains
grades). Dans les hiérarchisations
évoquées ci-dessus, retenir d'abord
les débutants, les enseignants ayant de
grandes difficultés, ceux qui demanderont
une évaluation permettra de concentrer ces
conséquences sur ceux où elles
devraient être le plus
nécessaire. L'évaluation
des établissements doit être
directement utilisée dans le cadre de la
régulation de leur autonomie. Le récent
rapport de la Commission du débat sur
l'avenir de l'Ecole a plaidé pour que cette
régulation prenne désormais
(après le relatif échec de
l'idée de projet) la forme d'un contrat. 5
de pratiques,
d'enseignants, d'établissements servent
vraiment Quelles sont les
conditions principales qu'il faudrait remplir pour
que les trois évaluations
précédentes puissent être
utilisées selon les lignes
évoquées à l'instant
? Des conditions
de qualité méthodologique et de
transparence, analogues à celles sur
lesquelles j'ai insisté dans la
première partie sont ici aussi essentielles.
Je ne fais que citer certaines. L'évaluation
des pratiques éducatives par exemple
requiert d'élaborer une méthodologie
commune et connue qui permettent à tous ceux
qui les étudient (chercheurs, inspecteurs,
évaluateurs, etc.) de parler le même
langage (cadres, nomenclature d'activités,
méthodes d'observation ou de recueil, etc.)
et de présenter leurs résultats de
façon homogène pour permettre la
confrontation, la synthèse le progrès
et, au bout du compte, l'utilisation hors de leur
sphère, de leurs travaux. On en est loin, et
rien n'est plus urgent. Dans un esprit
voisin. les critères d'évaluation des
enseignants sont trop peu partagés, publics
et transparents, de sorte que la
rénovation de cette fonction doit
s'accompagner, là aussi, d'une
élaboration plus commune et d'une diffusion
plus grande des éléments sur lesquels
l'évaluation des enseignants sera
fondée. Je pense à ce sujet que, sans
être évidemment le seul, un des
critères devrait être
étroitement lié au progrès (et
non au niveau) des élèves de
l'enseignant. Au-delà de
ces deux exigences de qualité
méthodologique et de transparence, les
évaluations, dès lors qu'elles ont un
caractère individuel, donc
l'inspection-évaluation des enseignants et
l'évaluation des établissements,
devraient pour être utiles, respecter deux
grandes conditions. -
D'abord,
elles ne sauraient pas reposer que sur leur
qualité méthodologique, elles ne sont
pas qu'une question d'expertise. Elles requierent
la participation de l'évalué.
Trois formes sont souhaitables. * La
définition du processus et des règles
d'évaluation elle-même doit faire
l'objet de discussions avec les
représentants des personnels et des
unités. * *En second lieu,
l'évaluation ne saurait certes être
purement interne (si elle est seule,
l'autoévaluation, d'un enseignant, d'un
établissement est à bannir) :
l'évaluation est et doit toujours être
un regard extérieur. Mais
précisément, elle ne doit pas
être qu'extérieure, et c'est à
une combinaison entre regard extérieur et
autoévaluation qu'il faut se livrer. Par
exemple, l'évaluation des
établissements devra mêler une
équipe d'évaluateurs externe
(où des « usagers » de
l'École soient présents) et une
analyse par l'établissement lui-même
de son état. C'est à cette double
condition que les constats pourront utilement
nourrir un contrat destiné, sur plusieurs
années, à remédier aux
difficultés constatées. * La
troisième forme de participation de
l'évalué à l'évaluation
est classique, mais doit être bien
organisée dans les deux cas
étudiés ici : il s'agit du «
contradictoire », c'est-à-dire de la
possibilité pour l'évalué de
commenter ou de contester les conclusions de
l'évaluateur. -
La seconde condition
se
présente, au rebours des
précédentes, sous une forme
interrogative. Faut-il associer
étroitement et dès le début
développement de l'évaluation et son
usage, ou bien convient-il de les séparer
dans le temps, en deux phases, d'abord le
développement de l'évaluation puis
