L'enseignant hypermoderne? La réflexion
sur "l'enseignant hypermoderne "est née
à l'occasion d'un colloque
organisé en septembre 2003 par l'Ecole
Supérieure de Commerce de Paris et Le
Laboratoire du Changement Social de Paris
VII. L'objectif en
était de partager des réflexions
sur les conséquences des mutations profondes
économiques, sociales, culturelles,
au niveau mondial, et sur les notions d'urgence,
d'immédiateté, d'éclatement
des limites, d'excès, d'intensité
dans les différentes sphères de la
vie sociale issues de ces changements.Ce
colloqe a mis en avant une personnalité
contemporaine à la fois "produite et
productrice" de la société
hypermoderne dans tous ses excès. L' enseignant
m'est apparu ainsi comme une figure
emblématique de cet individu qui doit
à la fois lutter pour son existence sociale
et trouver du sens à son action ailleurs que
dans l'immédiateté. Comment être enseignant dans cette période de mutation? Comment
enseigner en ces temps de crises et notamment
celle de la transmission, sinon en faisant «
un pas de côté »
[Lexpression est de Michel de
CERTEAUX] pour sortir de la valse des
idées et des modes afin de poser les bases
dune alliance créative, en
étant un "enseignant qui s'investit avant
d'être un enseignant qui sait", pour
reprendre une expression de Florence
Giust-Desprairies Si la crise
est un moment de transition plus dense que les
autres, comment pouvons nous uvrer pour y
voir les espérances en germe plutôt
que les germes de la désespérance
? Affecté par
l'incapacité à s'identifier à
un collectif déprécié le
conduisant ainsi à plus de solitude,
l'enseignant-" individu hypermoderne "- est devenu
un lieu symbolique au cur des
contradictions et des messages paradoxaux d'une
société qui lui demande d'
accompagner l 'élève dans un monde
menaçant et inconnu en assurant tout
à la fois la transmission et la permanence,
le nouveau et le discontinu Le Soi
professionnel de l'enseignant est ainsi soumis
à des forces contraires qui se livrent
un combat à la fois dans l'inconscient
individuel et dans l'inconscient collectif qu'il va
incorporer. Amené à voyager dans la
déchirure entre pulsions et être
pensant, entre désir et raison, à
conduire l'élève dans un combat entre
l'ombre de l'ignorance et la lumière de la
connaissance au cur du chaos et de la
complexité, il est conduit ainsi à
travers le labyrinthe des doubles-binds au bord de
l'épuisement et des pathologies
associées. Le choc brutal des
représentations et des
réalités qui évoluent dans
l'accélération du temps, la paralysie
ou tout au moins l'absence de flexibilité
des systèmes, amènent l'enseignant
à développer des mécanismes de
défenses qui amplifient les formes de
répétition dans la
plainte. Plus les
changements de la société se
développent et s'accélèrent,
plus les processus de résistances visent
à assurer le sentiment de
sécurité qu'ils ne peuvent trouver
dans l'appartenance à un groupe social
auquel ils ne peuvent s'affilier. Dans cette crise
qui laisse selon Edgar Morin le choix entre " la
décomposition ou la rigidité
cadavérique ", il est peut-être
stimulant d'explorer l' entre-deux ouvert entre les
pulsions de vie et de mort, là où "
l'individu se forme et se déforme, où
l'on trouve la rupture et la suture, la division et
l'union , le continu et le discontinu " pour enfin
sortir d'une plainte compulsive. Tisserand de la complexité Réceptacle
privilégié de tous les stresseurs,
l'enseignant hypermoderne est au centre d'un
système de polarités qui
pétrifient son énergie : entre toute
puissance et impuissance faire battre le
cur d'un école à laquelle on
demande d'être hors de la vie et de
préparer à la vie,
préparer l'élève à
..l'imprévisible et à l'autonomie
tout en lui faisant découvrir la
fertilité de l'autorité
etc. Pour cela , il faut
qu'il puisse penser
l'hétérogène, être un
maître-verrier qui crée à
la fois la structure sécurisante du vitrail
et laisse passer la lumière, un
tisserand qui sorte des oppositions pour
créer de l'universel et du
différent. Apollinaire L'enseignant se
trouve au centre de trois générations
:en se laissant travailler par
l'héritage, il transmet ce qu'il a
reçu de ses pères pour le transformer
en création
réinterprétée par lui
même, puis par l'élève. En
perdant une partie de la " mémoire ", un
espace s'ouvre pour transmettre de la
différence au lieu d'une mémoire
compulsive. Mais pour uvrer à cette
tâche de transmission féconde, il lui
faut aussi se sentir relié avec des pairs
comme il doit se sentir relié dans la
chaîne des générations dont il
porte des morceaux de savoirs. Transmettre la mémoire d'un futur désirant et désirable ou le nouveau combat de Jacob avec l'Ange. Le pessimisme, le
sentiment de fatalité englue l'enseignant
dans un sentiment d'impuissance qui oriente les
élèves sur un futur qui a la couleur
de l'échec, des menaces et des
peurs. Comment
transmettre du désir pour le futur mais
aussi pour le présent comme Georges
Snyders l'y invite s'il n'a devant lui qu'un
horizon sans lumière là ou l'ennui
gagne le maître comme l'élève
? Transformation personnelle et transformation sociale S'il veut
être un acteur de changement pour lui
même, pour l'élève et pour le
monde dans lequel il évolue et
développer à la fois "
l'identité terrienne ", créer de
l'universel et du différent , l'enseignant
doit affronter des défis qui ne peuvent que
le briser s'il reste un être
séparé, " un individu "
isolé. Comment,en fait,
survivre à l'hypermodernité et
libérer l'énergie bloquée pour
un présent et un futur plus créatifs
? Dans les
pistes qui s'ouvrent à nous, j'en verrai
émerger deux qui permettent d'explorer et de
croiser toutes les autres : renforcer l'estime
de soi et apporter les
éléments de sécurité
intérieure indispensables pour favoriser
le changement et retrouver l'essentiel dans ce qui
est fragmenté. C'est
le monde intérieur des enseignants
qui peut être pris en charge dans un
cadre sécurisant pour lui permettre
d'explorer d'autres manières de
faire, d'être, et de modifier sa
représentation du monde en
libérant de l'énergie pour
l'action et le changement. Il est possible de
développer des lieux de formation, des
groupes
de paroles ou d'analyse de la
pratique "
espaces transitionnels " afin d'y affronter
l'incertitude, les conflits inhérents
à son mode de vie, et en créant du
lien avec d'autres y faire renaître les
forces de vie. BAUCHAUD, H. La
blessure qui guérit. Alice, 1999. BENASAYAG,
M et SCHMIT, G.
Les passions
tristes, souffrance psychique et crise sociale. La
découverte, (2003) BONICEL, MF. Une
utopie à réalisation
vérifiable : revue Psychologie de la
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l'autre dans l'école républicaine.
Édition: P.U.F.2003 HASSOUN, J. Les
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1994. HUSTI,A. Ouvrage
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Les
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chapitre 2 la vie précède le sens ,
pages 31 à 42. SNYDERS,
G.
De la culture
des chefs -d'uvre et des hommes à
l'école, Matrice, 200 Qui
est Marie-Françoise
Bonicel?
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