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Les premières
pages
Nous
habitions la banlieue parisienne à Levallois
Perret et en 1940 se fut l'exode. Mon père
suivit son usine dans le centre de la France et ma
mère, ma soeur et moi nous sommes partis
pour Pontivy en Bretagne (ville dont ma mère
est originaire). Cette séparation a
duré un an. A Pontivy j'étais en CM2
et l'année s'est terminée par mon
échec à l'examen d'entrée en 6
ème
A l'armistice, retour dans notre appartement à Levallois Perret
Je
redouble mon CM2 à l'école communale
de Levallois Perret. A 500 m se trouvent les
usines Renault de Billancourt fabriquant des tanks
allemands !
Le
climat d'insécurité a
laissé des traces profondes en
moi
Les
alertes par sirènes se traduisaient
par une course vers la cave (4
étages plus bas) avec une bougie
(pas de lumière dans les
caves). Souvent, lassés, nous
nous contentions de nous réfugier
dans un couloir sans fenêtre de
notre appartement. les
projecteurs allemands cherchant les
avions, les balles traçantes
montant dans le ciel, les fusées
éclairantes jetées par
les avions anglais ou
américains; tout cela dans un
vacarme assourdissant de tirs de canon
de D.C.A., de sifflements de bombes et
d'explosions. Il arrivait que nous
voyions avec terreur un petit avion,
très haut, pris dans les
projecteurs avec une longue
traînée de fumée;
On le regardait faire demi-tour pour
repartir vers
l'Angleterre. Les restrictions
de toutes sortes conditionnent, parfois encore, mon
comportement!
Restrictions
de nourriture, gaz, électricité... et
des queues de plusieurs heures. Nous nous
relayions, ma soeur, ma mère et moi pour
garder notre place. On s'échangeait des
tickets (des tickets de cigarettes contre des
tickets de pain...) ou on en achetait ! Nous avions
devant notre fenêtre un marchand de charbon,
mais pas de charbon chez nous ! Mon père
faisait des boulets avec de la poussière de
charbon, des vieux journaux trempés dans un
mélange d'eau et de colle puis
séchés; c'était avec cela que
l'on alimentait notre unique poêle.
Les
journaux annonçaient les numéros ou
lettres des tickets valides en fonction des
arrivages. C'est ainsi que les quantités
auxquelles nous avions droit étaient
purement théoriques !
La
libération de Paris arrive. Une
période troublée propice aux fausses
nouvelles s'installe Les barricades
apparaissent partout. Puis
arrivée du Général de Gaulle
(en bas à droite)
Ce qui
m'étonne aujourd'hui encore, c'est que
dans mon journal il y a une absence
d'affects, et une importante quantité
de nombres, comme si la recherche d'une
objectivité illusoire me
protégeait de l'angoisse trop
importante due au climat
général. J'ai retrouvé
ces affects par la suite dans mon analyse et
l'utilisation des nombres pour lutter contre
l'angoisse est peut-être une des
origines de mon intérêt pour les
maths !
