Dans mon projet de
circonscription, il y a deux axes qui sont
prioritaires et qui fondent lexercice de la
responsabilité que jentends assurer
: Le reste est
accessoire, la carte scolaire est laffaire du
DSDEN qui peut solliciter mon avis, quand il le
souhaite, les missions sont dérisoires, les
enquêtes sans
intérêt. Si lon dresse
un état
quantitatif
des problèmes posés par
lintégration des conflits, dans une
circonscription, pendant une année scolaire,
on peut estimer que cinq problèmes sont
« lourds ». Ils requièrent un
suivi et des interventions
régulières, une analyse et un
traitement de fond. Il sagit de « cas
» qui dépassent la dimension
professionnelle. Sur ces cinq « cas »,
quatre concernent des directeurs, et un
instituteur. Outre ces cinq situations
récurrentes, jai noté trente et
un conflits ponctuels qui ont trouvé leur
résolution, au moins temporaire. Dix neuf
ont opposé des enseignants aux parents
délèves, neuf, des enseignants
à dautres enseignants, trois, à
des partenaires (communaux : adjoint au maire,
ATSEM.) Nature des
conflits La nature des
conflits est essentiellement relationnelle :
les conflits prennent leur origine, disent les
personnes en conflit, dans une absence de
communication ou une « mauvaise »
communication, une trop grande rigidité (de
leur adversaire), une extrême
sévérité, un rejet de
lintégration. En
deuxième lieu, cest
linquiétude qui se manifeste à
propos du niveau des élèves, du
respect des programmes, des méthodes qui
apparaissent peu orthodoxes, hors
normes. Enfin, sont
manifestes également des conflits propres
à lorganisation : remplacement des
maîtres absents, mutations et carte scolaire.
Le déplacement dune défaillance
dorganisation sur les personnes est un
phénomène fréquent : un
maître absent nest pas remplacé,
donc cest la secrétaire ou
linspecteur ou le directeur, voire
lenseignant en congé de maladie qui
sont mauvais. Pour ce qui
concerne les deux derniers domaines, jai pour
habitude de recadrer le conflit et dadresser
les personnes en conflit aux lieux de
responsabilité. Un IEN-ccpd na pas
à établir des médiations pour
ce qui ne le concerne pas : les fermetures de
postes ou décole, la mutation des
personnels est laffaire du DSDEN et des
services administratifs. Comme il na pas la
possibilité de négocier, sauf
délégation explicite, lIEN
na aucun pouvoir sur lissue dun
conflit qui touche à lorganisation.
Cest sans doute la raison pour laquelle je
nai pas eu à intervenir en
médiateur dans ce type de conflit,
fondés dans lorganisationnel, parce
quils napparaissent pas de ma
responsabilité. Cela savère
dautant plus impossible que les DSDEN
demandent quun IEN épouse son point de
vue. Il ne peut comprendre, sauf exception,
quun médiateur est neutre et
impartial. Qui est en
conflit ? La plupart des
conflits mettent en scène des
directeurs. Ce qui nest pas
très étonnant si on considère
leur niveau de responsabilité : ils se
situent à lintermédiaire entre
les enseignants et les partenaires, si lon
considère leur responsabilité qui
sexerce dans de très nombreux
domaines, pédagogique, administratif et
relationnel. Ce qui est
étonnant, en revanche, cest que
personne nait pris la mesure de cette
responsabilité qui nest jamais
reconnue, toujours déniée. Il serait
temps quun ministre prenne enfin des
dispositions qui permettent aux directeurs
dexercer leur fonction et leur
responsabilité. Sinon on pourra toujours
prouver leur inefficience et continuer à
regretter leur manque dengagement : Il
est assez facile de persécuter les gens. Il
suffit de leur donner des moyens en-dessous de
leurs besoins. Vous êtes sûr quau
bout du compte, ils
échoueront. Car les
directeurs souffrent des conflits et des
confrontations, cest eux qui sont
touchés par les manifestations agressives,
la souffrance des gens, la maltraitance des
enfants, les logiques différentes des
organisations diverses, et les stratégies
dacteurs. Il reçoivent les injures,
les insultes, les menaces, les pleurs, les
suppliques, dans leur bureau, entre deux moments de
classe. Ils éprouvent une
véritable fatigue psychique dont il
faudra un jour tenir compte. Les
Comités Locaux Educatifs (CLE) voulus
par S. Royal, alors ministre
déléguée à
lenseignement scolaire, sest
révélé un échec, et
rapidement abandonné. Ce nest pas que
ces comités soient inintéressants,
mais on sest trompé dans les
attributions des rôles : les IEN-ccpd
devaient relayer la parole des DSDEN, qui ne sont
pas de grands « communicants. » Ce
faisant, on disposait des IEN comme des sous-DSDEN,
sans pouvoir et bridés dans leur
expression. Il est
de tradition, dans les différents
échelons de la hiérarchie
administrative, de dire que la
grève des directeurs ne sert
à rien, et que les directeurs font
la preuve quon peut se passer
deux. Je prétends quau
contraire, cette grève coûte
très cher à
létat, par exemple en postes
denseignants, mais aussi en temps de
travail dautres personnels. La
connaissance du terrain est très
limitée et toutes les informations
qui devraient être fournies par les
directeurs changent la
réalité. Il en va des
administrations centrales et
déconcentrées de
lEducation nationale comme du
ministère de la Santé au
temps de la canicule de
lété 2003. Personne se
saurait dire, même dans un
département combien il y a
délèves, ni même
combien il y a denseignants. Et
comme les morts de la canicule qui
nexistaient pas, un ministre peut
affirmer, grâce aux informations du
logiciel SIGNA, quil y a moins de
violence dans les écoles et les
établissements. Les conflits
récurrents et leur traitement La plupart des
situations critiques, les « cas, »
prennent un temps considérable. Ce que
nous appelons situations critiques de conflit
récurrent, ce sont ces situations qui
mettent toujours en conflit au moins une
même personne. Cest cette
directrice qui accumule les conflits : avec les
collègues (aucune suite donnée aux
actions prévues, rétention
dinformations sur les stages, les mutations)
avec des partenaires (la banque qui gère le
compte de coopérative scolaire, le concierge
et lintervenant extérieur sans
agrément), avec les parents
délèves. Cest cette autre
directrice en conflit avec un collègue,
toujours le même.
