Dernière de
couverture
Que disent les
corps en classe ? Comment sont-ils perçus,
décodés, interprétés,
d'un côté comme de l'autre de la
« barrière » pédagogique ?
Question fort peu étudiée
jusqu'à présent, tant il est vrai que
l'espace du savoir évacue la
corporéité en feignant de ne
s'adresser qu'à de « purs esprits
» débarrassés de toute
contingence matérielle, et sur laquelle le
travail novateur de Claude Pujade-Renaud,
publié en 1983, avait fait date. Largement
épuisé depuis, pionnier quant
à l'utilisation de la clinique d'inspiration
psychanalytique pour analyser des
phénomènes d'enseignement, il reste
parfaitement d'actualité, et c'est donc tout
naturellement qu'il trouve sa place dans Histoire
et mémoire de la formation. Respectant les
choix originaux, la présente
réédition se présente en deux
volumes. Celui-ci est le deuxième, et
questionne le corps en classe à partir du
point de vue des élèves, à
travers l'analyse d'entretiens non-directifs.
Assigné à une place dans l'espace qui
l'amène à se vivre comme passif et le
dépersonnalise,
l'élève-spectateur scrute et
questionne le corps de l'enseignant, seul apparent,
se laisse enrôler ou résiste à
la voix et au regard, s'évade et revient
dans la salle de classe, dans un jeu où le
corps révèle toutes les ambivalences
de la relation pédagogique. Les pistes
explorées ici sont multiples, et apporteront
un éclairage pertinent pour l'analyse comme
pour la pratique en éducation et formation.
Cette réédition contribuera
également, nous l'espérons, à
développer un champ de recherche
insuffisamment exploré
jusqu'alors. Claude
PUJADE-RENAUD est romancière et nouvelliste,
après avoir été danseuse et
enseignante en éducation physique et
sportive puis en sciences de l'éducation.
Cet ouvrage est issu d'une thèse d'Etat
collective, soutenue en collaboration avec Daniel
Zimmermann à l'université Paris
VIII-Vincennes sous le titre Communications
non-verbales en situations
éducatives. Table des matières AVERTISSEMENT CHAPITRE 1. -
L'ÉLÈVE ZOMBIE Etre passif,
être là - Etre sans désir,
détaché, absent -La vie
parallèle, l'échappée belle et
l'après-coup - Fatigue, souffrance,
mort CHAPITRE 2. -
L'INTERROGATION SUR LE PROFESSEUR Le professeur
est-il un être humain ? - Le professeur
a-t-il un sexe ? CHAPITRE 3. - LA
STRUCTURATION DE L'ESPACE L'espace de
l'enseignant - L'aménagement du territoire
par l'élève CHAPITRE 4. -
ATTITUDES, GESTES,
DÉPLACEMENTS Mobilité et
présence professorales - Mantien et
gestualité de
l'élève CHAPITRE 5.
L'AGE ET LE PHYSIQUE DU
PROFESSEUR L'âge -
Présentation et présence CHAPITRE 6. -
REGARDS Le regard de
l'élève sur l'enseignant - La
perception du regard de l'enseignant CHAPITRE 7. - LA
VOIX PROFESSORALE L'écoute de
la voix - La voix et le personnage -
La voix double CHAPITRE 8. - LE
VÊTEMENT Le vêtement
de l'élève - Le vêtement
du professeur - La sensibilité à
l'apparence vestimentaire - Un moyen de distraction
et un médiateur de la communication - Un
« ensemble »
pédagogique CHAPITRE 9. -
RAPPORTS DE FORCES Peurs et violences
- Attaques et défenses CHAPITRE 10. -
RAPPORT AU SAVOIR L'exhibition et la
rétention des connaissances par l'enseignant
- Savoir clos, savoir ouvert CHAPITRE 11. -
AMOUR ET SÉDUCTION, CONTACT ET
DISTANCE, Amour et
séduction - Contact et
distance CONCLUSION L'espace - La voix
- Le vêtement - Mixité et
sexualité - Violence et paranoïa -
Corps et savoir - Reconnaître le corps des
élèves ? Un passage <<le
regard de l'élève sur
l'enseignant
« Oui, le professeur, il est
exposé... on est obligé de
le regarder... il est là, hein
!... » -«
Le prof, je le regarde surtout quand il
parle... c'est important pour suivre de le
voir... » -«
La voix, je ne trouve pas que ce soit
très important .., ce qui est
visuel a bien plus d'importance, je
crois... à partir du moment
où le prof on le voit... oui,
ça, c'est important...
» L'élève,
qui n'est pas dépourvu d'une certaine
capacité d'identification à
l'enseignant semble percevoir la difficulté
pour ce dernier d'avoir à tenir cette
position d'« exposition »
: -«
D'ailleurs, c'est pas drôle pour
les profs... parce que à partir du
moment où il est là...
devant un auditoire qui est en train de
guetter ses moindres faits et gestes...
c'est... euh (silence)...
» -«
Le prof, on est bien obligé de le
regarder.., bon... mais en même
temps, c'est vrai que pour lui c'est pas
toujours facile... toujours
observé, tout ça, hein !...
» ou prou à
la place de l'autre ? Cet autre que la classe
observe, guette, traque... L'élève
pressentirait-il quelque chose de cette solitude de
l'enseignant face à cette
multiplicité des regards ? Néanmoins,
cette aptitude à la « compassion »
n'empêche nullement l'élève de
jouer, non sans quelque sadisme, du pouvoir de son
regard -«
Y a une prof, cette année
(rire)... bon, on la regarde... on rit
d'un truc parce que, par exemple, elle
fait beaucoup de grimaces.., alors elle
dit : qu'est-ce que vous avez à me
regarder ?... et puis elle regarde ses
habits, mais c'est sa tête qui nous
fait rire ! (rire redoublé)... elle
dit : y a quelque chose qui va pas ?...
elle s'inquiète, hein !...
» Commentaire Un livre indispensable sur un sujet peu traité ailleurs.
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