J'ai,
certes, vécu la guerre (celle de 39-45
et en Algérie où j'ai
été rappelé) mais j'ai
aussi vu apparaître la radio: j'ai vu
mon père construire un des premiers
postes à galène; puis il y a eu
la venue du téléphone, fixe
puis mobile, de la télévision
(en noir puis en couleur...en attendant le
relief), de l'eau chaude par chauffe-eau, du
chauffage central, de la machine à
laver le linge (notre première machine
avait une manivelle que l'on tournait
à la main ), de la voiture (mon
père n'a eu qu'une moto), des
locomotives électriques et du TGV
(après celles à vapeur et au
charbon avec leurs escarbilles que je
recevais dans les yeux en me penchant aux
fenêtres), des avions permettant le
tourisme, des calculettes ( "les enfants
ne sauront plus compter" !), des
ordinateurs (IBM1 avec cartes
perforées pour mes premières
recherches, TO7 puis Apple 2e...),
internet...et facebook. Tout cela en une
génération ! Voir
également sur ce site: <<Bravo pour ce travail>> <<C'est d'une tristesse lancinante! S' il y a une valeur pedagogique la-dedans, j'ai peur qu'elle reste muette, ne pouvant pas etre transmise! L'experience se vit, ne se transmet pas. >> <<Super, quel travail >> <<Merci, Mon père qui a un an de différence avec vous, me disait qu'il regrette de ne pas avoir pris ne serait ce que des notes factuelles comme celles que vous aviez prises pendant la guerre car c'est le point de départ pour se rappeler justement des états intérieurs dans lesquels on pouvait se trouver. Merci d'avoir partagé cela. >> <<Ton journal de guerre est extrêmement émouvant et on aurait envie de tout lire même si l'écriture est un peu difficile à déchiffrer. Et il donne envie de se replonger dans la géographie pour situer tous les lieux que tu cites et qui ont disparu de l'Histoire : on ne peut pas tout retenir, évidemment. C'est de l'histoire par le "petit bout de la lorgnette", et c'est un oeil d'enfant qui nous retrace son quotidien, c'est vraiment touchant. Où puisais-tu tes informations? Dans un journal, à la radio, dans les informations que donnait l'instituteur? Suiviez-vous l'avancée des troupes en classe? >> <<Jai été très touchée par votre journal et par cette volonté den rester aux faits, peut être aussi en plus de analyse que vous en faites , la certitude que vous viviez des moments très forts, on est beaucoup plus mur à 10 ans que la plupart des gens limaginent.De mon coté je suis née tout à fait à la fin de la guerre sous les bombardements et je sais que les conditions de cette naissance ont profondément marque mon engagement pour la paix et la non-violence qui mont amenée à proposer aux jeunes de devenir médiateurs.Ces jeunes eux-mêmes, sans quon y fasse allusion, font souvent le lien entre ce rôle de médiateur au service de leurs camarades et lespoir, qu à leur mesure, ils contribuent à moins de violence dans le monde Bien cordialement. PS: et cest sans doute aussi une des raisons qui ma fait choisir de devenir professeur dhistoire..un autre regard sur le passé. >> Brigitte Liatard MédiActeurs Nouvelle Génération <<Très émouvant, merci >> ; <<Merci, c'est vraiment très intéressant >> ; <<merci -document intéressant pouir les profs d'histoire et de morale>> <<Incroyable! Je vais prendre plus de temps plus tard pour lire chaque mot. Je suis fasicné par ce compte denfant en même temps juvénil et adulte. Je parie que les enfants ont du grandir très vite à cette époque! Merci M. Nimier Jacques! Merci. Je vais partager avec mes collègues dhistoire! >> <<Encore mieux une fois mis en page ton journal denfant>> <<Un témoignage très touchant ! Plume sergent-major et encre violette, Pleins et déliés sur un cahier ligné avec marge à gauche, Souvenirs des dictées et des traits tirés à la règle...Le rationnement entre l'armistice d'Alger et le bombardement de Lorient...Quelles réalités pour l"enfant que tu étais, derrière ces mots tracés avec application ?..Merci, beaucoup de bonheur dans ce partage !>> <<Merci un million de fois pour ce témoignage si précieux et émouvant. Je viens denvoyer le lien à tous mes amis. La mémoire de la deuxième guerre mondiale est en train de se perdre chez les jeunes générations. Il faut absolument la maintenir vivante le plus longtemps possible. Surtout à cette époque qui a tant de point communs avec les années 30. Merci !>> <<Très intéressant de voir ce qui était important à tes yeux d'enfant... L'impact des choses physiques sur l'affectif, la peur, la nourriture... Mais il y a également des éléments étonnamment importants pour les yeux d'un enfant et de nature plus "politique". On sent qu'il y a eu chez toi le besoin de transcrire, de rapporter, des choses entendues. Vraiment très intéressant.>> <<Un témoignage important à mes yeux, car à hauteur d'enfant.>> <<Quelle chance davoir des souvenirs ! Jai fait table rase en jetant tous les témoignages et ma mémoire a fait de même. Bravo cest super !>>
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