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A quoi attribuer
la " joie triste" du formateur à la
fin du stage ?
Décompensation
après une implication forte ?
Angoisse à l'éclatement du
groupe ? Certes. Mais il y a plus. Plus
profond. Plus grave. Lié à
l'acte même, fondamentalement
intriqué dans le processus de
transformation lui-même.
Une
question ontologique.
Si l'on
veut bien se lover quelques instants dans
la thèse de Hegel
développée dans la
dialectique du Maître et de
l'Esclave, l'homme lui-même est le
résultat de son propre travail,
car, en travaillant, il transforme la
nature et, par là, se transforme
lui-même. C'est par le travail que
l'homme acquière un attribut
éminemment humain : la
conscience.
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Le premier
point va de soi dans l'acte de former et dans
sa visée, la transformation de
l'individu.
Le second
point, la transformation du formateur dans
l'acte même de former est en
général occultée.
Pour preuve, les
évaluations de stage portent
principalement sur le stagiaire, les conditions
matérielles, la saveur du café , etc.
mais rarement sur les modifications dont le
formateur a pu être l'objet. On sait que
cette dissimulation du formateur repose sur
l'idée de sa séparation radicale avec
le formé, condition sine qua non au bon
déroulement de l'acte, la trop fameuse "
distance ".
On oublie aussi,
à l'heure de la pensée
systémique et complexe dont on se gargarise,
que la situation de stage est une construction
sociale et qu'elle fait système. En sorte
que tous les éléments qui la
composent interagissent entre eux, s'affectent
mutuellement. On n'en sort pas indemne. Et
s'il ne s'agissait que de compétences
acquises, de savoirs, de savoirs-faire ou de
savoirs-être
Mais il y a
plus.
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C'est
en effet d'être qu'il s'agit mais
pas de celui pris dans le savoir et dans
les grilles qui l'enferment, au niveau
d'une compétence, d'une
compétence à être
comme ceci ou comme cela. Non, nous sommes
au niveau ontologique, au niveau de l'Etre
car il y va de la réalisation de
l'homme.
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L'incomplétude,
de la nature et des hommes, donnent l'occasion
à l'homme de se faire comme homme.
L'incomplétude est le moteur de
l'humanisation. Elle permet à chacun de "
devenir ce qu'il est " (Pindare). Le travail,
l'action transformatrice est donc formatrice,
formatrice d'humanité.
Mais comme
le bateau contient le naufrage, le formateur
s'appauvrit dans le temps même où il
s'enrichit de la relation à
l'autre.
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Et c'est
là que commence le tragique de
l'affaire.
Car en
formant - son " produit " vient s'opposer
à lui comme un être
étranger , comme une puissance
indépendante. C'est d'ailleurs bien
le projet qui est de rendre les individus
auto-nome (ce qui est en-soi une
contradiction dans les termes).
Mais il
faut bien que quelque chose se perde.
La relation parent-enfant est
significative de ce point de
vue.
Elle
montre bien comment le processus
éducatif se traduit
nécessairement par une
déperdition, un
dépouillement.
En sorte
que, comme la fort bien montré Marx
dans son analyse du travail, la formation
d'un individu, ou son éducation,
est nécessairement
aliénante.
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Cela
posé, il est
évident que plus
l'éducateur se
dépense dans son travail,
plus il est crée de
l'autre, de
l'étrangeté ; plus
il crée en face de lui un
monde puissant et plus il
s'appauvrit lui-même.
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Comme dans
la religion, plus l'homme place en Dieu,
moins il conserve en lui-même. Il
met quelque chose de sa vie dans le
produit et voilà qu'il lui
échappe. En somme, plus
l'activité grandit, plus grande est
l'occasion de se réaliser, de "
devenir ce qu'on est " et plus on perd de
son être, moins on est
soi-même.
Ainsi, la
formation devient-elle
tragique.
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Réactions
<<"Rien ne se
perd... Rien ne se crée tout se
transforme"... Le propre du formateur n'est il pas
d'amener de la ou de l'in- formation pour aider les
autres à se construire ?... Ce n'est pas une
dépossession mais un partage, un
échange de connaissances sont nul n'est
propriétaire.>> MP
<<N'exagerons
rien quand meme,sinon on se suicide tous
!!!!!!!!!!!!>>
<<
Pensée "dynamique" binaire : le
mécanisme de la perte ne se résume
pas dans l'addition/soustraction. Quant à la
"transformation", il faudrait supposer que le
désir ne s'épanoirait que dans
l'identique. Enseigner ressort de la praxis...
quelle nouveauté !>>
<<L'article
de Didier Martz, original, très
dérangeant et stimulant, m'inspire deux
réactions qui s'adressent à deux
niveaux différents de la vitalité du
formateur, qui me questionnent aussi. Je distingue
en effet l'usure du formateur et l'appauvrissement
du formateur. L'usure concerne l'aspect "
fonctionnel " de la formation. C'est un vieux sujet
déjà débattu dans les
années prospères de la formation. Ce
risque peut être diminué par un
renouvellement des méthodes et des champs
d'action, du travail sur soi, du partage des
pratiques dans des groupes de supervision, de
paroles, de pairs avec ou sans père, qui
font sortir de l'isolement . La pratique de la
co-animation - hélas, restreinte partout par
économie- est aussi un antidote reconnu
à cette usure. On peut aussi en
désespoir de cause, changer de métier
! Le risque d'appauvrissement me parait relever
d'un questionnement existentiel autant que
professionnel qui concerne en effet aussi
l'enseignement et l'éducation parentale
"Dieu a créé le monde comme la mer a
créé la terre, en se retirant".
...rappelait le poète Hölderlin " Aux
delà des savoirs, savoirs-faire et savoirs-
être, la mise en route du savoir-devenir chez
l'autre n'appartient plus en effet, au formateur.
Dans l'acte de formation, l'acceptation de cet
appauvrissement à chaque fois
renouvelé, est pallié par la
dimension créatrice qu'il met en jeu. Je
partage avec D. Martz cette conviction que le
formateur, -comme le formé- est
trans-formé, et cela renvoie non plus
à l'isolement évoqué plus haut
mais à la solitude. Cet acte de
transformation ne lui appartient pas , il se fait
à travers lui comme passeur. Comme le
héros de Michel Butor dans " La modification
", le formateur est embarqué avec le
formé dans " une aventure et un roman " .
L'enseignement, la formation sont les lieux d'une
nouvelle naissance où tente de se
découvrir sans succès l'énigme
de la vie ( Jacky Beillerot). C'est pourquoi vivre,
c'est perdre. C'est en effet tragique !Mais c'est
le prix à payer pour contribuer au processus
de " réparation du monde " jamais
achevé ( Le Talmud) et dans celui d'une "
amplification de la vie "( J. Salomé) et
rester des formateurs inquiets et
vivants.>>
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