PLAN
DU SITE
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Étude
de cas sur l'ennui à
l'école
Thèse
de
Stéphanie
LELOUP (p.270-278)
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La
distinction entre ces différents
types d'ennui est un peu
schématique. La plupart du temps,
chez les lycéens, ces formes se
combinent entre elles à des
degrés divers. Si l'on veut
vraiment comprendre ce qu'est l'ennui des
élèves, il convient de
considérer la singularité
des histoires
individuelles.
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Cette
présentation ne pourra être
exhaustive. Néanmoins, nous allons essayer
de présenter maintenant quelques
configurations particulièrement
significatives. A dessein, nous avons choisi trois
élèves a priori atypiques
:
le premier
dit s'ennuyer beaucoup à l'école,
mais il est très impliqué dans la vie
scolaire, et certains de ses professeurs le
considèrent comme motivé
intrinsèquement.
Le second
nous avait été décrit par
ses enseignants comme très attentif dans une
classe, qui, dans l'ensemble, ne l'était
pas. Pourtant, ce sera le seul à interrompre
ses études après son année de
première.
Quant au
troisième, il ne s'ennuie pas au
lycée. Pourtant, il ne paraît
guère mobilisé sur les
savoirs.
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François
: entre affirmation de soi et protection
de soi
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François,
18 ans, est en terminale
littéraire au lycée Bergson.
Élève moyen, il n'a
toutefois jamais redoublé lors de
sa scolarité. Il suit l'option Arts
plastiques que propose le lycée,
mais ce cours représente beaucoup
plus qu'une option pour lui, puisqu'il
envisage d'entrer dans une école
d'arts après le
baccalauréat. Très
impliqué dans la vie du
lycée, il est entre autres
vice-président du foyer
socio-éducatif, il a
été très vite
intéressé à
l'idée de parler de son
expérience scolaire. Dès le
début de l'entretien, il aborde de
lui-même le thème de
l'ennui
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Cela
dépend de l'intérêt que je
porte aux cours. En général, j'essaie
de prendre des notes ou de rentabiliser mon temps.
Comme je veux faire dans le dessin, si cela
m'ennuie, je dessine. Comme cela, je ne perds pas
de temps.
Le mot important
est « rentabiliser », terme qui reviendra
dans la conversation dès la question
suivante. L'élève ne veut pas dire
qu'il ne s'investit que lorsque l'enjeu est
important, puisque même en philosophie,
matière à gros coefficient, il
convient qu'il est distrait. Simplement, il refuse
qu'on lui fasse perdre du temps, parce que celui-ci
est perçu comme une denrée
rare.
Le
temps. J'aimerais bien avoir un peu plus de
temps.
Il est conscient de
l'obligation de suivre les cours, mais en dernier
ressort il se permet de doser son attention selon
l'intérêt que le cours suscite en lui.
Ainsi en témoigne sa description d'un
cours-type
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Il
y a quelque chose que tu ne peux pas zapper,
même si cela t'ennuie, sauf que là tu
ne peux pas partir. Il y a de la vie, de
l'animation tout autour de ce thème, et
c'est à toi de voir si tu veux
écouter ou non le film. Sachant que tu ne
peux pas quitter la salle !
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D'ailleurs, il
n'hésite pas à ne pas aller en cours
quand cela ne lui plaît pas, car finalement
il a du mal à accepter que quelqu'un d'autre
que lui dispose de son temps. Le temps libre est
valorisé, puisqu'il permet de vivre
pleinement, ce qui n'est pas permis dans l'enceinte
scolaire.
C'est
pour ça que je sèche des cours
parfois... Oui, des après-midi
entières parfois. Je me dis: << Il
faut bien profiter de la vie, de la
jeunesse.>> Et puis, à long terme,
cela n'aura aucune importance. Mais je ne
sèche, en général, que les
cours que je n'aime pas. Le sport par
exemple.
Cet
absentéisme est considéré
comme « normal », comme une pause que
l'élève s'accorde pour se permettre
de respirer. En effet, d'une part une de ses valeur
clé est la liberté, et d'autre part,
François revendique sans complexe sa
transgression de certaines règles, que ce
soit celles de l'assiduité ou celles qui
organisent les évaluations.
