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L'objet "
poupée russe "
utilisé en thérapie d'enfant permet
de représenter au patient un moment
d'insécurité vécue, en le
figurant de façon reconnaissable (une petite
représentation humaine) et en favorisant
l'appropriation par identification (" cette
poupée c'est moi ") : le petit patient
dépasse ainsi la " période de crise "
en conservant tous les bénéfices ("
la nouvelle personne que je suis, plus
complète que la précédente
mais toujours fidèle à
moi-même ").
Ainsi
représentée, l'émotion
liée à l'expérience difficile
est appréhendée, reconnue et
acceptée. L'objet " poupée russe "
par sa composition même, permet des allers et
retours dans le temps (aller rechercher la petite
poupée au cur de l'individu) qui
rassurent l'enfant sur la permanence de ce qu'il
est (" je porte en moi toutes mes poupées
russes ") et lui permettent de manipuler (toucher
concrètement) ce qu'il va devenir (la plus
grande poupée russe).
La relation entre professeur
et élève peut, elle aussi, s'appuyer
sur les " poupées russes " pour surmonter
l'angoisse due à la situation de
construction des connaissances.
La genèse
de la vie émotionnelle
Le tout petit enfant,
prisonnier d'un corps qu'il ne maîtrise pas,
est envahi de sensations intenses et surprenantes.
Le bébé, amoureux de
l'homéostasie (équilibre
intérieur rassurant) voit son fragile
équilibre se rompre à tout moment
(faim impérieuse, froid, bruit soudain,
etc.) et ne trouve pas de moyen pour
rétablir l'harmonie. Il appelle alors
à l'aide, crie, gesticule et parfois tombe
malade. Autant de signaux émis par le petit
d'homme (éminemment sociable) vers ses
aînés (potentiellement
secourables).
L'adulte, ainsi
sollicité, perçoit intuitivement le
sens caché du signal (il doit avoir faim)
mais opère un tour de magie fascinant : il
parle d'émotion ! Père ou mère
abordent le berceau avec des mots de bonheur (" tu
es content ! ") ou de tristesse (" tu es
malheureux ? ") et posent sur le comportement
de l'enfant une signification humaine structurante
qui voudrait dire :
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" Je
comprends ce que tu me dis parce que j'ai
le code universel " l'émotion ",
qui me permet de comprendre le
désagrément causé par
le froid même quand je n'ai pas
froid en même temps que toi !
"
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Ainsi enveloppé par le
" sens " l'enfant, rassuré, s'en remet
à l'adulte qui contient le
débordement sensoriel éprouvé.
Les deux protagonistes ouvrent là un
échange qui durera toute la vie et
s'enrichira chaque jour davantage. L'enfant, devenu
grand, dispose alors d'une importante
bibliothèque d'émotions et peut,
à son tour, décoder les sensations de
son propre enfant pour le faire entrer lui aussi
dans le monde de " l'émotion parlée
".
La sensation, revêtue
d'un " habit symbolique " (le sens que l'adulte lui
donne) devient une entité à elle
seule, un objet communiquant, une portion de
l'histoire émotionnelle de l'enfant, sa
première petite poupée russe !
D'autres poupées, plus complexes, plus
grandes, viendront envelopper la petite qui restera
pourtant toujours au cur de
l'individu.
Le modèle
de la thérapie
Lorsque l'enfant, devenu
grand ou pas, se retrouve submergé par des
sensations démobilisatrices (douleur,
angoisse
), il ne trouve pas toujours, seul,
le chemin qui le raccorde à ses
émotions. Ainsi privée de sens, la
sensation devient intolérable !
L'accompagnement humain, la présence active
et bienveillante d'un individu conscient de la
tâche qu'il accomplit (le thérapeute
par exemple), permettent de rejouer la scène
première :
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" Je
comprends ce que tu ressens ; essaye
toi-même de te souvenir de
l'émotion qui t'anime,
derrière la douleur (l'angoisse,
l'inconfort, etc.), et rejoins moi au pays
de " l'émotion parlée : va
rechercher la " poupée russe " qui
a un jour rencontré cette
émotion et retrouve ce qu'elle t'a
enseigné"
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De façon plus
générale, la thérapie
basée sur les " poupées
russes " permet au jeune patient de
voyager dans le temps (le sien et celui de
la thérapie) : en anticipant ("
plus tard je serai, je ne serai
pas
") ou en
régressant (" avant,
j'étais, je n'étais
pas
").
L'intérêt
majeur de ce dispositif réside dans
les " transitions " c'est-à-dire
dans la manipulation qui est faite du
passage d'une poupée à
l'autre
le phénomène
de maturation en sorte !
