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Je voudrais
réfléchir avec vous à ce que
la notion de management sous-entend quand
nous l'appliquons au monde de l'école et
voir ensuite dans quelles directions nous pouvons
penser pour exercer notre métier avec la
plus grande sérénité possible.
Je dis " nous " parce que je ne me situe pas
au-dessus de vous, mais avec vous dans le souci de
la conduite aussi bonne que possible d'un
établissement . Je vous livre ainsi mes
convictions et mes questions comme autant
d'incitations à penser.
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D'après
le dictionnaire, le management
est d'abord l'ensemble des
connaissances concernant l'organisation et
la gestion d'une entreprise ; c'est
ensuite la façon d'appliquer ces
connaissances sur le terrain en fonction
du projet qu'on s'est donné et des
moyens dont on dispose, c'est par
conséquent définir des
méthodes et choisir des techniques
pour atteindre les objectifs qu'on s'est
fixés, c'est également l'art
d'utiliser au mieux les compétences
des hommes et des femmes au service de
l'entreprise afin que celle-ci
réalise les meilleures performances
possible. Il s'en suit que les
salariés et les cadres,
considérés comme des "
ressources " auxquelles on a ajouté
le noble qualificatif d'" humaines ",
peuvent être sacrifiés sur
l'autel du profit si la politique
économique l'exige. Le très
beau film de Laurent Cantet
intitulé " Ressources humaines "
justement exprime de manière
convaincante le dilemme, voire le drame de
ceux qui ne veulent pas céder sur
le respect de la dignité
humaine.
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L'introduction du terme de management dans
le vocabulaire de la formation au sein de
l'Education nationale est significatif d'une
volonté louable de rationalisation et de
modernisation dans l'organisation de la vie de
l'établissement scolaire . Mais ce dernier
ne peut être comparé à une
entreprise , même si un PDG et un proviseur
de lycée ou un principal de collège
ont en commun de poursuivre des objectifs ,
d'appliquer des méthodes , d'animer des
équipes, etc. et de devoir gérer des
conflits. Parler de rendement scolaire n'est-il pas
un abus de langage ? Et vouloir briller au
palmarès des lycées en affichant les
meilleurs résultats au bac ne revient-il pas
à réduire les élèves
à n'être ou plutôt à ne
se comporter que comme des consommateurs
d'école ? Entendons-nous bien : je ne nie
absolument pas la mission des établissements
scolaires qui consiste à promouvoir la
réussite du plus grand nombre, mais cette
préoccupation , ce souci légitime
d'évaluation quantitative devrait
toujours aller de pair avec, voire être
subordonné au souci d'aider les jeunes
à grandir, à construire leur
personnalité en devenir, de les aider
à mieux se comprendre, eux-mêmes, les
autres et le monde où ils sont
appelés à prendre leur place. Car les
élèves sont aussi des adolescents qui
ont besoin d'adultes à leurs
côtés , des adultes assurés en
eux-mêmes , c'est-à-dire ne craignant
pas d'assumer leurs responsabilités
auprès de la jeune
génération.
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Voilà
bien là la différence
essentielle : l'établissement
scolaire n'est pas une entreprise
visant une meilleure productivité
et dont les hommes ne sont que des moyens,
mais une institution au service des jeunes
générations, de leur
instruction et de leur éducation .
A côté de la famille, elle
est un lieu et une structure complexe
à qui il revient d'instituer
l'humain , c'est-à-dire de le
mettre debout, de permettre son
dépassement de l'état de
nature pour qu'il s'inscrive dans la
culture (Voir la fin du roman de F.
Mauriac : Le sagouin ) . Aussi la
génération des
aînés a-t-elle une fonction
de transmission culturelle auprès
des jeunes générations; elle
a pour mission d'élever les enfants
et les adolescents , de les aider à
se civiliser en même temps que de
les protéger
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inl( Voir H.
Arendt, La crise de la culture, folio essais, 1989)
; l'éducation est en effet au service de
l'uvre de civilisation et nous avons à
la reprendre assablement à chaque
génération pour que
l'animalité ne l'emporte pas, pour que le
monde ne s'enfonce pas davantage dans la barbarie.
C'est une uvre qui exige du temps, ce que
malheureusement nous refusons trop souvent de
prendre en compte, de même que nous ne
prenons pas assez en considération l'infinie
diversité des élèves , de leur
rythme et de leurs talents. Non, - même si
les réflexions actuelles sur le management
et l'introduction de l'éthique dans
l'entreprise peuvent donner à penser aux
chefs d'établissement d'aujourd'hui et de
demain - on ne peut pas manager un collège
ou un lycée comme une entreprise, parce que
leur public, leurs champs d'intervention et surtout
leur finalité diffèrent
radicalement.[...]
Nous sommes loin de
l'entreprise et du management des affaires et des
hommes , car si la nouvelle pratique du
coaching
est centrée sur la personne et le
développement de sa performance , si elle
est un accompagnement personnalisé qui vise
à favoriser l'autonomie, la
responsabilité et la mobilisation de toutes
les ressources des collaborateurs du manager ( D.
Noyé, Coacher vos collaborateurs , Insep
Consulting, 2002), je rappelle encore une fois
qu'elle recherche une meilleure
productivité.Loin de moi l'idée de
vouloir diaboliser le monde de l'entreprise, il a
sa logique, sa cohérence et sa
nécessité au service du
développement économique de notre
pays ; de plus il donne des idées utiles au
monde de l'éducation ! Mais sachons
différencier les deux univers !
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Nous avons
appris - heureusement ! - et
grâce au modèle de
l'entreprise, à nous fixer des
objectifs pédagogiques,
à inventer des méthodes et
des techniques appropriées,
à rechercher et à trouver
des moyens qui permettent aux
élèves, aux enseignants ,
à l'équipe administrative de
travailler dans de meilleures conditions,
c'est-à-dire avec plus de
cohérence . Mais nous en restons
trop souvent à ce modèle
techniciste et rationnel qui
privilégie le résultat
immédiat, le rendement et
l'efficacité ; la cohérence
intellectuelle est satisfaite, certes,
mais l'humain et le désir qui
l'habite sont étrangement
absents. Que se passe-t-il alors
quand des élèves ne peuvent
atteindre les objectifs fixés ?
Comment nous comportons-nous alors
à leur égard
?
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