Dernière de couverture L'impact de la
société sur un acte aussi individuel
que le suicide est peut-être l'énigme
majeure à laquelle les sociologues, depuis
Durkheim, ont été
confrontés. Pourquoi les hommes
se tuent-ils plus que les femmes ? Les jeunes moins
que les vieux ? Les urbains plus que les ruraux ?
Les catholiques moins que les protestants ?
Pourquoi le dimanche moins que le lundi ? Et
l'été plus que l'hiver En temps de
paix plus qu'en temps de guerre ? Nous disposons,
aujourd'hui, sur toutes ces questions,
d'informations sérieuses à
l'échelle de la planète. Et c'est
dérangeant pour l'esprit. La croissance du
taux de suicide avec l'âge pouvait passer
pour un fait de nature : vieillir amène son
lot de soucis. Mais l'idée est trop courte.
Depuis les chocs pétroliers, le suicide des
jeunes augmente et celui de leurs
aînés se maintient ou diminue. C'est
sans doute le constat le plus grave que dresse ce
livre. Le suicide
accompagne les mouvements de la
société. Il est en hausse lors des
crises économiques, en baisse pendant les
guerres. Il a crû avec le
développement industriel duXIXe
siècle, mais diminué avec l'expansion
économique du xxe. L'enquête,
toutefois, souligne combien les modèles
souffrent d'énormes exceptions. Ainsi
l'Inde, la Chine, la Russie sont-elles les seules
nations qui réagirent au XXe siècle
comme les pays occidentaux au xixc siècle.
Ainsi les Chinoises échappent-elles à
la norme en se suicidant plus que les hommes. Ainsi
le Japon est-il l'unique pays qui connaît
jusqu'en 1995 une baisse du suicide
à tous les âges. Stéréotypes,
s'abstenir. L'étude du suicide permet de
découvrir la face cachée de la
planète, la force des héritages et la
fragilité des apparences. Le déclin
relatif du suicide au XXe siècle contredit
une vision catastrophiste selon laquelle le
développement économique n'aboutirait
qu'à des formes exaspérées de
l'individualisme, laissant chacun seul devant son
destin. Christian Baudelot
et Roger Establet nous offrent la synthèse
d'une masse extraordinaire de données. Ils
poussent la sociologie dans ses derniers
retranchements, jusqu'aux portes du
mystère. Christian
Baudelot est professeur de sociologie à
l'École normale supérieure, Roger
Establet est professeur émérite
de sociologie à l'Université de
Provence. Ils ont publié ensemble,
notamment, Le niveau monte, Allez les filles !,
Avoir trente ans en 1968 et en 1998. Table des matières Introduction. Le monde
à l'épreuve du suicide
L'apport des
ethnologues Ce n'est pas la
société qui éclaire le
suicide, c'est le suicide
qui éclaire la société
Suicide, une
énigme à déchiffrer
1. La
misère
protège?
Suicide et
richesse dans le monde Dans les pays
riches, c'est dans les régions pauvres qu'on
se suicide La montée
des inégalités ? 2.
Décollage
Inde, 1950-2000:
naissance d'un géant économique,
envol du suicide 1980-2000: la
Chine s'éveille, le suicide
aussi 3. Le grand
tournant
L'Angleterre
nous ménage une surprise France, xixe-xxe
siècle: les méandres de
l'évolution
du suicide
1900-1948:
parallélisme rompu entre
suicide et croissance
1949-1978:
croissance forte, stagnation du suicide
1979-1995: la
croissance ralentit, le suicide
reprend Le classicisme
de l'évolution anglaise 4. Les Trente
Glorieuses Une croissance
orchestrée par l'État Facteurs
d'aggravation ... et de
protection: l'individualisme
créatif 5. L'exception
soviétique Aujourd'hui,
ruban bleu Fémur
social et black-out Suicide et
industrialisation: à marche forcée
Et la
lumière fut... Vive la démographie
française ! 6. Chocs
pétroliers et suicide des jeunes
France : jeunes
exposés, vieux protégés
Pas d'exception
française .. mais exceptions
japonaise et allemande Fin du miracle
italien et flegme britannique Prendre au
sérieux les dimensions sociales de
l'âge 7. Suicide et
classe sociale: Etat des lieux La
géographie américaine du
suicide Départements
français: impôts sur le revenu et
suicide L'Angleterre
sinistrée de Ken Loach contre le Grand Londres
de Blair-Thatcher Suicide et
milieu social en France 8. XX`
siècle : protection renforcée des
classes dominantes
Finesse et
richesse des données américaines
Une
première piste : la surabondance des liens
sociaux Une
deuxième piste : contre mauvaise fortune,
bon coeur ! Les formes
modernes de la pauvreté Pour un SMic
culturel et social 9. Et pourtant,
elles s'en sortent
Les enfants
d'abord L'exception
chinoise Asie et
Pacifique : conjugalités difficiles et
suicides féminins Suicide
vindicatif en Nouvelle-Guinée
La normalisation
japonaise Pourquoi les
femmes occidentales ne se suicident-elles pas plus?
Conclusion. Suicide: une
leçon de sociologie générale
La sociologie
n'explique pas tout Peut-on faire la
sociologie d'une exception? Économie,
intégration et estime de soi
Remerciements Un passage <<Pas
d'exception française... Ces transformations
ne sont pas propres à la France : dans la
plupart des pays de l'OCDE, le dernier
demi-siècle a été
caractérisé par une baisse des taux
de suicide des personnes âgées et une
montée des suicides des jeunes à
partir de la crise de 1975, conformément au
modèle décrit en détail par
Louis Chauvel et pour des raisons analogues
à celles évoquées dans le cas
de la France. Cela se vérifie sans
équivoque pour les pays suivants: Australie,
Autriche, Belgique, Canada, Danemark,
États-Unis, Finlande, France, Grèce,
Italie, Mexique (hausse surtout forte chez les
jeunes), Pays-Bas, Nouvelle-Zélande,
Norvège, Singapour, Suède, Suisse,
Grande-Bretagne. Le cas de la
Grande-Bretagne est particulièrement
instructif, puisqu'il s'agit d'un pays où le
suicide a baissé pendant toute la
période: le suicide masculin passant
graduellement de 13,6 en 1950 à 10,2 en
2000, et le suicide féminin de 7,0 à
3,0. Chez les hommes et chez les femmes, cette
baisse est imputable d'abord à la chute
très importante du suicide des vieux.
L'invention du troisième âge, les
progrès de la médecine et de
nombreuses années de croissance continue ont
amélioré le sort des personnes
âgées. En revanche, chez les hommes,
cette tendance à la baisse est en partie
contrecarrée par la hausse du suicide des
jeunes, surtout à partir de 1975: 5,4 en
1950, 7,8 en 1975,10,5 en 2000. La hausse s'est
accentuée après 1975, mais elle
était déjà présente au
cours des Trente Glorieuses. Les jeunes femmes ont
été moins sensibles aux
évolutions économiques vers une
précarité accrue. Dans le
demi-siècle, les taux de suicide des femmes
de 15 à 29 ans ont oscillé autour de
3 pour 100000. Cette différence dans les
réactions des hommes et des femmes aux
transformations économiques n'est pas propre
à la Grande-Bretagne. Nous serons
amenés à v réfléchir
à nouveau sur la hase d'autres
données>> p.145 Commentaire
|
|
|