est
né en 1884 à Bar
sur Aube et meurt à Paris
en 1962. Epistémologue
(épistémê,
connaissance ; logos,
discours),l'historien des
sciences est aussi le philosophe
de l'imagination
matérielle qui cherche
à constituer la
rêverie en
système. Penseur
double, toute sa carrière
est placée sous des signes
contradictoires, le masculin et
le féminin, le concept et
l'image, l'animus et
l'anima. " C'est
à l'animus qu'appartiennent les
projets et les soucis, deux
manières de ne pas être
présent à soi-même. A
l'anima appartient la rêverie qui
vit le présent des heureuses
images. Dans les heures heureuses, nous
connaissons une rêverie qui se
nourrit d'elle-même, qui
s'entretient comme la vie s'entretient.
Les images tranquilles, dons de cette
grande insouciance qui est l'essence du
féminin, se soutiennent,
s'équilibrent dans la paix de
l'anima
La rêverie pure,
comblée d'images est une
manifestation de l'anima
En tous
cas, c'est dans le royaume des images que,
philosophe songeur, nous cherchons les
bienfaits de l'anima. Les images de l'eau
donne à tout rêveur des
ivresses de féminité
mais le philosophe au travail, dans la
clarté lumineuse du jour, suit les
chemins que dessine l'animus : je ne suis
pas le même homme selon que je lis
un livre d'idées où l'animus
se doit d'être vigilant, tout
prêt à la critique, à
la riposte, ou bien si je lis un livre de
poète où les images doivent
être reçues dans une sorte
d'accueil transcendantal des dons "
(Poétique de la
rêverie). Cependant
Bachelard, tout en se donnant le droit de
rêver et le bonheur de penser, de penser
rationnellement, pose qu'entre concept et image, il
n'y a pas de synthèse possible, pas de
filiation. On ne peut prétendre les
faire coopérer sauf à en tirer que
mécomptes et
désavantages.. La psychanalyse
nous montre sous l'uvre poétique cette
familiarité et cette étrangeté
du monde mais la science nous le fait apercevoir
également sous un autre mode et dans une
direction tout à fait opposée qui ne
laisse pas d'être paradoxale puisque toujours
les théorèmes ne sont faits que par
le rejet des poèmes. Même si
théorème et poème ont pour
racine commune l'imagination créatrice qui
fonctionne tantôt en animus, tantôt en
anima, on prendra soin de ne pas les mêler et
réservera " pour les rêveries du
soir ou de la nuit, celles que l'on prolonge devant
l'âtre ou la flamme d'une chandelle, les
images-symboles, les grappes d'image
échappées à la matière
ambiante, et pour les pensées diurnes, les
concepts au tranchant net comme les arêtes
d'un diamant " (Jean Claude Margolin, Gaston
Bachelard la raison et les rêves) C'est bien le
même esprit qui est à l'uvre
mais il diversifie ses méthodes et son
langage selon le domaine où il s'exerce
: pendant que la rationalité
scientifique s'élabore progressivement, la
parole poétique opère d'innombrables
variations autour de thèmes qui peuvent
être anciens ou archaïques - ainsi des
quatre éléments traditionnels :
l'eau, la terre, l'air et le feu -mais dont
l'exploration paraît ne devoir être
jamais achevée. Bachelard estime
que " l'art poétique de la physique se
fait avec des nombres, avec des groupes, avec des
spins
Quel poète viendra chanter ce
panpythagorisme, cette arithmétique
synthétique qui commence en donnant à
tout être ses quatre quanta, son nombre de
quatre chiffres, comme si le plus simple, le plus
pauvre, le plus abstrait des électrons avait
déjà nécessairement plus de
mille visages ". (Philosophie du
non). Mais attention,
c'est là aussi que vient se nicher ce qui
constitue " un obstacle
épistémologique " majeur à la
connaissance. Ecoutons Bachelard dans La
psychanalyse du feu : "Il
suffit que nous parlions d'un objet pour
nous croire objectifs. Mais par notre
premier choix, l'objet nous désigne
plus que nous ne le désignons et ce
que nous croyons nos pensées
fondamentales sur le monde sont souvent
des confidences sur la jeunesse de notre
esprit. Parfois nous nous
émerveillons devant un objet
élu; nous accumulons les
hypothèses et les rêveries;
nous formons ainsi des convictions qui ont
l'apparence d'un savoir. Mais la source
initiale est impure : l'évidence
première n'est pas une
vérité fondamentale. En fait
l'objectivité scientifique n'est
possible que si l'on a rompu avec l'objet
immédiat, si l'on a refusé
la séduction du premier choix, si
l'on a arrêté et contredit
les pensées qui naissent de la
première observation. Toute
objection, dûment
vérifiée, dément le
premier contact avec l'objet. Elle doit
d'abord tout critiquer : la sensation, le
sens commun, la pratique même la
plus constante, l'étymologie enfin,
car le verbe, qui est fait pour chanter et
séduire, rencontre rarement la
pensée. Loin de
s'émerveiller, la pensée
objective doit ironiser. Sans cette
vigilance malveillante, nous ne prendrons
jamais une attitude objective. S'il s'agit
d'examiner des hommes, des égaux,
des frères, la sympathie et le fond
de la méthode. Mais devant ce monde
inerte qui ne vit pas notre vie, qui ne
souffre d'aucune de nos peines et que
n'exalte aucune de nos joies, nous devons
arrêter toutes les expansions, nous
devons brimer notre personne. Les axes de
la poésie et de la science sont
d'abord inverses. Tout ce que peut
espérer la philosophie, c'est de
rendre la poésie et la science
complémentaires, de les unir comme
deux contraires bien faits. Il faut donc
opposer à l'esprit poétique
expansif, l'esprit scientifique taciturne
pour lequel l'antipathie préalable
est une saine
précaution." L'imagination: Sans doute
aurait-il fallu s'entendre au
préalable sur ce que nous entendons
par imagination car la
représentation courante la
désigne comme faculté de
former des images. Or, nous
dit Bachelard - et sa proposition ouvre
des perspectives -, " elle est
plutôt la faculté de
déformer les images "
fournies par la perception ou tout autre
source. Elle nous libère ainsi des
images premières en les changeant.
