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L'expérience des inégalités au travail François Dubet Editions du Seuil. ISBN: 2-02-086378-2 (2006) 23 € |
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Dernière de couverture
François Dubet et son
équipe de chercheurs se sont posé la question
centrale qui traverse à la fois notre vie quotidienne
et nos débats publics : quelles
inégalités nos concitoyens
perçoivent-ils comme des injustices dans le monde du
travail ? À chaque page,
à chaque ligne, les témoignages affluent, se
recoupent, nous touchent et nous dérangent. Pourquoi
se sent-on méprisé ? Pourquoi se juge-t-on en
situation précaire ? Pourquoi s'estime-t-on
exploité tandis que d'autres jouissent de
privilèges ? Pourquoi, enfin, se
considère-t-on aliéné,
empêché de se réaliser dans la vie
professionnelle ? Cet inventaire de la
souffrance au travail est complexe. Protester contre
l'injustice, c'est dévoiler ce que justice veut dire,
ou devrait vouloir dire. François Dubet et ses
collègues analysent l'envers des plaintes qu'ils ont
minutieusement recueillies : foi en l'égalité,
reconnaissance du mérite, aspiration à
l'autonomie. Par-delà le « livre noir » du
travail, ils dessinent le contour des valeurs que nous
partageons. Et ils rapportent le sentiment d'injustice aux
réalités de la vie sociale. Ensuite, ils nous
laissent juges, ils se gardent de nous dicter la politique
à suivre. Un livre de référence, dont
nul ne sortira intact. François
Dubet, professeur de sociologie à
l'université Bordeaux-II et directeur d'études
à l'EHESS. Valérie Caillet,
maître de conférences en sociologie à
I'IUFM de Versailles. Régis
Cortéséro, docteur en sociologie. David
Mélo, maître de conférences en
sociologie à l'université d'Orléans.
Françoise Rault, docteur en sociologie,
professeur de sciences économiques et sociales en
lycée.
Table des matières
Remerciements INTRODUCTION
Injustices «
réelles », injustices vécues
L'égalité Le mérite L'autonomie
Principes, valeurs ou idéologies ? La polyarchie des
principes Les dynamiques critiques Une recherche 1.
L'ÉGALITÉ I. Les « castes
» et le mépris « Traités comme
des chiens » La logique des rangs Service ou
serviteur? II. L'ordre juste et
l'honneur Déchoir et garder son rang L'ordre
juste des institutions L'ordre juste de la Nation III. Discriminations et
égalité des chances La critique
féminine Le racisme La place de
l'école IV « Pour moi,
ça va » Les injustices scandaleuses «
Je suis dans la société » Des
inégalités multiples et
tolérables 2. LE MÉRITE
I. Le mérite est
juste La place du mérite Les méritants Le
mérite est-il moral ? II. Le mérite
n'est pas reconnu Le mérite et les statuts Le
piston La jalousie III. L'exploitation
L'esclavage moderne Au-delà de la
sueur IV Que mesure le
mérite ? Le mérite et l'utilité Le
mérite et l'effort La distance au
mérite 3. L'AUTONOMIE
I. « Et pourtant
j'aime mon travail » Le travail est une «
valeur » Kako et kalo II Indépendance et
autonomie Ne pas être une victime Avoir un
espace III. De la vocation
à l'accomplissement Vocations Les
relations IV Le métier
« L'ouvrier est roi de son métier »
Métier et relation, genre ou activité
? V L'aliénation
Liberté surveillée Le stress et la
fatigue 4. LE DROIT, LE POUVOIR
ET LA RECONNAISSANCE . I. Défendre son
droit Loi ou règles La confiance trahie Un usage
aléatoire des règles De l'injustice à
la plainte II. Le pouvoir La
tyrannie La menace La manipulation Le pouvoir trop
faible III. La reconnaissance
Les « sales boulots » Chutes symboliques
Atteintes à la personne La reconnaissance
impossible 5. POURQUOI LE MONDE
EST-IL SI INJUSTE? I.