J'ai
jamais aimé les thèmes
proposés, moi j'aime bien la liberté,
et ce que je reproche au lycée, c'est de
nous enlever cette liberté (..) Quand
j'étais au collège, je me disais "
encore sept ans, encore six ans, encore cinq ans...
" C'est long à force, c'est une vraie
prison. Cela essaie de tout sortir sur un
même moule, cela détruit
l'individualité. C'est une bulle. Et cela
détruit les libertés. (...) Je ne
vais pas dire que c'est trop contraignant par
rapport aux horaires de cours, mais bon j'aimerais
bien avoir un peu plus de libertés.
François
n'adhère pas au discours traditionnel
véhiculé par l'école : un
élève doit être assidu, une
note est en fonction du travail fourni. Au
contraire, il prend plaisir à étaler
ses pratiques illicites comme la triche, ce qui lui
permet de tourner en dérision, avec une
certaine insolence, le mérite.
Oui,
en maths, quand je copie sur quelqu'un. La
dernière fois que je l'ai fait, j'ai eu 14,
j'étais très content de moi. Pourtant
j 'avais copié. En physique, cela m'est
arrivé aussi de tricher... Moi, la mauvaise
conscience, je m'en fous pas mal. Tous les moyens
sont bons pour avoir de bonnes notes.
Ce non respect
flagrant des règles de l'institution
scolaire ne l'empêche toutefois en aucune
manière de tenir une place active dans
l'enceinte du lycée. D'ailleurs, il est
heureux d'énumérer toutes les
fonctions qu'il occupe au lycée. Cet
investissement dans la vie scolaire est possible
parce loin d'être une contrainte, il lui
permet de prendre les responsabilités
auxquelles il aspire
J'essaie
d'utiliser le lycée pour réaliser mes
propres objectifs.
D'ailleurs,
François ne conteste pas l'ordre scolaire.
En effet, quand on lui demande ce qu'il
souhaiterait apprendre s'il était libre de
choisir ses cours, il n'opte pas forcément
pour les cours qui l'intéressent le plus,
mais ceux qu'il pense être essentiel pour son
avenir : le français et les langues
principalement, même s'il n'apprécie
pas ces matières.
J'aurais
enlevé les matières scientifiques,
j'aime bien la bio, mais bon... Il faut se
consacrer à l'essentiel. L'anglais... Je
suis peut-être masochiste mais oui, j'aurais
mis l'anglais.
Pourtant, la
biologie semble l'intéresser
véritablement. Il a établi un rapport
particulier avec son professeur, qui le
félicite d'ailleurs sur son bulletin pour sa
curiosité toujours en éveil, et, lors
de l'entretien, il montre combien la discipline
peut lui plaire.
Ce
que j'aime bien en bio et en physique, c'est que
cela laisse une part à l'imagination... Si,
par exemple, en bio, il y a plein de choses qu'on
en connaît pas sur le cerveau. En plus, comme
j'aime bien la science-fiction... C'est très
bien.
Ceci dit, son
intérêt semble largement
déborder le cadre du scolaire, c'est
pourquoi il avouera plus loin qu'il renoncerait
sans aucun mal à l'enseignement de cette
matière, puisqu'on peut très bien
être intéressé par un domaine
de connaissances, sans vouloir pour autant suivre
un cours à ce sujet. La critique des
professeurs peut être sévère,
à partir du moment où les enseignants
n'ont pas su s'imposer. Ce n'est pas, ou pas
seulement, un problème d'autorité au
sens traditionnel du terme, mais un manque de
charisme que cet élève
dénonce. Ainsi, le professeur de philosophie
a des défauts mais de la
personnalité, alors il lui convient,
même si l'élève n'excelle pas
dans la matière. C'est le contraire pour un
ex-professeur de dessin, pourtant matière
préférée de
François
Au
collège, c'est un endroit où on fait
des dessins, où on apprend des techniques.
Mais bon, la prof, elle était pas terrible.
Pas dans ce qu'elle faisait, non, plutôt dans
ce qu'elle ne faisait pas. Elle passait par
là, elle donnait son avis. Elle était
décorative, quoi. J'ai pas eu de mal
à la dépasser. En toute modestie,
bien sûr.
