-Une
étude
sur le différentiel des représentations
du travail,
de la
loi et
de la
parole
chez des jeunes (16-25 ans, sortis du
système scolaire, sans qualification, en
difficulté d'insertion sociale et
professionnelle) et chez des
patrons susceptibles de les
embaucher. -Une
proposition de dispositif (
mis au
point depuis à
la
M.J.C. Schweitzer de Reims )
ayant
pour objectif de réduire l'écart
entre les comportements mis en oeuvre par les
jeunes et les exigences des
employeurs. Etude
des représentations de la
loi Etude
des représentations de la
parole Dans ce
chapitre, sont regroupées les
représentations sur le travail,
c'est-à-dire - les représentations
que les jeunes ont du travail, et - comment les
chefs d'entreprise se représentent les
jeunes au travail et ce qu'ils attendent
d'eux. DES
JEUNES DES CHEFS
D'ENTREPRISE Pour
certains jeunes, le travail c'est de
l'argent " ... ben ... pour
gagner ma vie déjà ... un p'tit peu
l'argent..." " ... qu'est-ce qui
va ramasser comme sous le patron, y juge au niveau
du travail... " "...si j'allais au
boulot, c'était rien que pour
l'argent..." "...je suis
d'accord si y me paye des heures sup, si je
travaille plus, je lui demande qui me
paye..." "... un patron, si
y prend des ouvriers, c'est pour les occuper un
peu..." "... je voudrais
m'occuper un p'tit peu aussi, pas rester tout le
temps à la maison..." " ... c'est pour
remplacer les gens en vacances..." "...une
phrase de mon père, je me souviens ... le
boulot y faut le voler, y faut le regarder et
observer les autres pour qu'après y z'en
aient marre et y te disent vas-y, fais
le... "...travailler,
c'est pour avoir des expériences, c'est pour
mieux connaître le travail qu'on fait, mieux
savoir le métier qu'on veut
faire" ... j'suis
pas un bourricot, j'ai des trucs dans la
tête, je pense à travailler propre et
intelligent, à me servir de ma
tête.." "...j'suis pas un
robot, une machine.." "... faut
être propre, être soigneux aussi, pas
salir la moquette si des fois on change pas la
moquette...faut pas être sale.." "...faut pas
répondre n'importe quoi, par exemple, quand
les clients y rentrent, y en a qui disent ouais,
bonjour ... allez ! Ca se fait pas ça
!..." "... il fallait
nettoyer les caves qui ont pris feu, y fallait les
nettoyer ... je voulais pas des fois... c
'était pas mon métier. Y avait des
gardiens qui pouvaient faire ça aussi quand
même !" ".. le
ménage, je le ferais pas quoi! Ya les femmes
de ménage. Admettons, si le patron y me
demande de balayer, je le ferais pas quoi, à
part si je casse quelque chose..." "...y m'expliquait
pas. Si c'était pas bien, y disait, bon !
t'arrêtes maintenant, tu nous regardes et
c'est tout ! ... " "...on me faisait
faire les vacheries, arracher la moquette, le
patron y me donnait du travail qui
m'intéressait pas..." "... je suis
partie, y me prenaient la tête, y m'ont mis
à la réserve, à
déballer les cartons ... des trucs pas
intéressants." "...quand on va en
entreprise, le patron y va te montrer, ouais, tu
fais ci, tu fais ça..." "...il faut bien
faire les consignes, ranger les rayons, chaque
chose à sa place, étiqueter, c'est
qu'est-ce qui veut le patron.. "... c'est pas
pareil, avec les enfants on joue.." "...des fois au
boulot, on pense à rigoler, à fumer
une clop, boire une petite bière, j'ai
toujours travaillé avec des portugais. J'ai
appris quelques mots-on rigole avec des mots,
cocu... et..des fois, avec le vieux, mon premier
patron, on a mis quatre jours pour faire un mur.
