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Prévention/Sanctions
Ce n'est qu'une
histoire! mais...dans nos établissements
nous trouvons des réactions
semblables: -combien
d'élèves ne "voient pas" les
règles de la vie commune? -combien
d'enseignants rajoutent des règlements
supplémentaires à ceux de
l'administration, tout en se plaignant, d'ailleurs,
de la multiplicité des interdits
administratifs? -combien
d'élèves "rusent" avec les lois du
collège ou du lycée? On pourrait
aussi complexifier l'histoire en considérant
un groupe de cyclistes au lieu d'un seul.
-Vont-t-ils
s'arrêter tous à une certaine
distance, les "psychotiques" faisant comme les
autres, retenus par la "cohésion du
groupe"? -Vont-ils
être entraînés par un "leader"
à dépasser le feu? Le groupe va-t il
"se scinder" avec deux attitudes différentes
? Lla question n'est
pas simple, sans compter que ces termes de
perversité, névrose, etc... ne sont
là que pour évoquer des tendances et
que dans une personnalité elles sont
multiples et souvent en conflit! -Qui
représentait la Loi pour nous: notre
père, notre mère, notre frère,
notre oncle...?) -Nous n'avons pas
tous vécu dans les mêmes conditions
culturelles (les rapports à la loi à
notre époque et à celle de nos
parents ne sont pas les mêmes, par
exemple). . Les lois
varient suivant deux axes: l'axe de
l'espace ( les pays), l'axe du
temps (les époques) ce qui en
fait leur relativité; les jeunes
sont très sensibles à cette
disparité et l'évoque pour
les rejeter: << Avec Mr untel c'est
pas pareil, il nous autorise
à...>>, <<Dans
l'école où j'étais,
c'était
différent...>>, <<Mes
parents m'ont dit que de leur
temps...>> Or
toute loi renvoie toujours à une
limite, à quelque chose qui est
permis et quelque chose qui est
interdit. Notre "rapport à
la Loi" c'est notre "rapport aux limites".
C'est
notre histoire, nos expériences qui
induisent notre façon de
réagir devant les
limites. cette
limite, ce "tiers" qui
sépare entre le permis et le
défendu et qui
permet la vie en
société. C'est
ce tiers qui est la
Loi. Le face à
face avec le prof tout-puissant (face aux
élèves impuissants) qui décide
de tout dans la classe: <<La cloche sonne
mais je n'ai pas fini mon cours, vous vous passerez
de récré>><<je vous avais
dit qu'on ferait un devoir sur table aujour d'hui
mais j'ai changé
d'idée..>> Le face à
face avec des élèves
tout-puissants (face au prof impuissant) qui
font ce qu'ils veulent en classe. C'est ce face
à face qui devient meurtrier dans certains
cas. C'est vrai
également entre nations qui n'ont plus comme
recours que de se faire la guerre s'il n'existe pas
une instance internationale arbitre. La Loi
a donc quelque chose à voir avec le
dialogue autrement dit avec la
langue. Quand un enfant
naît, on ne lui demande pas quelle langue
il veut parler, on le plonge de force dans un bain
linguistique qu'il n'a pas choisi, c'est une
violence à laquelle il ne peut que se
soumettre pour acquérir la
possibilité de communiquer avec les autres
humains sinon c'est l'absence de
communication. C'est cette
violence qui va créer un langage "tiers"
entre lui et les autres et permettre la
communication. nous
cherchons des mots pour exprimer et
communiquer ce que nous ressentons. Or
aucun mot ne correspond exactement
à notre sensation personnelle
(puisque les mots sont les mots de tout le
monde) La
communication n'est alors possible qu'en
faisant le deuil d'une "communication
parfaite", d'un collage à
l'autre correspondant exactement à
ce qu'on ressent pour ne pouvoir exprimer
qu'un "à peu prés"
grâce aux mots de tout le monde,
à ce tiers qui appartient à
tous et à personne. Ou alors
c'est l'illusion
fusionnelle: <<on
n'a pas besoin de se parler, on se
comprend>>; C'est
ainsi que certains préfèrent
rester en silence dans un groupe
plutôt que d'être
amenés à ne dire qu'un
"à peu près"de ce qu'ils
pensent ou
ressentent. Mais ce
n'est pas rien à
faire! Et cela
demande du temps! (Voir:
Que faire devant un jeune
violent?) Ainsi tout prof
qui fait advenir un langage (langue
française, langue étrangère,
langue mathématique...) chez des jeunes
travaille à leur faire intégrer la
Loi. L'intégration
de la Loi passe donc par un deuil, celui d'une
toute puissance sans limite, elle passe donc
par l'acceptation de "lois symboles" ou "objets
intermédiaires" représentatifs de la
Loi, par l'acceptation d'une limite qui crée
un "manque" et donc la possibilité d'un
"désir" qui peut enfin advenir. La Loi loin de
"réprimer" fait au contraire advenir "le
désir". C'est parce qu'à l'enfant
on a mis une limite qu'il peut avoir un
désir et ainsi demander un objet, une
trottinette par exemple, qui une fois obtenu sera
insatisfaisant et sera remplacé par une
autre demande celle d'une bicyclette, puis d'une
moto, puis d'une auto toujours laissant la place au
manque et donc à de nouvelles
demandes. Des lois
acceptées donc contractualisées
(c'est-à-dire accompagnées de
paroles) et demandant des sanctions dans le cas
de non-respect pour marquer les limites. La sanction fait
partie de la prévention. On
pourrait enrichir un dicton : "Qui sanctionne le
vol d'un oeuf fait de la prévention du vol
d'un boeuf"! C'est parce que le jeune aura
été sanctionné qu'il apprendra
la limite, ce qui le garantira d'un dérapage
plus grave par la suite. <<La sanction me
semble faire partie de la prévention. J'aime
ce mot « sanction » - de sancire, «
rendre irrévocable » - qui, pour moi,
évoque le sens de la responsabilité
car elle permet d'assumer les actes posés.