Régulièrement, ils se retrouvent en
opposition, à loccasion dune
grève, des crédits attribués
à la classe, de lemploi du temps de la
piscine, de lorganisation des services de
récréation. Ces deux « vieux
ennemis » se repoussent autant quils
sattirent. Cest cette directrice
qui se sent visée par ses collègues,
les parents, les puissants, elle démontre
avec force, arguments quelle est victime
dun harcèlement moral auquel sont
associées différentes personnes.
Cest cet enseignant qui éprouve une
telle crainte dans la relation quil fuit
toute réunion déquipe,
quil ne reçoit aucun parent,
quil fait régner dans sa classe un
ordre conformiste, fait de règles et de
silence. Les situations
critiques sont rares, mais elles occupent
linspecteur, elle épuisent son
énergie et son temps. Elles se
développent dans une perspective plus large
que le domaine professionnel. Elles ont
effectivement une dimension personnelle avec
laquelle il faut faire. Leur traitement est
long. Très long, si lon suit la voie
administrative, et de peu deffet. Cette voie,
celle du conseil de discipline, par exemple, ne
peut être suivie quaprès un
certain nombre de faits dont il faut attester de la
réalité et tenir la
comptabilité. Ce qui est la moindre des
choses. Il faut également que le personnel
mis en question ait loccasion de
présenter une argumentation contradictoire
et une défense, relayée,
étayée par les organisations
syndicales dont cest le rôle. Au total,
ladministration, au regard de sa
réglementation et de la jurisprudence,
prendra une décision cohérente,
difficile. On le comprend. Mais le blâme
ou le déplacement sont rarement des
solutions aux problèmes personnels qui
fondent la situation critique. En revanche, la
médiation de linspecteur, ou celle
dun autre professionnel, un psychologue par
exemple, peut être loccasion de trouver
une solution qui ne soit pas définitive
à un problème complexe et qui prenne
les personnes en
considération. Généralement,
la médiation sachève par une
mise en relation de professionnels divers :
responsables de services administratifs,
professionnel de la santé, de
lassistance sociale. Mais la
médiation est réussie quand le sujet
a pris conscience que la solution aux
problèmes quil rencontre est ailleurs
que dans son métier. Il y faut du temps,
de la méthode et de
lénergie. Cest aussi
un travail de lIEN-ccpd que
daccompagner la grande difficulté
professionnelle. La méthode est
délicate : elle se fonde sur la
référence aux textes officiels, sur
la relation des faits tenus au jour le jour par
différents acteurs : partenaires,
collègues, voire élèves et la
comparaison entre le général et le
particulier. Des inspecteurs
médiateurs Le statut est-il
gênant ?
Il
est vrai quun inspecteur a une position
hiérarchique et que médiation et
hiérarchie ne font pas bon
ménage
(management.) Pourtant la hiérarchie
na plus les attributs de
lautorité à laquelle on
défère. Sil y a
autorité, cest plus par «
autorisation » par le fait dêtre
lauteur dune proposition de
médiation. La hiérarchie est alors
fonctionnelle. Elle sert alors la
médiation. Dans un conflit
qui met en scène un, ou des protagonistes
scolaires, personne a priori na
qualité pour assurer ce rôle,
lacteur qui semble le plus proche
semble
le
psychologue
scolaire,
sa compétence à entrer en relation le
prédispose à ce rôle.
Le
conseiller
pédagogique
pourrait également être une ressource,
mais sa compétence est limitée au
champ de la pédagogie.
Le
directeur est
trop proche des acteurs en conflit.
Linspecteur
est un
professionnel qui connaît le système
éducatif, on lui reconnaît une
certaine autorité.
