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Pour
les
lycéens,
l'élève « idéal
» se définit d'abord par
son attitude en classe, puis par un
certain nombre de traits de
caractère. En cours, il est
attentif, il écoute et il ne
perturbe pas le cours (ce qui
rejoint encore une fois l'idée que
le « bon » cours, pour les
élèves, c'est d'abord un
cours sans problème de
discipline.) Par ailleurs, il
participe. C'est essentiellement un
élève « sérieux
», qui travaille et qui est
intéressé par toutes les
matières. Ce dernier item a surtout
été invoqué dans les
entretiens élèves sur le
thème du manque : Être
autonome, intelligent ou heureux est moins
important qu'être sociable. Certains
élèves ont beaucoup insisté
sur le fait qu'un élève idéal,
cela ne devait pas
être
« un élève coincé, tout
seul dans son coin
». C'est
un élève qui établit aussi
bien de bonnes relations avec ses camarades qu'avec
ses professeurs. Pour les
enseignants,
l'élève « idéal » se
définit tout autant par son attitude en
cours que par ses qualités personnelles.
C'est principalement un élève qui
participe et qui travaille. Quant au principal
trait de caractère qu'ils apprécient,
c'est d'être motivé par le
savoir. Autrement,
l'élève « idéal
» est gentil, intelligent et
autonome. Il joue un rôle actif
dans sa formation : l'élève
« idéal », mature et
autonome, aide ses camarades en
difficulté et les
respecte. Cette
autonomie revendiquée, la
maturité, l'esprit critique, le
fait qu'il ne soit pas scolaire doivent
cependant s'exercer dans des limites bien
définies :
l'élève « idéal
» commence toujours par
répondre aux exigences de son
enseignant. Qu'il soit heureux
et décontracté a aussi moins
d'importance. Il faut aussi qu'il soit
attentif et qu'il écoute « la bonne
parole », comme le dit en souriant
l'enseignant 7 : «
Mais c'est sûr que j'ai des séquences
de cours de 10 minutes -'1 /4 d'heure où
c'est moi qui parle et qui donne la "bonne parole"
». Ces
exigences et cette référence à
l'église sont peu surprenantes. De nombreux
auteurs [Houssaye, 1996] ont
souligné comment à l'école,
comme dans d'autres institutions telles que
l'armée, l'église ou les tribunaux,
le pouvoir de parler était largement
asymétrique. Au lycée, seul
l'enseignant a la parole
légitime. La culture
secondaire et supérieure, en revanche,
s'enracine dans une conception presque
cléricale : l'enseignant dispense une
vérité révélée,
il parle et demande qu'on l'écoute ; il
exige qu'on s'approprie son discours en son absence
(c'est le « travail à la maison »)
; et qu'on le lui restitue ; il évalue les
résultats au regard de la conformité
à des canons académiques
stabilisés ...[P. Meirieu, 2001, p.
126] Les
élèves aussi bien que les
enseignants
s'accordent à dire que l'élève
« idéal » est un
élève qui participe en cours et qui
travaille. L'attention est aussi un thème
prépondérant : il est attentif, il
écoute, « il ne parle pas »
rajoutent les élèves. On peut noter
aussi qu'une certaine fraction de
l'échantillon, les professeurs comme les
élèves, refuse d'admettre qu'il
puisse y avoir un élève «
idéal » (alors que le professeur «
idéal », lui, existe). Pour
les enseignants,
l'élève « idéal »
n'est pas forcément en tête de classe.
