<<Pascale
- Si tu veux,
avec mes élèves, je veux être
la bonne mère, comme avec mes enfants. Je
sais que c'est un leurre car on ne peut pas
être la bonne mère, mais cela
m'arrange... C'est cela qui me gratifie. Je vois du
reste beaucoup de liens avec ma façon
d'élever mes enfants. Avec eux si tu veux,
je veux tout leur donner. Cela ne marche pas parce
que ce n'est pas vrai, je ne suis pas tout le temps
disponible; alors c'est d'autant plus grave pour
eux parce que j'ai donné l'impression que je
pouvais tout donner. Eh bien, avec mes
élèves c'est comme cela! Cette
année j'ai eu quelques "clashs". J'avais
donné l'impression que les gens qui ne
comprenaient rien allaient pouvoir comprendre avec
moi. Et le jour où ils ne comprennent pas,
alors ils m'agressent. Je me laisse beaucoup
piéger avec cela. Avec les enfants... avec
mon mari aussi. J'ai du mal à frustrer les
enfants. Je n'arrive pas à me
préserver, je suis livrée comme cela
en pâture. Si bien que cette année,
j'avais l'impression d'être une machine
à café avec mes
élèves. Il suffirait d'appuyer et
allez, elle va nous expliquer, on va tout
comprendre. Alors là, c'est quand même
un peu délirant. Et tu vois, je crois qu'il
y a de ma faute là-dedans s'ils ont cette
impression, s'ils sont comme cela avec moi.
N. - Une machine à café?
P. - Automatique, tu vois! On appuie
sur le bouton, le café vient: là,
c'est pareil. On pose une question, c'est lumineux,
on va comprendre. Or, ce serait de la
mégalomanie de ma part d'imaginer que je
vais faire comprendre à tout le monde, mais
c'est un peu cette illusion-là que j'ai. je
constate, en tout cas, que c'est la première
année que je subis des agressions de la part
de mes élèves...>> Une
enseignante dans "Les maths à quoi ça
me sert?" p.115 "Maîtriser
notre discipline"? Les élèves
souvent nous y invitent dans une belle ambivalence:
"le prof doit tout savoir" alors si il
"sèche" on rigole de ses hésitation,
de ses erreurs! On est content de le placer dans
une position de persécuteur pour pouvoir le
combattre. Ne vaut-il pas alors mieux que
l'enseignant résiste à cette demande
fantasmatique de tout savoir pour se montrer dans
sa réalité de personne qui cherche,
qui hésite et qui a besoin de temps et
d'erreurs pour trouver? E:<<Surtout,
il y a un autre fait, c'est que lui (le
prof) sait et qu'il est encore au-dessus
du problème que... Bon ! vous
êtes professeur, vous faites
étudier n'importe quoi. Des
équations. Mais vous êtes
largement au-dessus de cela, vous avez
déjà étudié
des problèmes quinze fois plus
difficiles. Alors, j'ai toujours le
sentiment dans cette
matière-là que vous
êtes au-dessus de tout ça !
« Bon ! vous donnez
l'équation, vous savez, vous, la
faire... Enfin, ça vous amuse, j'ai
l'impression que vous posez des colles
à vos élèves : " Hein
! vous y arrivez pas ! Alors, ça
m'a toujours fait..., et puis surtout, il
y a des jeunes professeurs qui vraiment se
foutent du monde ; et s'il y a des choses
dont j'ai horreur, c'est qu'on se foute du
monde, qu'on se moque de quelqu'un. Le
gars qui arrive les mains dans les poches,
qui pose un problème de vingt
lignes au tableau et qui le résout
comme ça en cinq minutes, pour
nous... sécher pendant des heures,
ça me fait penser à un
jeu : au chat et à la souris.
Le chat, c'est le prof, et puis moi !...