La sanction de bonnes études, c'est la
réussite aux examens. La sanction d'un
comportement de transgression, c'est la
nécessité de réparer. Il
est important aujourd'hui de redécouvrir la
dimension éducative de la sanction.>>
("Et
si on parlait de
violence". J.M.Petitclerc.
p.72) Il n'y a
pas d'éducation sans sanction (qui est
différent de la "punition"; voir:
Sanction
et punition).
La
première difficulté de ce rapport
à la Loi est dans
le
risque de confusion entre les lois et la
Loi; la
seule Loi est celle de la langue, de l'expression
qui crée le lien social, qui
empêche le face à face et marque
l'interdit. Mais cette Loi ne peut s'exprimer
qu'à travers des lois, des valeurs, des
principes moraux, des procédures (objets
intermédiaires) qui sont toujours relatifs
et sujets à caution et donc peuvent
être remis en cause. Une autre
difficulté tient au risque
d'appropriation des lois, comme si elles nous
appartenaient, alors qu'elles sont "tiers"
d'où cette nécessité
de la négociation et du
contrat
(d'accompagnement de paroles) qui montre qu'elles
appartiennent aux deux parties. Si quelqu'un ne se
considère plus comme représentant
d'une loi mais comme possesseur de cette loi; il ne
s'y soumet plus lui- même, elle est alors
à son service et non pas, lui, au service de
cette loi. La sanction devient
répression quand celui qui la donne
confisque une loi à son profit. Mais aussi
si un élève ne respecte pas une
règle, ce n'est pas "notre autorité"
qui est atteinte mais la loi; nous pouvons
seulement nous demander comment mieux
défendre cette loi ou si il est
nécessaire de la changer. La
troisième difficulté
résidedans cette exigence de
"défense" de la Loi et de ces
représentations quand elles sont
fondées par le contrat car cette
défense avec ce qu'elle exige de force,
de violence, de constance, nous renvoie
à nous-mêmes et à toutes nos
propres difficultés vis-à-vis de la
Loi. La
sanction demande d'exercer une certaine
violence.
La sanction nous renvoie alors à notre
propre violence (sous divers aspects liés
à la race, au sexe, à
l'économie etc.) et à la
culpabilité qu'on peut en ressentir.
Celle-ci diminue souvent notre capacité
à "sanctionner" l'autre. (C'est aussi le cas
quand nous avons trop de plaisir à exercer
notre violence!) C'est tellement
plus facile de "lâcher", de "compatir", de
"comprendre l'autre ", de "le défendre"., de
se "mettre à sa place", de "l'excuser", de
lui trouver "des circonstances atténuantes"
dans son genre de vie, son entourage etc..Alors que
justement ce dont il a le plus besoin c'est de
notre capacité à "défendre la
Loi" pour faire de la prévention
à son égard Une
stagiaire me disait <<avant je
prenais comme cahier de texte la marque
"Claire fontaine" depuis que j'ai
travaillé mon agressivité en
stage, je peux sanctionner et je prends
comme cahier la marque:"le
conquérant">>! La
quatrième difficulté est le
climat social dans lequel nous vivons (cette
nouvelle polémique sur Mai 68; les "nouveaux
réactionnaires", entre autres...) qui
tend souvent à simplifier les questions et
qui risque de nous laisser penser que nous sommes
"laxistes" ou au contraire que nous sommes
"répressifs" (quitte à passer de l'un
à l'autre!). Alors que souvent la question
est déjà d'entendre le sens qu'a
cette perte de limite pour le jeune et comment ces
limites que nous leur imposons sont souvent une
protection pour eux-mêmes (80% des actes de
délinquances sont commis au détriment
des jeunes). Lui proposer un
cadre (des limites= une struture externe) peut
être une aide pour qu'il retrouve une
structure interne souvent
désorganisée. Rappelons-nous
que tout prof qui fait advenir un langage
(langue française, langue
étrangère, langue
mathématique...) chez des jeunes
travaille à leur faire
intégrer la Loi. De
même tout apprentissage dans une
classe (grâce à des limites
imposées par l'enseignant) de la
parole, de l'écoute de l'autre, du
respect de ses idées est un travail
dans le même sens. Voir:
"Instruire
et/ou
