Dernière de couverture Voilà bien un paradoxe
! Comment une aspiration largement partagée
et souhaitée, vieillir et vieillir bien,
pourrait-elle devenir tyrannique ? En devenant une
injonction, discrète voire
sympathique. L'injonction à «
bien vieillir » s'insinue progressivement dans
nos mentalités au point de donner forme
à notre rapport individuel et collectif
à la vieillesse. Vieillissez, mais
vieillissez bien ! Il faut alors chercher
à débusquer cette idéologie du
« bien vieillir » là où
elle se cache : chez le médecin et dans
notre assiette, dans nos vêtements et dans le
rapport que nous avons avec notre propre corps,
dans les multiples publications sur la vieillesse
et dans les médias, dans la peur que nous
avons de la mort et dans l'idéologie dans
laquelle nous baignons... Si « bien vieillir
» devient le projet personnel et politique
auquel nul ne saurait déroger, vieillir mal
devient une erreur, une faute, presque un
délit vis-à-vis de soi-même et
vis-à-vis de ceux qui auront à en
assumer les conséquences. II est alors urgent de mettre
en question ce que recouvre cette construction
idéologique porteuse d'un sens presque
invisible tant elle est liée au désir
humain. Tyrannie douce qui a pour effet d'asservir
nos contemporains et d'exercer une contrainte sur
les années de vie qu'ils ont à vivre
en vieillissant... Michel Billé
est sociologue, ancien Directeur adjoint de
l'Institut Régional du Travail Social de
Poitiers. ll a notamment publié La chance de
vieillir, essai de gérontologie sociale,
L'Harmattan, 2004. Didier Martz est
philosophe. Il a notamment coordonné Vous
avez dit euthanasie ?, Le Bord de L'eau, 2003 et
Alzheimer : vous avez dit démence ?, Le Bord
de l'eau, 2006. Table des matières PRÉFACE
AVANT-PROPOS CHAPITRE 1 QUELLE
IDÉE UNE IDÉE
CONSENSUELLE UNE
IDÉOLOGIE UN ABUS DE LANGAGE UNE INTRANSIGEANCE UNE ANGUILLE SOUS LA
ROCHE « LE BONHEUR, C'EST
TOUJOURS POUR DEMAIN... » « BIEN VIEILLIR
», OUI MAIS... CIRCULEZ, ON «
BIENTRAITE » ... CHAPITRE 2 VIEILLIR SANS
DEVENIR VIEUX LE SACRIFICE DES UNS POUR LE
BONHEUR DE TOUS PEUR DE VIEILLIR, PEUR DE
MOURIR... FAIRE PAYER AUX VIEUX LE PRIX
DE NOTRE FINITUDE AGE ET
VIEILLESSE... COMMENT PENSER LA
VIEILLESSE FAUT-IL AVOIR PEUR DE
VIEILLIR QUE RESTE-T-IL OUAND ON A
TOUT PERDU CHAPITRE 3 LE SPECTRE DE
LA MORT L'AGE DE
L'INDIGNATION VIEILLESSE ET RETRAITEMENT
FICHONS-LEUR LA PAIX
! SOUS LE REGARD DE
L'AUTRE « L'ILLUSION DE LA
RESSEMBLANCE » VIVRE, C'EST MOURIR À
PETIT FEU UNE INJONCTION EN TROMPE
I'OEIL. LA NORMALISATION DE L'INJONCTION À LA
TYRANNIE « BIEN » SE FAIRE
SOIGNER. CHAPITRE 4 VIEUX ET
AUTONOME AUTONOMIE ET
DÉPENDANCE AUTONOMIE OU
AUTOMOBILE? « LE GRAND RENFERMEMENT
» PRENDRE SOIN DE
SOI SOUFFRIR POUR ÉTRE
BEAU... UN POUVOIR SUR LES
CORPS CHAPITRE 5 LE TEMPS DE LA
VIEILLESSE LA CULPABILISATION UNE IDÉOLOGIE DE LA
PRÉVENTION DE LA
LIBERTÉ LA SOCIÉTÉ
DÉSORIENTÉE PRENDRE SON TEMPS UNE VIEILLESSE SANS
TEMPS ÉLOGE DE LA
LENTEUR LE TEMPS DE VIVRE...
BIBLIOGRAPHIE Un passage <<D.M. Pourquoi ce
refus de la vieillesse et, plus largement, pourquoi
ce refus de la personne handicapée ?
Pourquoi ce refus des individus qui sont
marqués dans leur corps ? Ne s'agit-il que
de raisons politiques, économiques ou
fmancières évoquées plus haut
et ne suffirait-il pas de quelques
aménagements, mêmes importants, pour
que l'injustice sociale dont ils sont victimes soit
levée. Peu probable, car nous touchons
là à une dimension anthropologique
que j'ai déjà mesurée mais sur
laquelle il faut revenir. Le vieux et le
handicapé renvoient chacun à leur
manière à notre condition
d'être mortel, notre finitude, notre
vulnérabilité, notre
fragilité. Et nous ne voulons pas le voir.
À certains moments de l'histoire, les
sociétés et leur gouvernement n'ont
pas pris de gants pour se débarrasser de
cette vision. Ils (et elles) se sont
débarrassés purement et simplement
des individus porteurs de cette faiblesse
inhérente aux hommes. Tantôt sous des
formes symboliques, c'est le cas des enfants
nés difformes à Sparte ; tantôt
sous des formes politiques, c'est le cas et dans
l'outrance, de l'Allemagne Nazie. Les
sociétés démocratiques,
aidées en cela par la pastorale
chrétienne de charité, ont, elles,
procédé autrement. Elles ont
habillé leur refus, déguisé
leur rejet, masqué leur aversion sous un
discours humaniste. Discours d'autant plus
présent et lancinant que l'exclusion est
plus forte. Il suffit de mettre en parallèle
la masse des discours sirupeux sur
l'éthique, et plus particulièrement,
sur la dignité des personnes
âgées et handicapées, et leurs
conditions réelles d'existence. Annie Ernaux
décrit (et quiconque a été
amené à accompagner un proche dans sa
« fin de vie » peut en témoigner)
ce que c'est que vivre lorsque ces personnes sont
au bout de leur âge : « à nouveau
attachée. Elle n'arrive pas à manger
son gâteau, une mousse aux abricots, sa main
ne trouvait pas ses lèvres, sa langue
tirée vers la gâterie inaccessible. Je
l'ai fait manger comme mes enfants autrefois. Je
crois qu'elle s'en rendait compte. [...]
Elle s'est mise à déchirer le carton
des gâteaux, à ten-ter de le manger.
Elle déchirait tout, sa serviette, une
combinaison, essayait de tordre toutes les choses,
complètement insensible. Son menton est
tombant, sa bouche ouverte'. »p.74 Commentaire Une réflexion utile
sur un sujet tabou.
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