Bien
entendu, cette question du statut est un peu vaine,
tout dépend des
personnes.
Certains psychologues en milieu scolaire et des
inspecteurs nont pas cette compétence
à restaurer des relations entre acteurs, des
directeurs et des conseillers pédagogiques
peuvent en revanche être des
médiateurs. Mais
cest parce que le métier
dinspecteur change que la médiation
assurée par un inspecteur devient
possible.
Lexpérience dun inspecteur, sa
connaissance du milieu scolaire, de sa «
logique » et de ses représentations
sont des atouts qui lui permettent daider
à lanalyse des enjeux dans un conflit.
Un inspecteur de circonscription connaît
également la complexité des relations
entre les parents, les enseignants, les autres
professionnels de lenfance, les institutions
diverses. Il a lexpérience de
réunions institutionnelles (CCPE) ou non
(commissions des affaires scolaires.) Il a surtout
acquis des compétences pour exercer son
métier dinspecteur qui lui servent au
moins dans les principes à être un
médiateur pertinent.
Lanalyse
des pratiques, lécoute active, la mise
en problème des activités
professionnelles, servent indirectement
lexercice de la
médiation. Cest
certainement cette compétence à
lécoute active, à
lélucidation qui sont fondatrices de
la médiation. Pouvoir comprendre
empathiquement un point de vue, sans
ladmettre, ni le juger ; pouvoir entendre
au-delà de ce qui est dit pour
élucider, faire varier les registres de
lexpérience, trier les informations
selon les filtres de la subjectivité
constituent des points dappui à la
médiation. Lévaluation qui est
essentielle au métier dinspecteur est
un processus qui recourt à la
multiréférentialité, au
travail des valeurs en tension. Comme ce sont les
attributs de linspection, ce sont
également des prédispositions
à la médiation. Nous ne sommes
pas naïfs au point de croire que tous les
inspecteurs participent de cette expertise.
Nous sommes même conscients que les
inspecteurs nexercent pas tous le même
métier ; certains continuent à
exercer leurs fonctions dautorité par
statut ; ceux-là se réfèrent
aux textes, à leur expérience pour
inspecter par injonction, par conseil.
Dautres ont revêtu les attributs du
management scolaire, ils se pensent en tant que
cadre dune entreprise denseignement ;
ceux-ci pilotent avec tableau de bord et
indicateurs. Il y en a pourtant dautres qui
sont attachés à la
compréhension de phénomènes
complexes, insus et incertains. Ces derniers ont la
volonté de changer le métier. (cf.
les dossiers du site: http://crdp.ac-reims.fr/ien
) Les réponses aux
questions posées 1) La
médiation constitue une évolution du
métier dinspecteur, dans la mesure
où les institutions sont en déclin.
Cest à linspecteur
dassurer cette fonction entre les
différents acteurs de
léducation : enseignants, personnels
non-enseignants, parents, et partenaires divers. Un
inspecteur, sil
abandonne à cette occasion la position
hiérarchique
est un des acteurs les mieux placés car il a
pour métier de faire circuler la parole dans
le cadre du système
éducatif. Les obstacles
restent nombreux : le retentissement
émotionnel, la résonance des actes
conflictuels, et sans doute son
indisponibilité tant on requiert
linspecteur dans tous les lieux de
lorganisation scolaire. Pourtant,
lévolution est possible et
nécessaire : possible car le métier
de linspection a changé. La pratique
de lévaluation en entretien et en
animation a développé de nouvelles
compétences propres au métier.
Nécessaires, car les conflits se font de
plus en plus nombreux, de plus en plus vifs, tant
ils laissent les personnes en conflit
livrées à elles-mêmes et aux
pièges des identités. 2) La
finalité de la médiation est de
maintenir ou de restaurer la relation entre les
personnes en conflit. Il sagit de passer
des manifestations agressives à un
débat dans lequel la confrontation des
points de vue entretient et nourrit la relation. Le
malentendu de lacte de médiation est
fondamental : le travail du médiateur
consiste à faire comprendre et admettre
cette finalité. Dès le début
de la médiation et dans son cours. Si cette
finalité unique est comprise et admise, la
médiation se développe ; si elle est
contestée, la médiation cède
le pas à lexercice de la
loi. <<Bonjour, Directrice
décole, en arrêt maladie pour
dépression, cest un petit soulagement que de
vous lire. Petit car je suis seule et que les mots et les
idées ne suffisent pas à mapporter
laide dont jai besoin. Suite à un conflit
avec un collègue délégué
syndical qui a exigé que linspecteur envoie une
convocation et un ordre du jour pour un conseil des
maîtres, linspecteur furieux ma rendue
responsable de la situation. Lorsque je lui ai dit que je
naccepterai pas quil me parle sur ce ton, il
ma raccroché le téléphone au nez
et envoyé un mail pour que je vienne à son
bureau pour un entretien professionnel. Jai
appelé linspection académique de ...mais
personne ne semble sintéresser à cette
situation. Je suis fatiguée,
écoeurée.>> |
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