Cette apparente
confiance en soi ne doit pas cacher pourtant un
certain manque d'assurance. Ainsi, quand on
l'interroge sur les raisons de la réussite
des élèves brillants, il commence par
évoquer le cas particulier de
l'élève doué en langue, parce
qu'il a effectué un séjour à
l'étranger. Mais en le poussant dans ses
retranchement, il reconnaît que les
élèves brillants sont le plus souvent
des élèves intelligents. Mais juste
après il insiste pour dire qu'il n'y a pas
besoin d'être intelligent pour réussir
à l'école, une bonne mémoire
et de la logique suffisent. En fait, en creusant un
peu, on s'aperçoit qu'il a des
difficultés dans toutes les matières
où il s'ennuie. Il a du mal à suivre
en mathématiques, parce c'est trop abstrait,
et de toute façon, cela ne lui servira pas
plus tard ; il a des mauvaises notes en
français, mais l'enseignante fait mal son
cours. La référence à
l'évaluation est omniprésente pour
déterminer si oui ou non la matière
l'intéresse.
La
philo, remarquez, j'ai trouvé un
intérêt. Remarquez, j'ai eu une bonne
note aussi. Physique, je vous dirais ça...
Si j'ai une mauvaise note je ne vais pas aimer.
Bio, cela va. L'espagnol... Cela dépend des
notes en langues. La philo... Cela dépend
des notes aussi.
Dans
ces cas-là peut-on encore parler de
motivation ou d'ennui ? L'ennui pourrait cacher
autre chose, être une émotion plus
avouable que l'angoisse par exemple, surtout chez
un jeune homme assez satisfait de lui-même.
Son rapport au sport illustre à merveille
cette idée. Il commence par trouver «
rébarbatif » cette discipline, dans
laquelle il peine et qu'il hait. Mais un peu plus
loin, il indique que finalement ce n'est pas de
l'ennui qu'il éprouve.
Je
déteste le sport, je suis nul en sport, le
sport, c'est rébarbatif Cela m'oblige
à faire des choses que je n'aime pas. J'aime
pas courir pendant une 1/2 heure par exemple...
Non, cela ne m'ennuie pas. Mais j'aime
pas.
Seuls les arts
plastiques échappent à cette logique,
parce qu'ils apparaissent chez François
comme une passion et comme une vocation. On observe
alors le pouvoir dissolvant de la passion sur
l'ennui: peu importe qu'il y ait des notes ou pas,
peu importe l'enseignant, le dessin semble
être à la fois un moyen d'exprimer son
identité et de la construire.
Le
dessin, c'est pas une matière, c'est ce que
je veux faire. Le dessin, j'en fais depuis que je
suis tout petit. C'est vraiment ce que je vous ai
dit, un moyen d'expression. Comme avant
j'étais très timide, je faisais du
dessin, je m'exprimais avec le dessin. Maintenant,
c'est plus avec des projets. Il y en a qui pensent
avec des mots, moi c'est avec le graphisme. Un
projet en dessin, c'est un travail complexe, c'est
une réflexion sur un thème
donné. Par exemple, le policier, le
fantastique. On le travaille, on cherche une
histoire. En ce moment, je travaille sur les «
quatre cavaliers de l'Apocalypse ».
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En
résumé, on retrouve chez
cet élève un certain nombre
de traits de la première forme : la
volonté d'utiliser son temps
à affirmer sa personnalité,
sa réticence à
adhérer au modèle scolaire,
vu comme un « moule » broyant
toute individualité, son admiration
pour les professeurs dont l'ego arrive
à lui en imposer, son léger
mépris pour les autres, dont la vie
lui semble terne et peu excitante.
François s'ennuiera au lycée
dès lors qu'il n'arrivera pas
à manipuler l'institution pour
qu'elle lui permette de briller. Et en
même temps, mais peut-être est
ce simplement le revers de la
médaille, l'ennui chez lui peut
masquer aussi ce qu'il ressent comme des
faiblesses : ses mauvaises notes, ses
manques, de logique, d'aptitudes physiques
par exemple.
