Lintégration
des conflits Le conflit est
inhérent à la relation. Ne pas
ladmettre comme constitutif de la relation,
cest avoir une représentation «
angélique » et naïve des relations
humaines et professionnelles. La plupart des
personnes redoutent les conflits. Elles pensent
quil suffit de la seule bonne volonté
et dune communication transparente pour
éviter les phénomènes
conflictuels. Dautres pensent que les agents
de linstitution défendent des valeurs
qui transcendent les personnes ; même si un
instituteur maltraite un élève, il
convient de préserver lagent de
linstitution parce que les valeurs qui sont
présupposées, et les normes
appliquées sont plus importantes que les
sujets, fussent-ils défaillants. Dans ces
conditions, les institutions font violence aux
personnes, parce que les valeurs et les normes sont
« sacrées. » Avec le
désenchantement de la société,
avec le déclin des institutions, le conflit
donne forme à lorganisation. A
condition quon ne craigne pas son expression.
Les conflits ne se « gèrent » pas,
comme on lentend dire parfois par
métaphore économique, et par
tradition managériale. Les conflits
concernent des femmes et des hommes et il ny
a pas de traitement « économique »
du conflit. Les conflits sintègrent
à la relation, ils sont inhérents,
voire fondateurs de la
relation.
Sils sont intégrés, les
conflits ne détruisent pas les
relations. Intégrer
les conflits, cest dabord
reconnaître quils ont une place «
intégrale », entière :
« un bon partenariat est un bon adversariat
» prétend Jacques Ardoino. Il a raison.
Penser que les relations humaines sont
marquées par la bonté, la bonne
volonté, le désir de
coopération, voire le désir
dune société, harmonieuse est
au mieux une illusion, au pire, une
méconnaissance de la réalité.
A lopposé, penser que «
lenfer, cest les autres » et que
toute tentative de mise en relation entre humains
révèle un drame de
lincommunicabilité est une croyance de
misanthrope. Intégrer
les conflits à la relation,
cest retrouver le cadre humain dans
lequel jouent les personnalités,
les stratégies dacteurs, les
phénomènes affectifs, bref
de prendre en considération la
complexité, lincertain et
lopacité. Pour
linspecteur qui se veut médiateur,
sil y a des satisfactions lorsque le lien est
restauré, lorsque les adversaires sont
conciliés, voire réconciliés,
il y a également des déceptions,
lorsque les adversaires trouvent (inconsciemment le
plus souvent) un intérêt et un
équilibre à cultiver la violence dans
le conflit, et sa répétition. Quoi
quil en soit, un principe fort de la
médiation, cest celui du «
reliquat non résolu. » Linspecteur,
médiateur, peut espérer
intégrer les conflits à la relation,
sans vouloir résoudre entièrement les
problèmes des personnalités et des
collectifs ; il reste un fond conflictuel
quun inspecteur, dans le cadre de la
professionnalité, ne peut prétendre
supprimer : «
On ne doit jamais se fixer pour but de
résoudre totalement et
définitivement un problème,
on doit se borner à tenter de
laméliorer ou de
latténuer.
Violence et
agressivité La violence est
liée au conflit. La violence fait partie de
la vie. La violence est
parfois sans auteur humain : est violent le
tremblement de terre, la tempête, la maladie,
la mort par accident. Est violent, mais dans une
moindre mesure, la suspicion, le défaut
dorganisation, le retard, lironie, le
jugement, le conseil. La violence, cest en
quelque sorte la déconstruction du sens des
actes posés par un sujet, du sens quil
donne à sa vie. Et comme lhumain est
« être de sens », il transforme la
violence insensée, en agressivité,
une forme de violence qui a trouvé un
objet. Parce
que la souffrance qui résulte de la violence
déconstruit le sens de la vie, de
lécole, les personnes
confrontées à cette souffrance
cherchent un objet responsable de la violence qui
lui est faite : au
tremblement de terre qui fait violence,
succède lagressivité contre les
responsables politiques, les architectes, la
violence de la maladie se transforme en
agressivité contre le médecin, le
malade lui-même qui na pas pris les
précautions nécessaires.