Salut les gamins ! Il y a des mecs qui ont
trouvé ça, et vous, vous y
arriverez pas ! N. - Quelqu'un qui
vous rabaisse. E. - Hé !
oui, c'est ça ! Oui, je crois que
c'est ça ! Enfin, ce n'est pas une
généralité. En tout
cas, moi, ce que j'ai comme
expérience mathématique,
c'est ça !... C'est
intéressant, parce que je n'avais
jamais... (Rires.)>> Un
élève dans:
"Mathématique et
affectivité" p.53 on trouve ce
désir de maîtrise dans bien des
domaines -Le
politicien cherche à
"maîtriser" son image, -on demande aux
instituts de sondage de "maîtriser" la
réalité de l'élection
future? -à la
météo de "maîtriser" le
temps, -aux
scientifiques de "maîtriser" la
"réalité" -au
théoricien de
n'utiliser qu'une théorie "bien
maîtrisée" à
l'exclusion d'autres: <<Cher
Monsieur Nimier, A consulter encore votre
site, il me vient une question : Ne
craignez-vous pas les écueils de
l'éclectisme. Car en
vérité vous faîtes
quelque peu feu de tout bois, Lacan, le
cognitivisme, j'en passe et des
meilleurs... Or il me vient de multiples
questions / objections à partir de
ce constat : - Comment pouvez-vous
espérer "maîtriser" cette
multiplicité de
références
théoriques, souvent ardues ?
N'êtes-vous pas alors
condamné à piocher ce qui
dans ces discours vient quelque peu
corroborer ce que vous pensiez
déjà, ce qui revient
à faire violence à ces
discours ?>> La
recherche de maîtrise de l'extérieur
de nous est
bien souvent une recherche de "maîtrise" de
l'intérieur de nous qui nous fait peur.
qu'une
défense contre l'imprévu,
l'incertain qui est
difficile à vivre parce qu'il
crée en nous une
insécurité. L'incertitude
est pourtant partout! <<Il
y a dans la connaissance trois principes
d'incertitude - le premier est
cérébral : la connaissance
n'est jamais un reflet du réel,
mais toujours traduction et
reconstruction, c'est-à-dire
comportant risque d'erreur; - le
second est psychique : la connaissance des
faits est toujours tributaire de
l'interprétation; - le
troisième est
épistémologique : il
découle de la crise des fondements
de certitude en philosophie (à
partir de Nietzsche) puis en science
(à partir de Bachelard et Popper).
Connaître et penser, ce n'est pas
arriver à une vérité
absolument certaine, c'est dialoguer avec
l'incertitude.>>Edgard MORIN
"La tête bien faite" Ed.
Seuil(1999) <<L'aventure
incertaine de l'humanité poursuit
dans sa sphère l'aventure
incertaine du cosmos, né d'un
accident impensable et se continuant dans
un devenir de créations et de
destructions. Nous avons
appris à la fin du xxe
siècle qu'à un univers
obéissant à un ordre
impeccable, il faut substituer un univers
qui est le jeu et l'enjeu d'une dialogique
(relation à la fois antagoniste,
concurrente et complémentaire)
entre l'ordre, le désordre et
l'organisation.>> Edgard
MORIN. "Les
7 savoirs nécessaires à
l'éducation du
futur"p.92 Alors
comment faire face à
l'incertitude, apprendre
à la gérer? <<Il
y a deux erreurs extrêmes à
ne pas commettre: se dire qu'on ne peux
rien faire "puisque c'est
"imprévisible"; à l'inverse
vouloir construire des réponses
pour "tous les scénarios". Le
problème n'est pas de
prévoir l'imprévisible, mais
de s'entraîner à lui faire
face. De s'entraîner à
l'action en situation de forte
incertitude.>> Patrick
Lagadec (Le Monde: "La culture
française des crises est
fondamentalement dépassée"
11/12/2001) Ce
n'est
pas en préparant des
scénarios: C'est
ce qu'on fait parfois dans sa tête avant de
recevoir un parent d'élève:
<<Il m'a demandé en rendez vous pour
me parler de cela sans doute, - dans ce cas je lui
parlerai de cette affaire, - oui mais il me
répondra que... - alors je pourrais lui
rétorquer que ... >> et ainsi de
suite! On cherche à tout prévoir mais
en même temps on tue la rencontre qui
nécessite pour être vivante justement
de l'imprévu! De
même si on cherche à tout
prévoir face à une classe violente,
c'est autre chose qui arrivera. Inversement
ne rien faire n'avance pas, ne fait pas progresser
son aptitude à faire face à
l'imprévu: On
peut au contraire s'entraîner à ces
situations; c'est l'objectif de la formation
psychologique des enseignants. Les
jeux de rôle en particulier sont un moyen de
se mettre dans des situations imprévues et
d'étudier ses réactions, sa