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Julien
: un élève sous la tyrannie
du « concret
»
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Julien, 17
ans, est en première STT au
lycée Verlaine. C'est sa
première année dans cet
établissement, car en seconde il
était scolarisé dans un
autre lycée de la ville, où
il a connu, semble-t-il, des
problèmes liés à la
drogue. Élève moyen en
début d'année, ses notes ont
fortement chuté lors du
deuxième trimestre. Au moment de
l'entretien, il hésite entre
poursuivre une terminale ou arrêter
définitivement ses études,
ce qu'il finira par décider. Il
travaille le week-end comme disc-jockey
dans une discothèque, et il
aimerait vivre de cette passion. En cours,
il est « sage comme une image »,
mais il se ne mobilise en aucune
façon sur les contenus
enseignés, ce dont il est
pleinement conscient.
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Je
ne dérange pas le cours mais je ne
m'investis pas.(...) [L'élève
idéal] C'est un élève
calme qui ne perturbe pas le cours.
Pour lui,
l'institution n'attend des élèves
qu'un comportement adapté : être
attentif en cours, ce qui signifie ne pas bavarder.
Les apprentissages ne tiennent aucune place dans
son discours. Cela peut expliquer que la relation
au professeur soit le seul critère qui
sépare les cours ennuyeux des cours
intéressants. Un cours ennuyeux est
donné par un enseignant qui sait pas «
tenir sa classe », et qui n'établit pas
des contacts avec ses élèves. La
spontanéité des échanges est
mise en avant
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Les
cours que je préfère c'est gestion et
com. La com, parce que l'on peut parler avec la
prof, elle nous comprend. Comparé au cours
d'économie droit par exemple... Cela
dépend du prof aussi. Ils n'apprennent pas
leurs cours quoi... Oui, ils devraient dire ce
qu'ils ont dans leurs têtes et non suivre sur
des fiches qu'ils ont préparées.
J'aime mieux les profs qui ont une certaine
expérience et qui n'ont pas besoin de fiches
pour construire leurs cours. Cela permet de pouvoir
parler avec les élèves.
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L'idée
même que le savoir puisse être une
construction indépendante du professeur est
absente de son discours. Ce non investissement sur
les savoirs se retrouve quand il explique quel est
le sens de sa présence au lycée.
Selon lui, le passage au lycée devrait
permettre à chaque élève de
décrocher un travail par la suite, mais il
estime que sur ce thème-là,
l'institution n'a rien à lui apporter. Il
estime aussi qu'on va à l'école pour
se faire des amis.
Et
puis le lycée aussi, c'est là
où on rencontre les jeunes filles. II y a un
rôle aussi d'entrer dans la vie
sociale.
Deux raisons
semblent le conduire à rester au
lycée : ses investissements relationnels,
comme on vient de le voir, que ce soit
auprès de certains enseignants avec qui il
aime bien parler, ou auprès de ses
camarades, et aussi la contrainte qu'il sent
s'exercer sur lui parce qu'il est
élève. Cette contrainte, il est loin
de la rejeter. Au contraire, il n'en a jamais assez
: il estime que le règlement
intérieur du lycée n'est pas assez
sévère, qu'il n'y a pas assez
d'heures de cours prévus à son emploi
du temps, pas assez de travail à la maison
(même s'il ne le montre pas aux professeurs,
parce qu'il ne travaille que « pour lui
»).
Oui,
par exemple à Renoir, au bout de 3 absences
non justifiées, c'est l'exclusion. Ici,
c'est plus lâche qu'à Renoir. On est
loin de la discipline du bon vieux
temps.
Ce discours pour
l'instant plutôt positif sur l'école
ne doit pas cacher cependant un certain ennui de
l'élève à l'égard de
l'institution scolaire, accusée de mal
préparer les élèves à
s'insérer dans la vie active, d'utiliser des
styles pédagogiques
démodés.
C'est
pour ça que je préfère les
matières technologiques industrielles, on
manipule plus. Et puis, cela correspond plus
à ma personnalité. J'ai plus un
profil « industriel » que «
tertiaire ». En tertiaire, on est loin de la
vie active, c'est moins concret.
Entre
un livre de 300 pages et un film, on est plus
attiré par un film, c'est moins ennuyeux. Et
puis, la télé, cela attire plus les
jeunes que les
bouquins.