L'égalité contre l'égoïsme et
l'anomie L'égoïsme L'anomie II. Le mérite
contre les privilèges et le favoritisme Les
privilèges L'arbitraire de l'autonomie III. L'autonomie contre
l'égalitarisme et la cruauté du mérite
Contre l'égalitarisme Contre la cruauté du
mérite IV Tout va de plus en
plus mal Le malheur Les frustrations Les rondes
critiques 6. LA DISTRIBUTION
SOCIALE DES SENTIMENTS D'INJUSTICE .. I. La distribution des
injustices et les statuts sociaux . Un lien distendu
entre principes de justice et stratification sociale Des
injustices vécues dans des espaces
différents II. Un rapport «
pragmatique » aux principes de justice Les
sentiments d'injustice s'appliquent d'abord à un
contexte local Les conceptions de la justice sociale et les
expériences de travail III Les sentiments
d'injustice et les inégalités «
antérieures » au travail La noblesse
déchue des diplômés Les précaires
et le sentiment de discrimination Une
spécificité féminine «
irréductible » ? La discrimination
raciale IV L'expérience de
l'injustice à distance des catégories
politiques L'espace des représentations
politiques Une interprétation plus morale que
politique de l'injustice vécue 7. ORGANISATION DU
TRAVAIL ET PRINCIPES DE JUSTICE . I. La rationalisation
taylorienne Le mérite et
l'égalité La rationalisation contre
elle-même Le principe manquant :
l'autonomie II. L'individualisation
L'autonomie et le mérite Le poids de la
responsabilité Quelles protections ? III. Les bureaucraties
professionnelles L'égalité et l'autonomie
Protéger les statuts et les règles Pour le
mérite personnel 8. FIGURES DE JUSTICE
I. Être invisible
La dépendance consentie :les
diplômés non statutaires de l'université
.... En bas de l'organisation hospitalière: les
aides-soignantes II. L'exploitation
Entre l'exploitation et le métier :les ouvriers
du bâtiment Au service des clients et du marché
: les caissières III. L'épreuve du
marché Bon et mauvais stress : les chefs de rayon
L'entrée dans la carrière : les jeunes
cadres IV L'indépendance
sous contraintes Des indépendants très
dépendants : les agriculteurs Entre l'art et le
chômage :les intermittents du spectacle 9. LES INJUSTICES ET
L'ACTION I. Les
inégalités justes II Le destin et le
péché La grande loterie La nature
humaine III. Les victimes
sont-elles vraiment innocentes ? Les victimes sont aussi
coupables L'ombre des classes dangereuses IV Nous sommes tous
complices Les injustices que l'on crée Les
compromissions Une justice locale On n'a pas le droit de se
plaindre V. La distance
entre la justice et l'action collective . Agir ou se
taire Des causes aux responsabilités 10.
L'EXPÉRIENCE INTIME DES INJUSTICES I. Les blessures de
l'âme Les humiliations et les vexations Les
blessures anciennes La honte et la culpabilité La
résignation La peur La rage II.
Résistances Le détachement Le
caractère Militer III. La vertu et la
générosité Être honnête
Le langage du coeur Grandir CONCLUSION Un monde injuste Des
classes sans société Les injustices et
l'action Des principes liés et contradictoires Les
limites du juste Annexe
méthodologique Bibliographie
Un passage
<<LES INJUSTICES QUE
L'ON CRÉE Dans la mesure où ils
adhèrent à plusieurs principes de justice
entre lesquels ils doivent arbitrer, les individus ont le
sentiment de ne jamais être pleinement justes,
puisque, en choisissant un principe, ils ont toutes les
chances d'en trahir d'autres. Cette tension et cette
culpabilité latentes sont particulièrement
aiguës chez ceux dont le travail porte sur autrui, chez
ceux dont le métier consiste à rendre des
services qui sont aussi des biens de justice. Par exemple,
c'est le dilemme quotidien du maître d'école
qui doit, simultanément, traiter tous les
élèves comme des égaux,
récompenser le mérite des meilleurs et
permettre à chacun de développer sa
personnalité et sa créativité. Bien
sou-vent les instituteurs ont le sentiment de ne jamais
parvenir à réaliser tous ces objectifs et une
culpabilité latente accompagne leur métier.
Sur ce point, les agents de l'ANPE ont la sensation diffuse
d'être les complices de certaines injustices. Quoi
qu'ils désirent par ailleurs, ils savent qu'ils sont
coincés entre les employeurs qui offrent des salaires
trop faibles et des conditions de travail trop
pénibles, les demandeurs d'emploi qui utilisent les
systèmes d'aides et ceux qui ne renoncent pas au
projet d'accomplir leur vocation, même quand celui-ci
ressemble plus à un rêve d'enfant qu'à
un projet réalisable. Ils savent aussi que leurs
pratiques d'agents de l'ANPE ne sont pas toujours
parfaitement justes. Jeanne : « Nous avons des
collègues, les radiations ça part vite. »
« Les files d'attente de deux heures, c'est
révoltant. Moi, je dis que c'est révoltant,
ajoute Marion. On est très mal, les gens qui
attendent, on les voit attendre, quand on va les recevoir en
entretien, c'est atroce, c'est horrible. Pour eux c'est
très violent, l'attente, mais pour nous aussi c'est
intolérable, sincèrement. » Mais le poids
du groupe, des habitudes, des conditions de travail fait
que, malgré tout, on n'agit guère, et on finit
par s'habituer à cette souffrance, quitte à en
souffrir soi-même. La culpabilité semble coller
à certaines activités, même si
l'idéologie organique de ces professions consiste
d'abord à s'en défaire puisque c'est toujours
«la faute au système » si les choses vont
mal.>> p. 386
Commentaire
Un livre qui fera date;
Il montre comment à notre époque il existe un
rapprochemant entre sociologie et psychologie à la
fois dans les méthodologies et les types d'analyse.
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