façon de faire face et d'apprendre
progressivement à élargir sa gamme de
réponses de façon à avoir une
attitude plus adaptée aux
situations. Le
retour sur expérience est une autre
occasion de se préparer ;
réfléchir avec d'autres sur la
façon dont on a fait face dans telle
situation imprévue, c'est ce qui peut
être fait dans un
G.A.P.P. Il y a un
état d'esprit à acquérir fait
de: -
la certitude que ce qui arrivera sera
différent de ce qu'on a
prévu, -
la certitude, par l'expérience acquise,
qu'on est capable de s'adapter à ces
situations imprévues sans dommage trop grand
et en faisant parfois le deuil de certaines
illusions - On peut
aussi utiliser des "stratégies" au lieu de
"programmes" Nos cours sont-ils
préparés comme des programmes avec un
déroulement prévu d'avance, un
scénario bien mis au point au cours des
années passées? Sommes-nous alors
toujours ennuyés de n'avoir pas fini ce que
nous avions prévu, parce que des
"imprévus" sont survenus? Ou au contraire
partons-nous avec seulement "une stratégie"
pour l'apprentissage d'une notion? Étant
capable à chaque instant de modifier des
scénarios provisoires pour nous adapter aux
situations qui se présentent, aux
opportunités qui arrivent. <<La
stratégie doit prévaloir sur
le programme. Le programme établit
une séquence d'actions qui doivent
être exécutées sans
variation dans un environnement stable,
mais, dès qu'il y a modification
des conditions extérieures, le
programme est bloqué. La
stratégie, par contre,
élabore un scénario d'action
en examinant les certitudes et
incertitudes de la situation, les
probabilités, les
improbabilités. Le scénario
peut et doit être modifié
selon les informations recueillies, les
hasards, contretemps ou bonnes fortunes
rencontrées en cours de
route.>>Edgard MORIN.
"Les
7 savoirs nécessaires à
l'éducation du
futur"p.100 <<on
se contente d'exercices très
convenus, ce qui nous rend
vulnérable. Mais les
résistances sont vives: quand vous
essayez de mettre un facteur de surprise
dans un scénario, on vous
répond: "surtout pas, vous aller
démolir tout l'exercice!" ... Nous
baignons dans une sorte de culture royale
bannissant le questionnement,
l'imprévu, l'ouverture, la
confiance envers le citoyen. On travaille
à l'intérieur de champs
solidement quadrillés, à
l'abri de lignes de démarcation qui
bloquent coopération et initiatives
transverses, mais qui font le lit des
crises.>> Dans la formation
d'enseignants ne se contente-t-on pas aussi souvent
d'exercices très convenus, à
l'intérieur de champs quadrillés (les
disciplines). L'introduction
de l'interdisciplinarité, la formation aux
T.I.C.,
la
formation
psychologique
(et non seulement le cours de psychologie qui ne
présente aucune incertitude!) avec ses
exercices, ses jeux de rôle, ses objets
intermédiaires ne peuvent -ils pas
être vus également comme des moyens de
préparer les enseignants à
gérer l'incertitude de leur
profession? Pour compléter: Edgard
MORIN. "Les
7 savoirs nécessaires à
l'éducation du
futur" Patrick
LAGADEC. Apprendre à gérer les
crises. Ed. Organisation (1993) Jean Pierre
DUPUY. Quand l'impossible est certain. Ed.
Seuil (2002) Le
hasard dans la sciences: la mécanique
quantique Pour
un fonctionnement efficace des cellules de crises
par Patrick
Lagadec
(en
PDF) <<Je suis
enseignante dans le premier degré, avec une
préférence pour le cycle 3. Cet
article sur la maîtrise m'a ouvert de
nouveaux horizons ! Contrairement à ce que
j'ai appris, je ne prévois pas de
scénario, mais plutôt une ligne
directive avec un objectif à atteindre (avec
différents niveaux prévisibles selon
la réception, le niveau
général ou l'humeur des
élèves ce jour-là. Un peu
comme un joueur de jazz, je n'exécute pas
une partition stricte mais j'improvise sur un
thème. Or j'en ressentais une certaine
gêne, me demandant si ma technique
n'était pas suffisamment "sérieuse"
et rigoureuse. Me voilà en grande partie
déculpabilisée. Merci beaucoup pour
cet éclairage très
intéressant.>> <<Je
souhaiterais imprimer certaines de vos pages mais
je n'rrive pas à avoir le texte en entier.
comment faire? Je consulte
régulièrement votre site que je
trouve intéressant.>>
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||