Dernière de couverture « Vivre quand le corps fout le camp !
» Voilà une injonction bien difficile
pour nos sociétés jeunistes
plutôt habituées au déni de la
maladie et de la perte. Elle convoque notamment
toutes les déclinai-sons autour des
questions d'euthanasie, de suicide
assisté ou non , d'obstination
médicale déraisonnable. Et,
au-delà des professionnels des secteurs dits
« de la santé », elle interpelle
la société tout entière quant
au regard porté sur le corps. Notre société prétend-elle
encore prendre soin ou simplement prendre en
considération des corps meurtris, des corps
disloqués, des corps handicapés, des
corps tumoraux et/ou maladifs, des corps
vieillardisés, des corps
empêchés, bref des corps monstrueux
aux formes plus ou moins tourmentées... ?
Des corps hors la norme ? Hors la norme du beau, du
jeune, de l'actif, du rentable, du
bling-bling... Des auteurs et écrivains d'horizons
différents (philosophie, sociologie,
médecine, psychanalyse, littérature,
poésie, art...) confrontent ici leurs
émotions, leurs expériences, leurs
réflexions. Parce que l'image est à
ce point difficile à soutenir, l'art et la
peinture de Jean Rustin accompagnent les textes.
Parce que le langage même se perd à
vouloir comprendre, c'est à la poésie
de lier et délier nos soubresauts
existentiels... Parce que finalement, être,
c'est mourir. Christian Gallopin, médecin et
algologue, poète et philosophe, dirige le
Service de soins palliatifs du centre hospitalier
de Troyes (Aube). Avec la participation de : Michel Billé,
Gérard Dabouis, Martine Derzelle,
Hélène Genet, Olivier Haralambon,
Didier Martz, Christian Noorbergen ,
Élisabeth Quignard, Bertrand Vergely. Table des matières Avant-propos Christian Gallopin Sous la pénombre des pages blanches
Christian Gallopin Récit alphabétique ou dictionnaire
médico-amoureux Hélène
Genet Michaux ou la précarité vitale
Christian Noorbergen « Et ce que je redoute m'arrive... »
Michel Billé Emboîté Christian
Gallopin Tension et dispersion. Olivier
Haralambon Labyrinthes têtus. Christian
Gallopin Variations Didier Martz Le vrai jeu, le seul Christian
Gallopin « Vieux corps, ou corps de vieux ? »
Michel Billé Avant-poème jaune Poème jaune et
ordinaire Christian Gallopin Vieillir et devenir Élisabeth
Quignard Vieux au porte-manteau Christian
Gallopin Répondre ? Hélène
Genet L'art est l'abîme de nos affects La part
d'ombre Christian Noorbergen Sur les chemins de Dante Christian
Gallopin Collés à vie Christian
Gallopin L'acteur, le citoyen et le témoin
Bertrand Vergely Espoir des espérés Christian
Gallopin La mort du funambule Christian
Gallopin Nuit de bois Christian Gallopin Le « bio-psycho-social » comme fiction
ou la « subjectivité sans sujet »
des soins palliatifs..Martine Derzelle et
Gérard Dabouis Zéro pointé Christian
Gallopin Présentation des auteurs Un passage <<Qu'il foute le camp ! Vivre quand le corps fout le camp ? Si seulement
! Si seulement nous pouvions vivre un peu moins
avec lui ou pour lui ! Quelle contrainte (par corps
?) ! Il n'est pas un objet (ou sujet) qui
n'accapare autant notre attention et celle des
vendeurs, médecins, croque-morts, juges,
politiques... ; qui ne nous prenne autant de temps
et à qui nous consacrons autant d'argent.
Porté à tous les moments à
fausser notre jugement. Qu'il foute donc le camp !
Bon débarras ! C'était
déjà le voeu de Platon relayé
ensuite par l'Église. Le corps est
encombrant, source de toutes les distractions. Lieu
du plaisir et des passions, il nous détourne
des vraies valeurs : le Beau, le Bien, le Juste,
etc. Prendre ses distances avec lui, voilà
une juste conduite. La mort étant le «
raccourci » le plus sûr pour nous en
séparer définitivement.... ...Sauf qu'il se rappelle
régulièrement à notre «
bon » sou-venir et à l'ordre. Nous
intime l'ordre de le mettre en ordre. De le rendre
conforme. Socialement, d'abord. Conforme à
une norme qui nous dit comment il doit être,
se comporter, se nourrir, se farder, etc. A peine
venu au monde, le bébé doit peser,
manger, parler, marcher, se conformer à tel
ou tel âge, tel nombre, de mois, de semaines,
de jours. Ça commence même avant :
combien de mères futures ne se font-elles
sermonner par leur « gynéco » pour
poids excessif ? Partout on définit des
seuils, des critères, des indicateurs, des
instruments de mesures pour établir ce
qu'est le corps sain, le corps normal. Il n'est pas
bon alors d'être en dehors de la norme, de
voir son corps en sortir et de le laisser «
foutre le camp ». Nous en sommes responsables
et pourrions devenir ainsi coupables de
lèse-société. Il faut voir
là un des effets d'une pensée
libérale puis néolibérale qui,
dans le même temps où elle
caractérise et particularise les individus,
les collectivise et les normalise. Effets aussi, et
solidairement, d'une pensée technicienne,
bonne héritière de la pensée
cartésienne qui enferme>> p. 89 Commentaire Un livre original qui nous oblige à
réfléchir sur notre condition
humaine.
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