Il est un
air pour qui je donnerais Tout
Rossini, tout Mozart et tout
Weber, Un air
très vieux, languissant et
funèbre, Qui pour
moi seul a des charmes secrets. Or, chaque
fois que je viens à
l'entendre, De deux
cents ans mon âme rajeunit
: C'est sous
Louis treize
Et je crois voir
s'étendre Un coteau
vert que le couchant jaunit, Puis un
château de brique à coins de
pierre, Aux
vitraux teints de rougeâtres
couleurs, Ceint de
grands parcs, avec une
rivière Baignant
ses pieds, qui coule entre des fleurs
; Puis une
dame, à sa haute
fenêtre, Blonde aux
yeux noirs, en ses habits
anciens
Que, dans
une autre existence
peut-être, J'ai
déjà vue ! - et dont je me
souviens ! Gérard
de NERVAL <<Il
m'a mis aux arrêts, - il m'a
enfermé lui-même dans une
étude vide, a tourné la
clef, et me voilà seul entre les
murailles sales, devant une carte de
géographie qui a la jaunisse, et un
grand tableau noir où il y a des
ronds blancs et la binette du
censeur. Je vais
d'un pupitre à l'autre : ils sont
vides - on doit nettoyer la place, et les
élèves ont
déménagé. Rien, une
règle, des plumes rouillées,
un bout de ficelle, un petit jeu de dames,
le cadavre d'un lézard, une agate
perdue. Dans une
fente, un livre : j'en vois le dos, je
m'écorche les ongles à
essayer de le retirer. Enfin, avec l'aide
de la règle, en cassant un pupitre,
j'y arrive : je tiens le volume et je
regarde le titre : Il est
nuit. Je m'en
aperçois tout d'un coup. Combien y
a-t-il de temps que je suis dans ce livre
? - quelle heure est-il ? Je ne sais
pas, mais voyons si je puis lire encore !
je frotte mes yeux, je tends mon regard,
les lettres s'effacent, les lignes se
mêlent, je saisis encore le coin
d'un mot, puis, plus rien. J'ai le
cou brisé, la nuque qui me fait
mal, la poitrine creuse : je suis
resté penché sur les
chapitres sans lever la tête, sans
entendre rien, dévoré par la
curiosité, collé aux flancs
de Robinson, pris d'une émotion
immense, remué jusqu'au fond de la
cervelle et jusqu'au fond du cur :
et en ce moment où la lune montre
là-bas un bout de corne, je fais
passer dans le ciel tous les oiseaux de
l'île, et je vois se profiler la
tête longue d'un peuplier, comme le
mât du navire de Crusoé !! je
peuple l'espace vide de mes
pensées, tout comme il peuplait
l'horizon de ses craintes : debout contre
cette fenêtre, je rêve
à l'éternelle solitude et je
me demande où je ferai pousser du
pain
La faim me
vient : j'ai très faim. Vais-je
être réduit à manger
ces rats que j'entends dans la cale de
l'étude ? Comment faire du feu ?
J'ai soif aussi. Pas de bananes ! Ah !
lui, il avait des limons frais ! Justement
j'adore la limonade ! Clic, clac
! on farfouille dans la serrure.
Est-ce
Vendredi ? Sont-ce des sauvages
? C'est le
petit pion qui s'est souvenu, en se
levant, qu'il m'avait oublié, et
qui vient voir si j'ai été
dévoré par les rats, ou si
c'est moi qui les ai
mangés.>> ( L'Enfant ) 1878
(sujet bac pro juin 2001 Antilles et sujet
de brevet )Jules VALLES
c) la transformation de la réalité par l'imaginaire collectif ( Alexie) <<Ils
ont tous disparu, ma tribu a disparu. Les
couvertures qu'ils nous ont
données, infectées de
variole, nous ont tués. Je suis le
dernier, le tout dernier, et je suis
malade moi aussi. Si malade.
Brûlant. Brûlant de
fièvre. Il faut
que j'enlève mes vêtements,
que je sente l'air frais, que j'asperge
d'eau ma peau nue. Et que je danse. Je
vais danser la danse des Esprits. Je vais
les faire revenir. Vous entendez les
tambours ? Moi, je les entends, et c'est
mon grand-père et ma
grand-mère qui chantent. Vous les
entendez ? Je fais un
pas de danse et ma sur se
lève des cendres. Je fais un autre
pas et un bison tombe du ciel qui
s'écrase sur une cabane en rondins
au Nebraska. A chaque pas, un Indien se
lève. A chaque autre pas un bison
tombe. Et je
grandis moi aussi. Mes pustules se
cicatrisent, mes muscles s'étirent,
grossissent. Ma tribu danse
derrière moi. Au début, ses
membres ne sont pas plus grands que des
enfants. Puis ils grandissent à
leur tour, deviennent plus grands que moi,
plus grands que les arbres qui nous
entourent. Les bisons se joignent à
nous et leurs sabots font trembler le sol,
font tomber tous les Blancs de leur lit,
font s'écraser leur vaisselle par
terre. Nous
dansons en cercles de plus en plus larges
et nous arrivons sur la plage où
nous regardons tous les bateaux repartir
pour l'Europe. Les mains blanches
s'agitent pour dire au revoir et nous
continuons à danser jusqu'à
ce que les bateaux disparaissent à
l'horizon, jusqu'à ce que nous
soyons si grands et si forts que le soleil
en devient presque jaloux. Voilà
comment nous dansons.>> Sherman
ALEXIE ( Phoenix, Arizona Editions Albin
Michel 1993 ) <<Imagine
que Crazy Horse ait inventé la
bombe atomique en 1876 et l'ait
lâchée sur Washington. Les
Indiens des villes seraient-ils encore
écroulés dans leur
une-pièce au sein de la
réserve de la
télévision par câble ?