Laccident dans les escaliers est le fait de
la maîtresse ; labsence de motivation
au travail est de la responsabilité des
parents « qui auraient
démissionné. » Le conflit serait
un processus « violent » parce que le
sens est déconstruit dès lors que le
conflit oppose des valeurs à dautres
valeurs, des opinions à dautres
opinions, dans le surgissement des faits insus et
imprévus. On nattend pas que des
enfants souffrent, voilà la violence, mais
elle se transforme en agressivité quand la
violence sexplique par la
responsabilité de leurs auteurs. On
nattend pas quune enseignante frappe
des enfants, comme on nattend pas que des
enfants se bousculent dans les escaliers,
quun parent insulte et menace un enseignant
dans sa classe. Lenseignant, le
parent, lélève, agressés
ou agressifs, devient « autre » de
ce qui était prévu quil fasse
et quil soit. On attend du
maître quil éduque. Quand il
frappe, il est « autre.» Du
parent, on attend quil se conforme aux
règles de civilité, comme
lélève aux règles de
sécurité. Et pourtant, ils deviennent
étranges,
étrangers à leur image, « autres
» et
aliénant,
dans ces circonstances. Cet «
autre » effraie, car il nest pas
conforme à limage qui sest
construite. Mme Mérignac apparaît
comme « une sorcière » ; M. Duzon
comme le personnage dune scène
irréelle, une scène de « mauvais
film, dun cauchemar ou dun cirque.
» (voir
exemple) Lautre
est étrange et inquiétant, il rend
« fou », il est
aliénant. Lautre
est également en soi : lenseignant
qui frappe na pas la volonté de
frapper, de même que le parent agit sous le
coup de lémotion, quand il insulte et
menace, de même pour
lélève qui sait que, pour sa
sécurité et celle de ses camarades,
il doit avancer prudemment, en rang et
éviter les bousculades. Lautre
en soi est également détesté
par soi. Cest sans
doute la raison qui fait que, pour
léviter, ne pas le voir,
on
a tendance à projeter lautre en
soi sur les autres.
On a tendance à ne pas le reconnaître
comme une part de soi dans les actions qui lui sont
imputées. On peut imaginer que, si Mme
Mérignac sest trouvée surprise
par la bousculade, surprise et inquiète, sa
réaction, augmentée de
lénergie de lémotion,
aurait pu être de frapper les deux
élèves, sans quelle lait
voulu. On peut aussi comprendre que
linstitutrice ne puisse reconnaître ce
qua fait cette autre en elle qui
aurait frappé Christophe et
Maxime.(voir
exemple) Pourtant
les conflits sont sources
dapprentissage, quand ils sont mis
à distance des émotions,
lorsquils sont
intégrés à la
relation. Cependant, comme il est plus
facile de projeter sur les autres, et les
agresser, ne serait-ce que pour
reconstruire du sens, il faut aux conflits
des tiers qui se posent en
médiateurs. Des tiers qui viennent
se placer « entre » les
protagonistes, pour séparer, pour
interdire la violence et pour dire entre
les personnes. La
médiation Lhomme
est continuellement en quête
dun savoir sur les objets de son
expérience ; il cherche à en
comprendre le sens et à
réagir conformément à
la compréhension quil a
acquise. Don D.
Jackson.- Point de vue sur
lexistentialisme.- in Une logique de
la communication.- Seuil, 1972 Lagressivité,
cette forme de violence qui a trouvé son
objet, sexerce dans sa forme insupportable du
passage à lacte, comme une
décharge dénergie
: frapper, cracher,
insulter, ironiser, juger sont des actes agressifs.
Ce sont ces actes qui sont le propre de la
communication conflictuelle, le conflit
étant un « heurt » un « choc
» relationnel. Le conflit est
lexpression dune pulsion, celle qui
vise à détruire
lautre. Pourtant, le
conflit est relation. Et dans cette relation il y a
un intérêt qui se manifeste pour
lautre, même sil
apparaît étrange et aliénant ;
c'est pourquoi, si lon intègre le
conflit dans la relation, il convient de trouver un
tiers qui en assure la médiation. Dans
une relation conflictuelle, il y a des
choses importantes qui sont
signifiées, mais quon ne peut
entendre tant la violence agressive vise
dabord à faire souffrir
plutôt quà signifier.