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La situation
d'apprentissage comme modèle de
déséquilibre
Lorsqu'il apprend, où
plutôt lorsqu'il consent à apprendre,
l'enfant s'expose à une
insécurité importante : celle de la
remise en question permanente. En effet, loin de se
compléter harmonieusement au fil du temps,
les différents niveaux d'apprentissage
s'entrechoquent, s'opposent et se défient
parfois.
Ainsi, l'apprentissage de la
marche n'est-il pas, pour l'enfant de 12 mois, la
pénible conscientisation que la position
à quatre pattes (si durement acquise) n'est
pas une fin en soi et qu'il faut renoncer à
tous les savants ajustements posturaux propres au "
4 pattes " pour se lancer dans l'équilibre
incertain de la position verticale ?
Peut-être l'oublie-t-on trop souvent mais il
faut une belle dose de positivisme et de confiance
pour se dire, à un moment pareil, "
allez ! tout ce travail n'a servi qu'à
m'en donner encore davantage, je croyais avoir
vaincu mon immobilité de bébé
et voilà que je réalise qu'il me faut
découvrir encore autre chose
"
Il semble que l'apprentissage
(scolaire et autre) comporte, lui aussi, son lot de
désillusions et que le beau rêve de
réussite ne soit en fait que
perpétuellement repoussé à un
temps futur.
Cette difficulté, pour
l'enfant, à saisir " l'objet apprentissage "
(ce qu'il a effectivement et concrètement
appris et qui désormais l'enrichi)
s'illustre alors parfois par un sentiment
d'insuffisance (" je n'y arriverai pas
") où d'annulation des
compétences (" je n'ai rien
compris ").
Dans bon nombre de
situations, l'angoisse provoquée par le
changement (rupture de l'homéostasie) est
l'élément le plus difficile à
surmonter que l'apprentissage en lui-même (en
tant qu'intégration de données
nouvelles).
L'émotion
envahit, la confiance s'évanouit,
l'apprentissage résiste
Les
poupées russes et la construction des
connaissances
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Le
modèle didactique de la
construction des connaissances
(voir article " la
transmission des
connaissances
" et schéma ci-contre )
décrit différents
modèles (par progression
régulière, par
progression par paliers, par
progression avec
déconstruction
préalable).
La
poupée russe peut alors
servir d'enveloppe
à ce moment de " conflit +
régression ", servant
de passage entre la
conception initiale (état
de départ, que l'enfant
connaît) et la nouvelle
conception (état
désiré par le
professeur mais inconnu pour
l'enfant ).
La
poupée russe contient
ainsi la dose d'angoisse
suscitée par le changement
en une forme figurative qui
permet à l'enfant de
garder le lien humain entre
:
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ce que je
suis ce
que je suis " entrain d'apprendre
" ce
que je vais être
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La " poupée "
a ceci d'avantageux qu'elle peut
être touchée,
manipulée, regardée et
décortiquée par l'enfant qui
possède alors pleinement son
apprentissage et éprouve enfin
l'agréable sensation de "
maîtrise ".
L'accompagnement de
l'enfant en situation d'apprentissage
passe donc par la gestion de ses
émotions. Mais qui gère quoi
? Est-ce à l'accompagnant
d'absorber les émotions de l'enfant
? à l'enfant de tout contenir ? ou
au contraire de tout déverser sur
l'adulte ?
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La poupée russe vient
aussi faire tiers dans ce délicat
dialogue entre l'adulte et l'enfant, permettant de
créer un " espace autre " au sein duquel il
s'agit de traiter " l'émotion parlée
" c'est-à-dire de s'intéresser aux
mots qui vont décrire les émotions de
chacun : ce que j'envoie, ce que je reçois,
ce que je comprends, ce que je pense que l'autre
veut émettre, ce que je me refuse à
recevoir, etc. soit l'ensemble des intentions et
suppositions qui peuvent naître de la
rencontre de deux
individus.
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L'enfant
redevient alors acteur,
propriétaire de ses
sensations et de ses
émotions, à
distance de la terrible relation
de dépendance et tout
près du respect de la
rencontre, la vraie, celle entre
deux humains désireux de
laisser l'autre " en mouvement ".
L'enfant est à nouveau
vivant de cette dynamique de
changement qu'est la croissance
(de la petite poupée
à la moyenne puis à
la grande) mais aussi de
l'apprentissage comme
enrichissement
perpétuel.
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Nathalie COLOMBELLE,
psychologue,
61 rue des
Noës, 10300 Sainte-Savine
tél/fax :
03-25-46-78-39
nathalie.colombelle@yahoo.fr
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