Le « concret
» est un thème phare pour Julien. Est
« concret » ce qui est directement utile
soit dans la vie personnelle, ou soit dans la vie
active. L'élève souligne
l'absurdité d'un savoir qui lui
apparaît comme gratuit, ne servant à
rien. A la limite, l'école ne sert à
former que des futurs enseignants, et à
sélectionner les bons et les mauvais
élèves. Sous l'ennui semble poindre
un certain ressentiment contre l'école, qui
peut prendre la forme de
l'anticonformisme
Les
différences, c'est que moi j'ai une autre
vision de l'intelligence par rapport à la
vision que certains ont de l'intelligence. Pour
moi, l'intelligence, ce n'est pas suivre des cours
et les apprendre.
Julien souffre de
l'image d'élève en échec que
le lycée lui renvoie, et pour
protéger son narcissisme mis à mal,
il cherche à se présenter comme
quelqu'un qui est très différent des
autres. Il commence par relativiser la
réussite d'autrui. Il explique en effet que
les élèves brillants
réussissent parce qu'ils ont des parents
attentifs au travail scolaire de leurs enfants
(lui-même vit chez sa grand-mère). Il
finira par admettre du bout des lèvres
qu'ils peuvent être également
doués, justification qu'il abandonnera
dès qu'il s'agira de comprendre
l'échec de certains élèves. Il
se sentira directement visé par la question,
et il essaiera alors de se montrer sous un meilleur
jour. Voilà comment il considère les
élèves ayant de mauvaises
notes
C'est
des gens qui pensent qui ont une ouverture vers la
société, et qui vont avoir un boulot
même s'ils ne travaillent pas. Ils ont
sûrs d'eux alors ils ne bossent
pas.
Face à cette
mauvaise image que lui renvoie l'école,
Julien espère tout de même se
réinventer un avenir. Il se présente
alors comme un jeune qui sait exactement ce qu'il
veut, et pour qui réussir sa vie ne passe
pas par la réussite scolaire.
De
toute façon, je sais le boulot que je veux
faire plus tard, et ma place, elle est
déjà faite... Voilà, quoi. Si
j 'arrête mes études, c'est pour
travailler. Pas pour ne rien faire.
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Le cas
de Julien nous enseigne comment le
décalage entre ses aspirations et
la spécialité dans laquelle
il est scolarisé l'enferme dans un
non-sens où les différentes
activités scolaires prennent pour
lui la forme de tâches non
finalisées, et imprégnant
peu la vie de cet élève.
L'ennui de Julien semble venir du fait que
les savoirs enseignés ne font pas
sens pour lui, il n'en fait d'ailleurs
à peine mention lors de
l'entretien, préférant
s'attarder sur les relations qu'il peut
avoir avec ses professeurs. Non seulement
les savoirs scolaires ne sont pas
désirables en eux-mêmes, mais
ils n'aident pas à être
autonome et adulte. Ils doivent être
appris et assimilés, puisqu'ils
donnent lieu à une
évaluation. Julien rejette cette
évaluation qui lui renvoie une
mauvaise image de lui-même. L'ennui
ici cache aussi une certaine rancur
vis-à-vis d'une institution qui
blesse ainsi son amour-propre.
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Thibault
: « Au lycée, c'est bien, il y
a des soirées télé.
»
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Thibault,
15 ans, est en seconde au lycée
Bergson. Il a choisi comme enseignement de
détermination les sciences
économiques et sociales.
Élève moyen voire
médiocre dans certaines
matières, il éprouve
quelques difficultés à
suivre le cours. Plutôt bavard, il
se fait rappeler à l'ordre
régulièrement par le
professeur. Il n'a toutefois encore jamais
redoublé lors de sa
scolarité. Thibault aime bien
être au lycée, parce que
c'est l'endroit où il retrouve ces
copains. Étant interne, il est
heureux d'avoir une vie relationnelle
assez riche. Il apprécie pour cela
d'être passé du
collège au lycée, qui lui
laisse plus d'autonomie et qui lui offre
plus de distractions
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Là,
on a plus de libertés. Bon, je suis interne,
alors il y a des horaires à respecter, comme
tous les internes. Mais cela ne me dérange
pas. Il y a de la liberté, c'est bien... Il
y a des soirées
télé.
Évidemment,
tout n'est pas parfait, et même si dans
l'ensemble Thibault est content de son sort, les
professeurs sont sympathiques, il y a une bonne
« ambiance » dans la classe, il peut
s'ennuyer parce que ses journées sont trop
longues ou mal organisées.
