PLAN
DU SITE
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Je suis touché par le
décès de cet ami qui a tant
fait pour les enseignants; je suis
sûr que son travail se continuera
par les traces qu'il laisse et les
personnes qu'il a formées.
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Voici
ce qu'en dit le "Cafépédagogique"
<<Président
de l'association des groupes de soutien au soutien
(AGSAS) et cofondateur du Collège
international de psychanalyse et d'anthropologie
(CIPA), Jacques Lévine est
décédé. Il avait
été l'assistant du professeur Henri
Wallon avant d'assurer une fonction de professeur
de psychologie à l'Institut d'orientation
professionnelle.
Mais Jacques
Lévine restera pour nous une des grandes
figures de la pédagogie. Il a su faire
passer auprès des enseignants les
réflexions, les apports et les exigences de
la psychanalyse. Ce travail s'est fait dans un
objectif de libération et
d'émancipation des enseignants et des
élèves.
Le 3 octobre, de
son lit d'hôpital, il refusait la disparition
des Rased et démontrait la
nécessité de leur maintien.
Le Café lui
rend hommage en publiant ce dernier texte et un
témoignage de Philippe Meirieu. Notre
sympathie va à ses amis de
l'Agsas.>>
Un texte de
lui:
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A
comme
agressivité
Je passe
rapidement sur les enfants au Moi solide,
ceux qui ne mélangent pas trop
imaginaire et réel, affaires de
l'école et de la maison. Rien de
plus légitime que leur
agressivité pour se faire
respecter. C'est d'en manquer qui serait
grave.
Plus
sérieux est l'agressivité de
l'enfant qui pique dix rages par jour en
trépignant et pleurant parce qu'il
rate son dessin. C'est lui qu'il
déchire et punit en le
déchirant. Le sentiment de
malchance qui le tenaille est souvent
relié à l'inscription tenace
dans le corps de moments douloureux de la
petite enfance, où une bonne
relation avec la mère s'est
brusquement cassée
(hospitalisation, dépression,
séparation). C'est un
problème de climat tonique et de
confiance dans l'endurcissement progressif
de l'enfant. L'expérience montre
que la cicatrisation se fait souvent mieux
que ne le prévoit la
littérature psychologique
concernant les ruptures
précoces.
Le grand
problème est d'éviter que
les enfants qui adoptent un comportement
agressif pour se défendre, ne
sombrent dans l'engrenage de la
punition-éviction et ne
s'installent dans un rejet tous azimuths.
C'est trop souvent le cas dans
l'agressivité " induite " qui
procède de la physique des vases
communicants. L'enfant envahi par les
bagarres et l'insécurité de
parents débordés par la vie,
répercute si fidèlement la
tension familiale qu'on peut
prédire, par son degré
d'agressivité en classe, le temps
qu'il fait à la maison.
Même
problème chez les enfants qui
n'arrivent pas à trouver leur place
à la maison. Je ne parle pas de ce
type d'enfants jaloux qui cultivent
l'amour du maître par une
gentillesse exemplaire, alors que dans le
même temps ils mettent la maison
à feu et à sang pour se
venger de leur dépossession. Je
parle de ces enfants qui se croient
menacés dans leur droit
élémentaire à
exister. Lorsqu'on creuse, on trouve
souvent un mauvais vécu de
filiation, un parent de même sexe
à qui on dénie le droit
d'imposer sa loi, un parent de l'autre
sexe qu'on rage d'être impuissant
à défendre contre son
conjoint ou la maladie, bref des barrages
qu'ils n'arrêtent pas de vouloir
forcer, dans la défaite.
Le
paradoxe est qu'on les désigne
comme les agresseurs alors qu'ils se
considèrent comme des victimes en
état de légitime
défense. Il arrive même que
ceux dont l'agressivité froide
s'associe à l'insensibilité
aux reproches, forment un projet secret
qui gouverne toute leur vie et qui est de
s'instaurer en justiciers moralisateurs.
Si l'école les aigrit par
l'échec, on est à la limite
de la délinquance.
Au sommet
des agressivités graves, on trouve
les enfants catalogués autistiques,
psychotiques, à noyau psychotique,
etc
Leur drame est de n'avoir pu
loger à l'intérieur
d'eux-mêmes des présences
parentales alliées, sources de
force et outils de contrôle de soi.
Là où devraient se trouver
les parents, il y a un gouffre, un
parent-loup, araignée, et
eux-mêmes se vivent en miroir comme
des vides ou des monstres. Ces enfants
magmatiques ou morcelés se donnent,
par la violence, l'illusion fugitive de se
réunifier.
On se
demande souvent quelle est la place des
outils, comme le dessin ou les jeux de
défoulement, pour exprimer ce qui
obstrue. Tous les enfants peignent sont en
effet porteurs de pulsions de meurtre et
d'angoisses terrifiantes. Mais les enfants
solides montrent, par l'organisation de
leur espace, qu'ils insèrent leurs
fantasmes dans un espace social et dans un
champ familial structuré, alors que
chez les autres, ce qui symbolise
l'angoisse-agressivité est
envahissant, non relativisé, non
distancé. Les premiers, grâce
aux dessins, jouent avec leurs fantasmes,
les seconds, débordés par
leur intrusion, commencent juste à
les mettre hors
d'eux-mêmes.