Normalement ça se fait en une
demi-journée, mais là on a bien
rigolé, quoi, c'était bien
" " ... y a
des trucs, quand même y sont faciles comme
peintre en bâtiment, la peinture, c'est
facile, y faut préparer la
pièce...". "...si je trouve un
travail vers les enfants, je dis que c'est facile
parce que je connais, pas de problème,
même en ménage, je dis que c'est
facile..." "...ben ... faut
prendre le courage à deux mains pour aller
travailler... on ma dit de faire vite et
d'être fort..." "... faut qu'on se
découpe en plusieurs morceaux pour faire
tout en même temps.." On trouve
parfois un autre discours qui fait appel à
la notion d'autonomie : " ... être
conscient dans son boulot, capable de travailler
tout seul ... faut pas quelqu'un qui soit
derrière soi-même. Admettons, un
ouvrier qui travaille, faut pas quelqu'un
derrière lui quoi.. je dois savoir ce que
j'ai à faire sans qu'on me dise, faut que je
me débrouille..." On peut
constater par l'ensemble de ces différents
exemples que les représentations du travail
des jeunes sont essentiellement liées
à la centration sur
eux-mêmes. lls
jugent leur rythme de travail insuffisant
"..Je ne peux pas
me permettre de prendre un jeune qui se
traîne... " " ... il doit
pouvoir adopter un rythme
accéléré en cas de coup de
bourre et déjà le comprendre serait
une bonne chose... " " ... le
problème qui se pose, c'est que quand elle
travaille avec mon autre employée, elle est
capable de suivre le rythme, mais si on la laisse
toute seule, elle revient à son propre
rythme..." "...il est trop
timide, il attend le travail qu'on lui
donne..." "...les mains dans
les poches, les bras croisés, ils restent
dans l'attente... il n'est pas méchant comme
gars, mais si je lui dis pas 10 fois par jour de
retirer les mains de ses poches, il les y garderait
constamment..." " ... d'un jour
à l'autre, il faut répéter les
mêmes choses. On a l'impression qu'ils
retiennent pas ce qu'on leur dit alors qu'on fait
tous les jours la même chose... ils n'ont pas
d'enthousiasme..." " ... je souhaite
rencontrer lesjeunes avant de les accepter en
stage. J'évalue leur
motivation..." "On n'a pas
l'impression que ça les
intéresse..." " ... j'ai
l'impression qu'il ne serait pas de bon ton de lui
demander de rester un peu plus
longtemps..." ". ... quand il y a
grève des bus, vous ne les voyez
plus..." "...ils ne voient
pas à long terme. On les sent
présents parce qu'ils y sont obligés.
Ils n'ont pas le sens de
l'investissement..." "...ils ne se
sentent pas concernés par l'entreprise, ils
n'ont pas le respect du matériel. J'ai
entendu des réflexions : on s'en fout, c'est
pas à nous.. " "...elle donne
l'impression de venir pour passer le temps beaucoup
plus que pour apprendre un
métier..." " ... l'origine de
ses difficultés relève plus d'un
manque de motivation et d'intérêt, de
curiosité pour ce qui l'entoure. Jamais,
elle ne s'est intéressée aux
machines... " " ... ils ne sont
pas sérieux, on les trouve en train de
s'amuser, de virer les papiers des
poubelles..." "...il faut qu'il
puisse être rapidement autonome, qu'on n'ait
pas besoin de l'accompagner constamment...
" "...il est bien
gentil, mais il ne prend jamais d'initiative. Par
exemple, à l'arrivée de plusieurs
chariots de palettes, il va aider à
décharger le premier avec une personne et si
cette personne le quitte, il ne va pas commencer
à décharger le deuxième
même si le premier est
terminé..." " ... ils n'ont pas
d'initiative, ils ne voient pas ce qu'il faut
faire..." Ces
différents exemples montrent que les
représentations portent essentiellement sur
une demande d'engagement réelle au
travail. On retrouve un
point commun entre les représentations des
jeunes et des chefs d'entreprise sur l'autonomie.
Cependant elle reste une demande de la part de ces
derniers, ce qui laisse penser que ce qui est dit
par certains jeunes sur l'autonomie relève
d'un discours entendu, appris mais non
intégré.
il fallait / je
voulais pas / il faut pas/ je ferais pas /
je dois / fais ci, fais ça/ prendre la
tête / se découper en
morceaux argent /
m'occuper / ma vie/ vacances/ bourricot /
robot / machine/ vacheries/ on joue / on
rigole bien /c'est facile/ je
connais débrouille
/ conscient / capable / soi-même/
seul suivre/
comprendre/ rester/ rapidement
autonome /motivation/ intérêt/
curiosité / sérieux
/long terme/ investissement /
enthousiasme
Cette forme de présentation fait ressortir de manière nette les différences de représentations. Les unes relèvent principalement de la centration sur soi et comportent un caractère contraignant, les autres correspondent à une demande d'engagement et d'investissement authentiques.
|
|
|