l'introduction de son utilisation ? La politique
suivie depuis une quinzaine d'années dans le
système éducatif français a
consisté à disjoindre ces deux
aspects. On a
cherché d'abord à développer
et à améliorer
l'évaluation (des élèves,
des établissements, du système dans
certaines de ses parties ou dans son ensemble),
pensant qu'il était nécessaire et
sage de faire naître ainsi une culture
d'évaluation. Avant d'envisager de se servir
des résultats de cette
dernière. A l'inverse,
certaines voix s'élèvent parfois pour
avancer le contraire : il vaudrait mieux selon
elles, notamment pour convaincre les personnes et
les établissements de l'intérêt
de l'évaluation et de l'intérêt
d'y participer, lier dès le départ
évaluation et usage. 6
Il est
certain que la stratégie en deux
temps a permis un réel
développement de
l'évaluation, mais en contrepartie
son usage est très limité,
et même insuffisant et on ne
parvient pas vraiment à
l'accroître. Non seulement les
évaluations existantes ne sont
guère utilisées; il faut
mettre évidemment à part,
ici, ces deux évaluations
particulières que sont les notes et
les examens des élèves, qui,
elles, le sont, (et parfois trop), mais
même l'on n'a pas assez
réfléchi aux façons
de les utiliser. Car l'usage des
évaluations, celles des élèves
(lors des évaluations diagnostiques de
masse), des personnes et des établissements
notamment, ne saurait ni être automatique, ni
inexistant : il faut définir et
expérimenter un ou des « usages souples
» (et certaines des réflexions plus
haut en définissent des possibles). A
l'inverse lier dès le début
évaluation et usages bien définis
risque de tuer dans l'oeuf le développement
de cette forme de régulation des
systèmes éducatifs. De sorte qu'ici
la question me semble ouverte. Peut-être la
réponse est-elle à donner au cas par
cas, en faisant, là aussi, l'objet d'une
consultation non seulement des experts mais des
personnes et unités
impliquées. Une remarque pour
conclure Je
voudrais à titre de conclusion de
ce bref exposé indiquer un seul
point, conséquence ou condition, du
nécessaire développement de
l'usage des évaluations dans nos
systèmes éducatifs. Il porte
sur les personnes qui pourraient porter
une telle politique, c'est-à-dire,
je pense, les « cadres
éducatifs ». J'entends par
cadre éducatif trois
catégories de personnes : les
chefs d'établissement, les
inspecteurs, les cadres
administratifs. Ce sont
eux qui devraient, peut-être
contribuer au développement des
évaluations, en tout cas favoriser
l'essor de leurs usages, soit qu'ils les
utilisent eux-mêmes, soit qu'ils
facilitent leur utilisation par les
enseignants ou même
l'extérieur (parents
d'élèves, par
exemple). C'est
tellement vrai qu'à mon
avis les perspectives
tracées dans ce texte
impliquent certainement une
grande politique de l'encadrement
éducatif :
définition de fonction,
formation, recrutement,
évaluation, etc. Une fois
définie (ou
redéfinie) une telle
politique de ressource humaine
des cadres éducatifs, il
faudra sûrement en
multiplier le
nombre. Pour
compléter: Qu'est-ce
que la "loi organique relative aux lois de
finances" La
loi organique relative aux lois de finances
[LOLF], qu'est ce que
c'est? <<salut c est tres interessant je veut travailler sur ce theme au Maroc. merci >> << Je trouve très importantes toutes ces questions analysées par lauteur. Les enseignants doivent lire et relire les articles de ce site>>. <<Jai bien lu
cet article avec un grand intérêt et sache que
je le trouve très intéressant,mais il ne me
met pas le point sur les points négatifs dune
évaluation externe qui ne cherche quattribuer
une note aux élèves et prendre les
décisions relatives à cette dernière
.Pourquoi dans la majorité des pays tels que le Maroc
et la France , une autonomie pédagoqique nest
pas accordée aux enseignants sachant
déjà que cest une condition
nécessaire dans la réussite des
élèves et les enseigants
?>>
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