Malheureusement
faire advenir un " je " désirable
et porteur de futur là où
n'est qu'un " il " balloté et
installé dans a rancur
est actuellement encore trop de l'ordre de
l'amateurisme, considéré
comme trop en dehors du champ de la
pédagogie. Il serait temps que
s'organisent des structures de formation
et de travail collectif qui signifieraient
qu'on cesse de dire " c'est à
l'enseignant de se
débrouiller
"
Jacques
LEVINE
Paru
dans la revue Non-violence
Actualité
n°301, novembre-décembre 2008,
dans le cadre dun dossier "Petite
enfance : pratiques
déducation
non-violente"
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Ecouter
Jacques Lévine
Réactions
<<Ce texte est
à la fois puissant et clair. Je suis enseignante,
jai toujours su que lagressivité des
élèves nétait pas tourné
vers moi... Ce la ma permis de vivre en paix dans mes
classes depuis 20 ans. Cependant les jeunes professeurs que
je vois arriver nont pas cette conviction ( je
lai parce que je sais ce quest
lagressivité pour lavoir vu à
loeuvre dans ma vie personnelle) et se sentent
menacés dès quils sont parmi leurs
élèves... Par ailleurs, il semble quils
aient totalement détaché la théorie de
la pratique : comme si la science des comportements humains
avait échoué dans ce fossé entre elle
et la praxis. Je minquiète. Je me sens à
labri dans ma classe et je peux dire que mes
élèves aussi. Comment vivre ce métier
autrement : ces jeunes profs sont en enfer et lenfer
est dans leur tête. Personne ne se soucie de les aider
à le déloger. >>
<<Merci,Monsieur
Levine. >>
<<Lécole
daujourdhui nest pas exempte de tout
reproche. On a une école qui opère de
façon sélective et qui prend mal en compte les
différences. Les gamins, les moins aptes à
suivre la norme dictée par linstitution,
subissent la pression, culpabilisent et parfois
régissent mal.>>
<<Beaucoup trop bref
et elliptique sur les principaux maîtres de
léducation majoritaire réelle, celle
dispensée par la TV et les jeux vidéos. Ils
enseignent à tirer sur tout ce qui bouge, à
navoir que des droits à satisfaire
immédiatement, aucun devoir, aucune obligation,
aucune contrainte. Les marchands ont besoin de consommateurs
irréfléchis, impulsifs, capricieux et
instables. Ils ont les moyens de les obtenir.
Lécole de la République est
réduite à un rôle marginal, et
perçu comme anachronique. De plus, de nombreux
principaux et proviseurs flattent des parents
délèves, en cognant avec eux sur les
profs de leurs enfants. Démagogie et
irresponsabilité...La République, il faut la
mériter collectivement , le régime
républicain repose sur la vertu.>>
Lavau.
<<Bon texte merci
!>>
<<Pas mal. Mais il
vient dou ce gars là ? Jamais entendu
parlé jusqualors ... il faisait quoi ? Il a
raison, Lhumain au centre on a plus le choix !
>>
<<Merci. J'essaie
d'imprimer le moins possible ce que je lis sur internet. Je
pèse à chaque fois le pour et le contre. Pour
cet article il n'y a pas de contre. >>
<<Une
présentation de thèse qui me donne envie de la
lire... Une démarche dont j'apprécie les
qualité
d'épistémologie.>>
<<Fabuleux, son
dernier écrit:l'enfant philophe.Enfin, un être
éclairé qui reconnaît à chaque
petit sa vraie GRANDEUR d' HOMME à DEVENIR, part de
notre humanité.Chapeau aussi pr de la
désappartenance à laréappartenance.
Darcos l'amidonné les lit-il, les relit-il?On en
doute.Dommage qu'ilsoit parti 1 ou 2 jours avt sa sortie en
Belgique. Les lecteurs/levtrices belges partagent mon avis.
Quel adorable papa,papy, époux précieux, ami
il devait être.FrancineAdiffuser largement et à
appliquer surtout.Chaleureusement>>
<<Ce grand monsieur
que je connaissais bien. J'ai participé aux groupes
qu'il animait et je l'avais reçu en 2005, dans le
cadre d'une conférence pédagogique.
L'âge se lisait sur son corps, mais son esprit
était toujours aussi vif. Je suis un peu triste
aujourd'hui. Bravo pour la dernière livraison sur la
dépression. >>
<<C'était un
être humain profondément intelligent et
sensible qui a aidé beaucoup d'enseignants et
d'élèves. Il va beaucoup nous
manquer.>>
<< je me souviens
avoir dîné avec lui et le pédiatre Guy
Vermeil dont il était l'ami en 1982 à la suite
de la sortie de mon ouvrage 'L'enfant porté' qu'ils
avaient lu et apprécié l'un et l'autre. Il
travaillait à l'époque avec la technique du
rêve-éveillé dont il m'a longuement
parlé. C'était un homme juste, un homme de
passion. Sa disparition me touche>> Aldo
Naouri
<<Jacques était
un grand bonhomme qui nous a beaucoup apporté. Les
hommes de ce "type" sont rares et précieux ; nous
perdons beaucoup. Cependant il restera un accompagnant
interne actif et positif en toutes
circonstances.>>
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