Dernière de couverture « Quand on
n'est ni un État ni une nation, comme c'est
le cas de l'Union européenne, comment agir
dans un monde mû par de puissants
intérêts géopolitiques
nationaux particuliers ? Comment peser sur des
acteurs plus enclins aux rapports de force qu'aux
compromis ? Comment prendre en compte la part de
ressentiment et la mémoire longue des
peuples qui sont entrés dans le jeu ? Bref,
comment influencer sans dominer ? Il est temps pour
les Européens d'assumer leur histoire
récente, de se penser par eux-mêmes et
de dessiner une représentation lucide du
monde qui leur soit propre. Cet essai veut
rétablir le lien vital entre le passé
et l'avenir des Européens, afin de concevoir
notre destinée comme celle d'une
communauté de nations pesant sur la marche
du monde. » M. F. Géographe et
diplomate, Michel Foucher a notamment
publié Fronts et Frontières et
L'Obsession des frontières. Il est
professeur à l'École normale
supérieure et ancien directeur du Centre
d'analyse et de prévision du
ministère des Affaires
étrangères. Table des matières Introduction Vingt ans plus
tard, l'Europe hors les murs Une
géographie active CHAPITRE
PREMIER Comment devient-on
européen ? L'idée
européenne vue du dedans L'idée
européenne vue du dehors E pluribus unum ?
Valeurs
européennes, américaines,
occidentales ? CHAPITRE
2 La limite et la
borne Une extension
territoriale illimitée ? La Turquie, la
Russie et l'Europe instituée Turquie : dedans ou
dehors, mais toujours là La Russie : le
défi de la proximité CHAPITRE
3 Changer
d'échelle : les
Européens dans l'arène
mondiale Les «
mondialisateurs » et leurs
représentations du monde : lecture
critique Les
Européens acteurs de la
mondialisation, avec bien d'autres
À
l'échelle planétaire, quels sont les
intérêts européens ? Le monde change
plus lentement qu'on ne le dit Sur quels espaces
géographiques et politiques
extérieurs les États
européens peuvent-ils espérer peser ?
Conclusion Agir comme centre
de pouvoir Solidarité
Conscience de soi
Un passage <<VALEURS
EUROPÉENNES, AMÉRICAINES,
OCCIDENTALES ? L'originalité
des valeurs du modèle européen peut
se décliner en ingrédients que
Tzvetan Todorov nomme sans hésiter :
rationalité, justice, démocratie,
liberté individuelle, laïcité,
tolérance. Ajoutons-y la place de la
pensée critique et le doute, vertu
philosophique qui rend les Européens tou_
jours insatisfaits de l'état des choses,
à la différence des
Américains. Le questionnement est permanent,
comme l'autocritique, qui empêche parfois de
choisir de quel côté de l'histoire se
situer. Cette identité de l'Union est
mou-vante car en construction ; elle s'est
renouvelée dans les deux dernières
décennies, dans le sens d'une bien plus
grande diversité : nouveaux peuples,
nouvelles langues', mémoires et
passés différents. L'enjeu est donc
dans l'ouverture aux autres. Il n'y a pas de
construction européenne qui vaille pour les
citoyens sans un effort de connaissance de
l'histoire et de la culture des autres. L'Autre de
l'Europe a longtemps été son
passé ou plus exactement une
interprétation de ses épisodes les
plus sombres, contre lesquels il fallait
bâtir autre chose, en contenant « les
particularismes et l'ortie des
caractéristiques nationales2
». A la recherche de
lieux et de noeuds de mémoire
européens, Pierre Nora établit sept
catégories : historiographiques
(Mémorial de Caen), fondateurs (du droit
romain aux Lumières, de la Révolution
à l'impérialisme ; on pourrait
ajouter le marxisme), cruciaux (militaires et
diplomatiques), géographiques (le Rhin),
culturels et économiques (la Hanse et la
City), créatifs, symboliques
(Saint-Jacques-de-Compostelle et ses chemins, la
Déclaration des droits de l'homme,
Auschwitz'). À moins que le lieu primaire de
la mémoire européenne ne soit ses
multiples et instables frontières, lignes de
front, mais d'où provinrent ensuite
plusieurs des initiateurs de sa configuration
démocratique actuelle. Aujourd'hui, l'Autre
est tantôt le voisin, d'où les
interrogations que nourrissent les extensions
successives de l'Union, tantôt les pays
émergents et concurrents. Les sondages
récents indiquent que les Européens
distinguent un ensemble de valeurs
européennes communes (61 %) par rapport
à d'autres continents ; mais au regard de
valeurs définies comme occidentales, seul un
tiers soutient une spécificité
européenne contre 44 % estimant qu'il n'y a
pas de valeurs européennes communes, mais
des valeurs occidentales globales2. Jugement
partagé par une majorité de
Français (52 %), comme par les
Néerlandais, les Belges, les Suédois
ou les Allemands ! Alors que les nouveaux
États membres réputés proches
des États-Unis restent les plus
attachés à la
spécificité des valeurs
européennes, la perception prévaut
d'une « proximité » entre
Européens au plan des valeurs.>>
p.45 Commentaire Pour tous ceux qui s'intéressent à
l'Europe.
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