Imagine qu'une miche de pain puisse
nourrir la tribu entière. Tu ne
savais pas que Jésus-Christ
était un Indien Spokane ? Imagine
que Christophe Colomb débarquant en
1492 ait été noyé
dans l'océan par une tribu ou une
autre. Lester FallsApart faucherait-il
dans le magasin 7-Eleven ?(
) Survie =
Colère x Imagination. L'imagination
est la seule arme qui existe sur la
réserve. La
réserve ne chante plus mais les
chants planent toujours dans l'air. Chaque
molécule attend un battement de
tambour, chaque élément
rêve de paroles. Aujourd'hui je
marche entre l'eau, entre deux atomes
d'hydrogène et un atome
d'oxygène, et l'énergie
libérée s 'appelle
Pardon.(
) Il y a
tant de possibilités dans la
réserve 7-Eleven, tant de
méthodes de survie. Imagine que
chaque Peau-Rouge de la réserve
soit le nouveau guitariste solo des
Rolling Stones et fasse la couverture d'un
magazine de rock. Imagine qu'on vende deux
pardons pour le prix d'un. Imagine que
chaque Indien soit un jeu vidéo
avec des nattes. Tu crois que le rire peut
nous sauver ? Tout ce que je sais, c'est
que je compte les coyotes pour m'endormir.
Tu l'ignorais ? L'imagination est la
politique des rêves. L'imagination
transforme tous les mots en fusées
de feu d'artifice. Imagine, Adrian, que
chaque jour soit la fête de
l'Indépendance et nous évite
de voyager sur la rivière
changée, nous évite de faire
en stop la longue route qui nous
ramène chez nous. Imagine une
évasion. Imagine que ton ombre sur
le mur soit une porte parfaite. Imagine un
chant plus fort que la pénicilline.
Imagine l'eau d'une source qui ressoude
les os brisés. Imagine un tambour
qui s'enroule autour de ton cur.
Imagine une histoire qui mette du bois
dans la
cheminée.>> Sherman
ALEXIE ( Phoenix, Arizona Editions Albin
Michel 1993 )
Page 18
: Rédaction
pour le lundi 16. Sujet :
Vous vous réveillez un matin, et
vous constatez que vous êtes
transformé en adulte.
Affolé, vous vous précipitez
dans la chambre de vos parents : ils sont
redevenus des enfants. Racontez la
suite. " Je dis
bien : racontez la suite ! " avait
précisé Crastaing. Puis il
avait lâché une de ces
phrases dont il avait le secret : " Et
n'oubliez pas, l'imagination, ce n'est pas
le n'importe quoi ! " Pages
83-84 ( les dernières pages du
livre ) : Oui, ce
matin-là, Crastaing, notre prof de
français, nous lut à voix
haute une histoire extraordinaire, une
histoire de famille, pleine
d'adultes-enfants et d'enfants-adultes, de
tartines volantes, de bosses,
d'inondations, de maladies effrayantes, de
convalescences délicieuses, et dont
les personnages s'appelaient Pope, Moune,
Tatiana
une histoire de famille avec
des hauts et des bas, des naissances et
des morts, dont les racines plongeaient
profond dans l'Histoire avec un grand H,
celle qui fait les guerres et les
révolutions, celle qui
éparpille les familles, creuse les
fossés de l'oubli mais qui finit
malgré tout par accoucher de la
paix et devient alors l'histoire des
retrouvailles et des rencontres,
l'histoire des bonheurs qu'on croit
éternels
l'histoire du mariage
de Pope et de Moune
de nos vacances
dans le Vercors, l'histoire qui fuit les
livres d'Histoire pour se reposer un peu
dans les albums de famille
la seule
histoire dont lui, Crastaing, eût
jamais rêvé
Sa voix
était toujours un peu
métallique, mais elle
s'était assouplie, elle
épousait toutes les
péripéties de son
récit, ce n'était plus
seulement une voix pour faire peur, mais
pour faire rire aussi, et pleurer, et
rêver, et penser
une voix
vivante, riche de la vie qu'il avait
jetée sur ces pages
Il
lisait, il lisait comme on raconte. A la
fin de l'heure il lisait encore. Personne
n'entendit sonner la
récré. les
représentations sociales ( Flaubert
) ENFANTS :
Affecter pour eux une tendresse lyrique,
quand il y a du monde. IMAGINATION
: Toujours vive. S'en défier. Quand
on n'en a pas, la dénigrer chez les
autres. Pour écrire des romans, il
suffit d'avoir de
l'imagination. LANGUES
VIVANTES : Les malheurs de la France
viennent de ce qu'on n'en sait pas
assez. LITTERATURE
: Occupation des oisifs. LIVRE :
Quel qu'il soit, toujours trop
long. MATHEMATIQUES
: Dessèchent le
cur. MUSIQUE :
Fait penser à un tas de choses.
Adoucit les murs. Ex. : la
Marseillaise. PHILOSOPHIE
: Toujours en ricaner. PROFESSEUR
: Toujours savant. |
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