La
médiation, notamment par le travail de la
parole, en conflit, est une source de
déviation de la violence vers la
construction du sens. Quand le père de
Christophe surgit dans la classe de Mme
Mérignac, (voir
exemple) quand
il linterpelle, linsulte et la menace,
il veut dire quelque chose que personne ne peut
entendre, et surtout pas lenseignante, parce
que le retentissement émotionnel est trop
important. Le tiers de la relation
est toujours le langage, verbal ou
non-verbal. Imaginons que M.
Duzon demande rendez-vous, rencontre Mme
Mérignac, prévienne toute
agressivité en précisant quil
essaie de comprendre ce qui sest passé
ce jour-là, quil comprenne le malaise
de lenseignante, quil envisage la
dénégation comme un mécanisme
de défense, et quil recherche un lieu
de conciliation pour mettre des mots sur ses
propres affects, dire quil trouve
insupportable les bosses et les marques sur le
visage de son fils, pour dire quil na
pas trouvé que cet événement
pouvait être conforme aux valeurs
éducatives qui sont celles en usage dans
lécole. Sil avait pu
prévenir par des mots ce quil voulait
signifier, en disant quil pouvait comprendre
un moment imprévu de tension, quil ne
voulait pas avoir raison contre une enseignante,
quil ne jugeait pas.
Bref,
sil avait pu modérer sa
réaction, alors le conflit aurait
été intégré à la
relation. Le langage est le
médiateur, comme la
connaissance. Si M. Duzon avait
connu ce quest un mécanisme de
défense, il aurait compris le sens de
la dénégation de la part de
Mme Mérignac. Sil avait connu le
déplacement, il aurait pu comprendre le
sens de la parole accusatrice de son fils. De la
même manière sil avait eu
quelque connaissance des institutions, il aurait
compris combien est importante la position de
linstituteur dans une communication
quil envisage toujours comme
dissymétrique. Sil avait
sollicité la connaissance des
phénomènes relationnels, M. Duzon
aurait échappé aux pièges des
attitudes ordinaires : jugement des actes de
lautre, interprétation abusive,
retentissement émotionnel. Dautres
entrées, dautres paradigmes
explicatifs interviennent en tiers
médiateur, en
modérateur. Le
savoir et la rationalité sont des lieux de
mise à distance qui empêchent le
passage à
lacte.
Bien entendu, la connaissance des
phénomènes relationnels nest
pas donnée. Cest même un domaine
ignoré dans le monde scolaire. Et quand bien
même il serait objet de formation : quand on
est directement impliqué dans un conflit, la
connaissance passe bien après le
retentissement émotionnel. Et lon
connaît dhabiles médiateurs qui
sont des adversaires agressifs dès lors
quils sont impliqués dans un
conflit. Cest
pourquoi, la mise à distance,
lapprentissage et la connaissance,
la construction du sens du conflit sont
assurés par une personne tierce.
Quelquun qui vient se placer entre
les protagonistes, quelquun qui
vient « inter-dire », interdire
notamment les manifestations et les
réactions agressives.
Linspecteur est bien placé
pour assurer le rôle de la personne
tierce, la fonction de la
médiation, même si ce
rôle est nouveau pour lui. Son
statut, la distance que lui confère
son métier, son expérience
de lécoute active sont
susceptibles de fonder la
médiation. La loi et la
médiation Nous sommes tous
les sujets de la loi. Même si elle est
violente, elle dit la nature du lien social qui
relie chacun dentre nous. Cest ce en
quoi la violence de la loi est une violence
légitime. La loi est toujours
présente dans la relation : elle est latente
et limite la relation dans le cadre professionnel,
elle se manifeste également dans le code de
civilité. La
loi est langage
: langage verbal ou non-verbal. La loi est une
institution et la loi fait autorité. Les
rituels, la politesse constituent des
manières dentrer en relation qui sont
convenues, à condition quon en
connaisse les usages. Formuler une injonction en
utilisant une interrogative : « Voulez-vous,
je vous prie, me prêter votre stylo ? »
a plus deffet que la formulation dun
ordre : « Passez-moi ça tout de suite !