Au lieu de s'intéresser à
ses résultats -
nécessairement figés et
statiques - il s'agit donc de la saisir
dans son dynamisme propre. Sans changement
d'images, il n'y a pas d'action
imaginante. L'imagination ne produit pas
des images mais des réseaux, des
transitions, des transformations
permettant de passer d'une
représentation à une autre.
Ainsi se constitue et se repère
l'espace de l'imaginaire, distinct
à la fois du perçu et de
l'imaginé (c'est-à-dire
passé) : cet imaginaire sous-tend
toutes les images en les excédant
de sa propre
fécondité. L'imaginaire
indique la permanence d'une tendance
opposée à la
mémorisation. Une image
qui se fixe dans une forme
définitive, au lieu de nous faire
rêver et parler, nous fait agir. "
Autant dire qu'une image stable et
achevée coupe les ailes à
l'imagination ". La
langage aphoristique,
métaphorique, cher aux
poètes, est
séducteur. Il nous donne
l'illusion de connaître
alors que nous ne faisons que
méconnaître.
Ainsi
de l'image de
l'éponge qui permit au
18ème siècle
d'expliquer bon nombre de
phénomènes. C'est
grâce à cet attirail
métaphorique que
Réaumur va tenter
d'expliquer la dissolution de
l'air dans l'eau; pour Franklin
les fluides électriques
sont absorbés par la
matière commune qui forme
une espèce
d'éponge; Béraut :
les verres et matières
vitrifiables sont de
véritables éponges
de lumière; Lémery
: la pierre phosphorescente de
Bologne est une éponge de
lumière car elle garde
après exposition une
certaine quantité de
lumière; Marat encore,
expliquant le refroidissement
d'un corps chaud plongé
dans l'eau ou l'air par
l'absorption par ces derniers du
fluide igné qui
s'échappe. Les
métaphores
séduisent la raison. Ce
sont des images lointaines et
particulières qui
deviennent insensiblement des
schémas
généraux. Il faudra
faire passer par là
l'abstraction tranchante du
concept pour rompre avec eux. Et
il sera toujours temps de
l'illustrer par des
images. L'imagination
constitue une dimension fondamentale de
l'existence humaine puisqu'elle doit
accompagner toute entreprise en
quête de nouveauté, qu'il
s'agisse de la connaissance ou de l'art.
Pour Pierce "lorsqu'un homme
désire ardemment connaître la
vérité, son premier effort
sera d'imaginer ce que la
vérité peut être".
Enoncer une hypothèse scientifique,
cette "explication
anticipée" (C. Bernard) exige
bien une activité imaginante en
l'absence de laquelle la curiosité,
le besoin d'en savoir toujours un peu plus
risqueraient de ne jamais avoir
d'effets. Le site de
Didier Martz: http://www.cyberphilo.org/ <<Je
réponds à Christiane et à sa
bouteille à la mer. Ex chercheuse en
sciences éco... passionnée
d'épistémologie, je suis devenue
pouet, pouet, écriveuse de chansons et
animatrice d'ateliers d'écriture... Logique
! Philosophique ! Poétique ! Belle
réconciliation dont parlait Bachelard
à l'époque où ça ne me
parait pas ... encore... J'avais 20 ans... j'en ai
un peu plus du double... Et je ne crainds pas
d'être double. Merci pour ce site. ;)
>> <<Passionnant
et sans doute salvateur merci à tous
j'essaie d'appliquer sa démarche dans un
site d'éducation à l'environnement:
http://images-4d.org>> <<Qui donc
lira ce mail ? peut etre personne. Si oui, j'ai
écouté d'anciennes émissions
sur France Culture, avec monsieur Bachelard, j'ai
aimé, j'ai lu ses bouquins, un fouilli
d'études dont j'ai retiré une belle
moisson. Je suis poète, oui, il en reste et
je vis en poésie, je l'écris
quelquefois, souvent meme, Bachelard était
poète, un poète difficile et
exigeant, il avait raison. Quelle vie ! Bravo
à lui. Il a vécu selon sa
volonté, ses besoins littéraires,
peut etre y est-il arrivé...>>
Christiane |
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