Dernière de couverture Déclassement: le mot est aujourd'hui sur
toutes les lèvres et sous toutes les plumes.
Mais, au-delà de son caractère
incontournable, il recouvre deux
réalités bien distinctes. La plus
évidente a trait aux ruptures qui conduisent
des individus à voir leur position se
dégrader. La deuxième est encore plus
décisive: c'est la peur du
déclassement. Cette angoisse sourde, qui
taraude un nombre croissant de Français,
repose sur la conviction que personne n'est
«à l'abri», que tout un chacun
risque à tout moment de perdre son emploi,
son salaire, ses prérogatives, en un mot son
statut. En rendant la menace plus tangible, les
crises portent cette anxiété à
son paroxysme. Source de concurrence
généralisée et de
frustrations, la peur du déclassement est en
train de devenir l'énergie négative
de notre société. À partir de
ce constat, Éric Maurin fonde une sociologie
des récessions et propose une lecture
radicalement neuve de la société
française, tout en aidant à repenser
les conditions de sa réforme. Eric Maurin est directeur d'études
à I'EHESS et professeur à l'Ecole
d'économie de Paris. Il a publié aux
Éditions du Seuil l'égalité
des possibles (2002) - Le Ghetto français
(2005) et La nouvelle Question scolaire (2007) Table des matières Introduction Chapitre premier L'émergence d'une
société à statut La protection des emplois face à la
montée du chômage (1945-1974) Des garanties de progression salariale Un modèle pris à revers
(1974-1979) L'émergence de nouveaux statuts La peur de tout perdre Les inégalités de statut face aux
récessions La relégation de la jeunesse Une peur à part Chapitre II Anatomie d'une récession :
le choc de 1993 Les désillusions de la
démocratisation scolaire La fonction publique comme refuge Au fondement de la fracture entre public et
privé Une analogie avec les années 1930 Le refus du déclassement Essor d'un syndicalisme de résistance Le rejet de l'Europe et du réformisme
libéral Anatomie du « non» au traité
constitutionnel Chapitre III La valeur des diplômes en
question Diplômes et risque de chômage Diplômes et précarité Diplômes et accès au statut de
cadre Les mécomptes de la fluidité
sociale Origine sociale et accès aux emplois
qualifiés Chapitre IV Les enjeux de la récession
actuelle Protéger les protégés ? Protection des emplois et polarisation
sociale Réformer la protection de l'emploi La polarisation sociale et
l'anxiété des salariés
protégés Réduire les inégalités de
statut Conclusion Un passage <<. De fait, on se représente
souvent les nouvelles générations de
diplômés comme des
«générations
précaires» qui, incapables de se
stabiliser, vivent aux crochets de leurs parents
longtemps après la sortie de l'école.
Les diplômés bénéficient
d'un a priori positif au moment des
premières embauches et peut-être
l'effet de cet a priori augmente-t-il à
mesure qu'il devient plus stigmatisant, pour les
non-diplômés, d'avoir
échoué à l'école. Mais
peut-être également n'est-ce qu'un
avantage temporaire, vite dissipé
après que les employeurs ont vu leurs
nouveaux employés à l'oeuvre. Ces hypothèses sont démenties par
les données d'observation. Quand on analyse
sur la période 1975-2008 l'exposition au
chômage des personnes sorties depuis 5
à 10 ans de l'école, on constate de
nouveau un accroissement de plus de 30 points de
l'avantage des diplômés sur les
non-diplômés ; cette augmentation est
aussi importante que celle qu'on observe dans les 5
années qui suivent immédiatement la
sortie de l'école. Aujourd'hui comme il y a
trente ans, le taux de chômage des
diplômés devient rapidement
résiduel après quelques années
de carrière, alors que c'est de moins en
moins le cas pour les personnes les moins
diplômées. L'avantage croissant des
diplômés face au chômage se
manifeste non seulement dans les premières
années de la vie active, mais tout au long
de la carrière. Il ne s'agit pas d'un
crédit accordé provisoirement aux
lauréats des meilleurs titres, mais d'une
confiance qui résiste à
l'épreuve du temps. Si l'avantage conféré par le
diplôme d'entrée de jeu perdure tout
au long de la carrière, c'est que les jeunes
diplômés n'ont pas seulement un
accès beaucoup plus rapide à l'emploi
; ils conquièrent également beaucoup
plus vite un emploi à statut, avec les
effets de protection que cela implique.>> p.
60 Commentaire Un livre qui peut faire tomber bien des préjugés. Très intéressant à lire.
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