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Dans son intention,
louable et nécessaire de lutte contre les
dérives sectaires, il est fort à
craindre que le dernier rapport de la Miviludes
trouble plus qu'il n'éclaire le public et le
législateur sur la réalité de
la psychothérapie en France. En effet, dans
un amalgame regrettable qui trouble le jugement de
ses lecteurs, on peut lire en première page
d'un journal national:
<<Psychothérapies et sectes: attention
danger!>>. Or, l'une et l'autre sont par
définition opposées: la
psychothérapie développe l'autonomie
et le sens de la responsabilité, là
où les sectes visent à son
aliénation. Aussi, en ce moment
décisif pour l'avenir d'une profession, nous
voudrions apporter ici une juste clarté sur
ce qui est en cause. Dans le projet de loi sur
l'hôpital (HPSl). actuellement en
débat au Sénat, le législateur
a intégré de façon
précipitée un article concernant
l'usage du titre de
«psychothérapeute». Ce texte
méconnaît l'entière
spécificité et la
fécondité des apports de la
psychothérapie, notamment celle du courant
humaniste.
La volonté
explicite et légitime de protéger les
usagers ne tient pas compte des règles
rigoureuses de fonctionnement, de recrutement et de
formation -incluant la psychopathologie- que,
depuis trente ans, les organisations
professionnelles se sont données.
Règles professionnelles et
déontologiques qui sont aussi celles de
l'Association européenne de
psycho-thérapie (EAP) regroupant 120000
psychothérapeutes qualifiés de 41
pays.
Malgré les
réactions de psychiatres, psychologues
cliniciens, universitaires, et celles des
praticiens certifiés, la loi proposée
persiste à vouloir faire de la
psychopathologie clinique le critère
principal du droit d'exercer. Cette
méconnaissance de la réalité
de la profession aurait comme conséquence
d'éloigner de ce métier les personnes
qu'un parcours professionnel prédispose
particulièrement à son exercice. En
effet,
la majorité
de celles et ceux qui s'adressent aux instituts de
formation à la psychothérapie ne sont
pas des étudiants nouvellement sortis d'un
cursus universitaire de psychologie, mais des
professionnels entre 35 et 50 ans, exerçant
des métiers de relation d'aide sociale,
sanitaire, éducative et autres. Les
empêcher d'accéder au choix logique
d'un tel «nouveau métier, constituerait
une vraie régression culturelle et sociale.
Paradoxalement, si la loi entrait en vigueur, les 4
mil-lions d'usagers français
vulnérables (8% de la population adulte)
ayant recours à une psychothérapie,
se trouveraient en danger d'être
éventuellement confiés -sous couvert
de l'Etat- à des personnes inexpertes! Cela
dans la mesure où la loi prévoit
d'accorder le titre de
»psychothérapeute» à des
professionnels, certes compétents dans leurs
domaines, mais non formés à cette
spécialité (en effet, les
psychologues et les médecins ne sont pas
formés à la psychothérapie ni
à la psychanalyse, à
l'université publique).
De plus, mettant
«hors la loi» des milliers de
psycho-thérapeutes formés (à
un niveau bac + 7), elle créerait un no
man's land où pourraient s'infiltrer plus
facile-ment encore les charlatans, faux
psychothérapeutes autoproclamés, sans
formation, ainsi que des groupes sectaires aux noms
prometteurs...
Ajoutons que le
clivage établi entre les psychanalystes
qu'elle intronise et les psychothérapeutes
qu'elle exclut, rend ce texte de loi
professionnellement et éthiquement
inacceptable (les uns comme les autres étant
formés dans des instituts privés,
selon des critères très
proches).
Nous
témoignons ici que beaucoup de ceux auxquels
la loi accorderait, après simple inscription
sur une liste préfectorale, le libre usage
du titre -médecins, psychologues et nombreux
psychiatres- ont acquis leur compétence de
psychothérapeute dans les écoles et
instituts de formation que la loi
ignore...
Sauf à
fondamentalement l'amender, nous demandons la
suppression du texte actuel et l'élaboration
d'un nouveau texte qui pourrait s'inscrire avec
plus de pertinence dans le cadre de la loi sur la
santé men-tale en préparation,
plutôt que dans une loi sur l'hôpital,
cela d'autant plus que 90% des
psychothérapies ne sont pas
pratiquées au sein de structures
hospitalières; mais à l'initiative
directe des usagers.
Nicole
Attali, psychologue clinicienne,
psychothérapeute, cofondatrice de la Sigmund
Freud University,
Marie-Françoise
Bonicel,
maître de conférence en
psychologie sociale, psychologue clinicienne,
psychothérapeute,
Bruno
Dal-Palu, psychologue, docteur en psychanalyse,
président de Psy en mouvement,
psychothérapeute,
Cyrille
Cahen,
neuropsychiatre, psychothérapeute,
Pierre
Canouï, psychiatre, pédopsychiatre,
psychothérapeute,
Isabelle
Crespelle, psychologue clinicienne,
présidente de la Commission
européenne des méthodes de
psychothérapie,
Boris
Cyrulnik,
psychiatre, psychothérapeute, chercheur,
professeur à l'université de Toulon,
Alain Gelourme, docteur en psychologie,
psychothérapeute,
Mony
Elkaïm,
président de l'Association européenne
de psychothérapie,
Alain
Delourme, docteur en psychologie,
psychothérapeute,
Isabelle
Filliozat, psychologue,
psychothérapeute,
Charles
Gelman, neuropsychiatre,
psychothérapeute,
Serge
Ginger,
psychologue clinicien, psychothérapeute,
président de la Commission européenne
d'accréditation des instituts de formation
à la psychothérapie,
Edmond Marc,
psychologue, professeur émérite des
universités (Paris-X),
psychothérapeute,
Michel
Meignant, médecin,
psychothérapeute, président de la
Fédération française de
psychothérapie et psychanalyse,
représentant de l'Association
européenne de psychothérapie au
Conseil de l'Europe,
Max
Pagès,
professeur émérite des
universités, psychologue,
psychothérapeute,
Willy
Szafran, professeur émérite
à l'université de Bruxelles,
Lucien
Tenenbaum, ancien chef de service des
hôpitaux psychiatriques,
psychothérapeute.
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