Cette idée est si prégnante qu'elle
se retrouve quand on demande aux enseignants ce
qu'est pour eux un élève qui
réussit au lycée. Ils
répondent que pour eux, ce n'est pas un
élève qui a forcément des
bonnes notes (cité 3 fois), mais qui est
prêt à faire des efforts (cité
4 fois). Ce que l'on apprécie surtout,
c'est sa bonne volonté, les progrès
qu'ils réalisent (ce type
d'élève est peut-être plus
gratifiant pour le professeur). Cette remarque doit
être toutefois nuancée par le constat
suivant : un enseignant commence par souligner que
l'important ce n'est pas les notes, mais quand on
lui demandera de décrire la classe
idéale, il mettra en avant le fait que
c'était une classe brillante. Alors que pour
les élèves, un
élève « idéal »,
c'est surtout un « intello », «
toujours dans ses bouquins », qui obtient de
bons résultats scolaires, même si
certains récusent ce
modèle. Les
enseignants apprécient aussi
beaucoup plus que les lycéens le
fait qu'un élève soit
autonome. En fait, pour les
professeurs, l'élève «
idéal » est une personne qui
maîtrise son « métier
d'élève » sur le bout
des doigts et qui peut donc se permettre
d'être non scolaire, de manifester
un certain esprit critique, le
lycée étant alors un moyen
d'épanouissement de la
personnalité. Alors
que pour les élèves, si
l'élève « idéal
» est un jeune qui exerce en
professionnel son « métier
d'élève » (il est
capable de donner le change, il a de
bonnes notes...), l'épanouissement
de sa personnalité ne passe pas
forcément par le
lycée. Total=7
(6,4%) Il est heureux II est sociable 4 Total=12
(12,4%) Il est heureux II est gentil Il est
décontracté Il a de la
personnalité Il n'est pas
scolaire 4 1 2 3 Total=31
(28,4%) Il est intelligent Il est
sérieux Il est demandeur par rapport
au savoir II est autonome Il est travailleur II est
intellectuel 5 5 1 12 6 Total=37
(38,1%) Il est intelligent Il a l'esprit
critique II est demandeur par rapport
au savoir Il est mature Il est autonome Il est travailleur Aller au lycée a du
sens pour lui 3 9 3 4 11 3 Total=61
(56%) Il est attentif Il écoute Il ne perturbe pas le
cours Il participe II prend des notes II ne parle pas Il fait ce que veut le
prof II donne l'impression
d'être intéressé Il se tient bien Il s'intéresse la
matière 8 10 11 3 4 4 3 3 5 Total=37
(38,1%) Il est attentif Il écoute Il ne perturbe pas le
cours Il participe Il fait ce que veut le
prof Il tient compte de ses
camarades 5 5 11 5 6 Total=8
(3,7%) Il a de bonnes
notes Il réussit aussi sa
vie non scolaire II n'existe pas 4 2
(1,8%) Total=9
(9,3%) Il n'a pas toujours de bonnes
notes Il fait des
progrès Il a des
connaissances Il n'existe pas 4 1 2
(2,1%)
L'écoute des élèves « réels » selon les enseignants « Globalement, ils
écoutent. Globalement, ils sont curieux, ils
sont demandeurs. » « Elle est très
variable. Quand le message passe au niveau de la
responsabilisation des élèves, cela
se passe bien. Mais j'ai des élèves
qui n'écoutent pas ce qui se passe en classe
» « Elle n'est pas trop
mauvaise en début de semaine, mais elle se
détériore au fil de la
journée. » « Cela dépend de
l'intérêt qu'ils portent au cours, du
chapitre qu'on est en train d'étudier.
» « Elle est mauvaise. Il
faut vraiment sévir par des
déplacements, par de la colère, par
des moyens un peu... moraux, des menaces.
» La
présentation de ces différentes
représentations de ce que peut être un
cours, un prof, un lycée, un
élève, « idéal » ou
« réel » montre qu'il n'y a pas
que des décalages. Ainsi par exemple, les
professeurs et les lycéens envisagent
à peu près de la même
façon l'élève «
réel ». Il en va de même pour le
cours « idéal » : globalement, les
avis des uns et des autres se rejoignent. Il s'agit
maintenant d'analyser ces résultats : de
quels écarts pourrait venir l'ennui
?
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