» Encore faut-il que les codes soient connus
pour être efficients. (voir "Le
rapport à la
Loi") La loi est langage, texte.
La loi signifie le droit et les devoirs. Elle
prévoit également les
sanctions.
(voir: "Sanction
et Punition") La loi nest
pas un travail de la parole, mais la loi est
discours : « Parler, et à plus forte
raison discourir, ce nest pas communiquer,
comme on le répète trop souvent,
cest assujettir. Toute la langue est une
rection
généralisée.(Roland
Barthes.- Leçon inaugurale de la chaire de
sémiologie littéraire du
collège de France, prononcé le
7janvier 1977.- Seuil, 1978) La loi sexerce en
référence au passé
: La loi vise
à rétablir un ordre social qui a
été mis en désordre. Pour que
lordre soit rétabli, lexercice
de la loi a besoin que les faits soient
établis dans leur véracité. Il
convient de dire à la lumière du
discours du texte ce qui fonde la transgression,
les circonstances et les auteurs. Pour que la loi
soit reconnue et juste, il convient que les
coupables soient identifiés, que les
circonstances soient précisées et
comparées au texte. La jurisprudence vient
éclairer le jugement. Le cadre de la loi
pose des relations nécessairement
dissymétriques : le juge possède par
statut lautorité de dire et faire
appliquer la loi. Il est le représentant de
la loi, il en est une figure. Le juge est à
la fois un expert et un acteur : son analyse des
faits le conduit à dire ce qui doit
être fait. Sa parole est un acte de pouvoir :
il condamne ou innocente, il dit qui est
agresseur et qui est victime ; il sanctionne et
contraint à la réparation des actes
de désordre. Comme la loi exerce des
pouvoirs considérables sur les personnes,
ils ont été séparés, le
juge ne fait pas la loi, il lapplique. Et
sil prononce des condamnations, il ne les
exécute pas. On comprend toute la
difficulté de recourir à la loi pour
des conflits nombreux et bénins, qui sont le
lot du monde scolaire. La médiation a un
autre but : elle vise à créer ou
recréer du lien entre les
personnes. Et ce lien est
établi par un travail de la parole. Dans la
médiation, la parole circule entre les
personnes en conflit, de façon à
faire changer la relation. La médiation est
tournée vers lavenir, vers la
(ré)conciliation. Au lieu de comparer les
actes au texte, la médiation sollicite
lexpression des points de vue, elle les fait
observer dans leur convergence mais aussi dans la
divergence. Le médiateur, à la
différence du juge, na pas de pouvoir,
il ne tient pas son autorité par statut,
mais par rôle. Lautorité du
médiateur est précaire, elle est
fondée sur la reconnaissance des acteurs en
présence. Le médiateur ne
représente nul autre que lui-même.
Il ne considère les adversaires ni comme
des agresseurs ou des victimes ; ce sont des
personnes en relation, en relation conflictuelle
agressive ; mais la nature de cette relation peut
être changée en une relation
conflictuelle sans agressivité. Le
travail de la parole en médiation
est un travail dexpression,
délucidation et de
construction : expression des points de
vue, des ressentis, des valeurs et des
croyances, élucidation des
implicites, et construction dun acte
symbolique, dun acte de langage qui
a été construit pour marquer
la sortie du conflit et le changement de
nature de la relation. Alors que le juge
condamne et répare, le
médiateur félicite les
acteurs de la médiation pour ce
travail dexpression,
délucidation et de
réconciliation. <<Est que un
parent d eleve elu peu t il etre un mediateur entre
le les parents d un enfant et le corps
enseignant(directeur se)
maitresse?>>
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