Et
puis aussi quand on a cours le samedi matin...
C'est chiant. Pour deux heures de sport, ils
pourraient les mettre ailleurs quand même...
Tandis que là, je trouve que les cours sont
mal répartis. Le mardi on a trop d'heures de
maths, il faudrait les répartir sur les
autres jours. Il ne faudrait pas qu'on ait une
grosse journée comme le mardi par exemple,
où on finit à 18h et où on est
toujours en classe entière.
L'aspect
relationnel est primordial pour Thibault. Là
encore, c'est souvent la relation avec le
professeur qui distingue un cours « ennuyeux
» d'un cours « intéressant
».
Je
travaille, mais c'est pas une punition d'aller en
cours. Je travaille, mais je m'amuse aussi. Enfin
je m'amuse sans ... Je serais malheureux si on
n'avait que des cours particuliers... J'aime bien
la relation avec le prof aussi.
Il établit
en outre une distinction entre les vrais cours
où il faut être sérieux et ne
pas parler, et les autres, où l'on peut se
détendre.
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Être
attentif et ne pas parler, enfin parler quand il
faut parler, quand le prof le veut, et puis
écouter et prendre des notes comme je l'ai
déjà dit.
L'espagnol,
j'adore, la prof, elle est trop bien... Le sport.
En sport, c'est cool, les profs ils sont cool. Ils
marquent les trucs au tableau, ils expliquent, et
puis voilà. Franchement en sport c'est
sympa... Oui, le sport c'est une détente.
C'est un cours mais cela permet de nous
détendre quand même. J'aimerais bien
avoir du sport le mardi par exemple ! Oui, je
considère cela comme de la
détente.
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Le rapport au
lycée n'est pourtant pas entièrement
positif. En classe, Thibault doit faire face
à deux types d'épreuves : comprendre
le cours, faire bonne figure devant ses pairs.
S'approprier certains savoirs lui paraît
ennuyeux, parce que c'est difficile pour lui. Tel
est le cas des mathématiques
Bon
les maths, c'est pas super... Cela m'a toujours
ennuyé. Au début, 6 ème 5
ème, 4 ème, bon c'est facile donc les
maths cela me dérangeait pas. Mais
maintenant en seconde, c'est plus dur. Je me
débrouille mais j 'aime pas quand même
la matière.
La maîtrise
de la matière joue ainsi un rôle
fondamental dans l'ennui que cet
élève peut ressentir. En effet, voici
ce qu'il répond quand on lui demande ce qui
est le plus ennuyeux en fait dans un
cours
Et
bien, c'est de ne pas comprendre ce que tout le
monde comprend. Le prof explique, tout le monde a
un peu près compris, et moi j 'ai rien
compris, et ça, ça m'énerve.
Et même si je redemande au prof qu'il
m'explique, je comprends toujours pas. En maths, je
demande à des copains de m'expliquer. C'est
pas pareil, c'est pas avec les mêmes
mots.
Dans cette optique,
il peut convenir qu'il est important de travailler
toutes les matières, parce qu'il n'y en a
pas de plus importantes que d'autres. Par contre,
en pratique il cesse de faire des efforts
dès qu'il se sent peu compétent dans
la discipline en question.
Mais
bon retenir le vocabulaire, j'ai pas envie de faire
l'effort pour ça, parce que c'est pas une
matière importante... Oui, mais il y a quand
même des matières où on n'a pas
envie de travailler. Pour moi, c'est la bio, car
j'ai jamais été bon, j'ai jamais
compris pourquoi on travaillait sur des trucs qui
font un millimètre dans le cerveau. Moi, je
pense, la bio, faut apprendre l'anatomie, les
muscles, les os, comment cela se passe et tout
ça, et pas pourquoi on a une molécule
qui est là et pas là.
Le recours aux
camarades, l'avis des copains, tout cela
pèse énormément dans la vie de
Thibault. Il n'est pas tant préoccupé
de « sauver la face» que de se
bâtir une « réputation », en
l'occurrence celle d'un joyeux boute-en-train,
serviable et sympathique.
Moi,
de toute façon, on m'a toujours dit que je
faisais rire les autres. Et c'est vrai, à
chaque fois que je peux sortir un truc, je le sors.
C'est pas une réputation, mais bon, quand on
arrive dans un lycée où personne ne
nous connaît, il faut se faire une
réputation, enfin montrer comment on est.
Moi, j'ai toujours été comme cela.
Car si on se renferme sur soi même, personne
ne nous connaîtra vraiment, notre
personnalité, personne ne nous fera
confiance. (...) Moi j 'ai jamais été
malheureux, à être enfermé dans
mon coin. J'aime rire, j'aime bien quand il y a de
l'ambiance, quand cela rigole, j'aime bien
l'ambiance quoi. J'ai jamais été
renfermé sur moi. Déjà quand
on est interne, on a des avantages pour se faire
des copains. Et puis on finit par connaître
tout le monde. Enfin cela dépend si on a
envie d'être tout seul ou pas. C'est pas
qu'il sera tout seul, mais il sera toujours avec
les mêmes copains. Moi, je pense que ceux qui
sont renfermés sur eux-mêmes, qui ne
s'amusent pas, ils viennent en cours, mais c'est
vraiment pour travailler, c'est que du
travail.
Une sorte
d'équivalence s'installe en fait dans
l'esprit de Thibault : pour avoir des copains, il
faut se bâtir une réputation, sinon on
est malheureux parce qu'on est solitaire, et le
cours n'est plus aussi l'occasion d'entretenir sa
vie sociale, mais juste un moment pour
travailler.
Ce
phénomène d'image de soi est si
prégnant chez Thibault qu'il s'en sert aussi
pour expliquer la réussite des
élèves brillants
C'est
dû... Ils veulent se faire remarquer moi je
pense. Par la classe, par le prof... Oui, ils
veulent se, faire remarquer.
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En
définitive, Thibault aime
bien vivre au lycée,
apprécie de faire rire la classe,
d'établir des relations avec
certains de ses professeurs, de pratiquer
les disciplines dans lesquelles il
excelle, le sport par exemple. Mais
même si en classe, il semble
beaucoup s'amuser, cet entrain cache
fréquemment un ennui certain, ennui
qu'il attribue à ses
difficultés d'apprentissage. Cet
ennui est difficilement décelable
pour un observateur non averti, parce que
l'obligation de « sauver la face
» le conduit à minimiser ce
qu'il perçoit comme une faiblesse,
et au contraire à en rajouter dans
le sens du panache et de
l'exubérance.
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A la lecture de
ces expériences singulières, on peut
penser que les cinq formes
précédemment identifiées sont
probablement liées entre elles. Ainsi, une
trop grande crispation sur l'expression de son moi
(l ère forme) rend plus perméable aux
blessures d'amour propre (2 ème forme).
C'est du moins ce que nous constatons chez
François. De la même façon,
quand les savoirs ne font pas sens (4 ème
forme), alors peut-être attend on davantage
du lycée en termes d'animation et de
divertissement (3 ème forme). Tel semble
être le cas de Thibault.
L'ennui pensé
comme décalage
Cette
première approche de l'ennui scolaire, que
ce soit d'un point de vue macrosociologique ou
microsociologique, restait dans la lignée de
la conception traditionnelle de l'ennui,
défini comme un manque de motivation. Cette
définition de l'ennui est-elle suffisante
pour comprendre ce phénomène ? Rien
n'est moins sûr. En effet, lors de l'analyse
des questionnaires issus de la consultation
nationale, nous avions remarqué qu'un
certain nombre de lycéens semblaient en
décalage par rapport aux attentes de
l'institution. Quels liens peut-on établir
entre le décalage observé et l'ennui
? De quel type de décalage peut-il s'agir
?
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Y a-t-il un
décalage entre les représentations
des élèves et celles des enseignants
?
Pour
vérifier qu'un tel décalage existe,
nous avons identifié, pour chaque
catégorie (le cours, le prof, le
lycée, et l'élève), les
représentations des élèves et
des enseignants. Ce travail nous a permis de
déterminer les représentations
communes et les représentations non
partagées. Nous commencerons toutes nos
présentations par le point de vue des
élèves, puis par celui des
enseignants, et nous terminerons en comparant ces
deux types de
représentations.
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Réaction
<<je vous
félicite pour la qualité de votre travail
combien original. Courage>>
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