éduquer" <<Bonjour,Vous écrivez : "C'est tellement plus facile de "lâcher", de "compatir", de "comprendre l'autre ", de "le défendre"., de se "mettre à sa place", de "l'excuser", de lui trouver "des circonstances atténuantes" dans son genre de vie, son entourage etc..".Enseignante depuis 15 ans (prof. en L.P., ), je n'ai pas remarqué qu'il soit plus "facile" de comprendre. Une majorité de collègues sont au contraire dans le refus de "comprendre" la violence ou la transgression de l'élève, parce qu'ils considèrent qu'ils n'ont pas à rentrer dans ces considérations subjectives et psychologiques. Ces profs sont en général assez ignorants ou méprisants face à la problèmatique adolescente, et sont dans une logique de sanction permanente. Je trouve cela regrettable, et cela rend ce métier bien pauvre... De mon côté, du fait de mes accointances artistiques, littéraires, et psychanalytiques de longue date, vous pouvez imaginez que j'ai bien des difficultés à me sentir à l'aise dans ce milieu surmoïque de l'enseignement. Où la place du "sujet", et la nécéssité de la parole (mais je n'évoque pas là ici le défoulement en salle des profs, j'ai bien dit "parole"), sont quasiment inexistants, voir déniés. Bref, il me semble au contraire que ce qui est difficile pour les enseignants n'est pas de "sanctionner" - c'est une mécanique souvent trop facile - mais de faire un effort de pensée et de compréhension des choses. La formation IUFM, pourtant valable, ne parle pas des expériences de Jean et Fernand Oury, que j'ai découvertes seule, de par mes lectures, du fait de ma formation analytique suivi au long cours. Personne ou presque n'encourage les "analyses de pratiques", personne à commencer par les proviseurs, qui y voient sans doute un espace de subversion alors qu'il s'agit juste de moments où l'on peut enfin faire "du symbolique avec du réel" et progresser à plusieurs (cf. Olivier Grignon dans "Le corps des larmes", à propos des effets de la parole en analyse). Voilà. J'admets volontiers qu'en tant que femme, mère, analysante, j'ai peut-être une tendance plus marquée à l'empathie et la compréhension des symptômes des élèves. J'ai des difficulté à faire fi du "sujet de l'inconscient" ! Dois-je pour cela quitter la fonction de prof. ? Parfois j'y songe, car je me sens de plus en plus en contradiction avec ce rôle de "gendarme" qu'il nous ait de plus en plus dévolu. Et pourtant je ne pense pas manquer d'"autorité". Certains collègues (et proviseurs) me trouvent souvent "trop gentille"...J'en trouve certains souvent trop sourds et aveugles. Et en définitive j'en ai assez de gérer des groupes (classes), je ne me sens pas douée ni très motivée pour cela. Raz-le-bol de faire des "rapports" (sic!), de faire la grosse voix (du surmoi). Je rentre chez moi épuisée et lassée, avec une impression d'ennui professionnel. Quant à 68, au moment duquel j'avais 5 ans et qui a suscité quelques remous dans mon existence, je pense qu'Alain Didier-Weill (psychanalyste-Ass. Insistance") dit fort justement - selon moi - que c'était une tentative de faire co-exister le "JE" et le "NOUS". Ne soyons donc pas trop manichéen à l'égard de ce moment inouï et singulier, qui a bouleversé positivement bien des "stases" sociétales. Bien sur, il y eu des dérapages et des "errances", dont il serait malsain de nier l'existence. Les enfants de 68 en savent quelque chose, et ceux qui comme moi sont passés sur le divan ne peuvent nier certaines conséquences négatives des "évènements" et leurs suites. Mais rien ne m'exaspère plus quand on impute (de manière simpliste) aux difficultés des profs aujourd'hui la prétendue inflence de 68 : Mon expérience des jeunes montre que les plus transgressifs et violents sont ceux qui ont reçu des éducations soit abandonniques ( désintérêt des adultes pour eux, qui les laissaient livrés à eux-même), soit violentes ou trop sévères (avec dogmatisme religieux souvent), avec pauvreté de nourritures culturelles à la clef (télévision toute-puissante). Bref, les cas les plus durs de mes élèves n'ont pas reçu d'éducation "soixanhuitarde". La question de l'autorité au lycée est fort complexe, et je pense que les solutions résident dans le dévelloppement de temps de paroles libres, temps institués, où les enseignants pourraient davantage échanger sur leur difficultés en classe et se sentir plus forts en traavillant à plusieurs. Or, la plupart veulent passer ces difficultés au secret, de peur de paraitre incapables d'autorité. Les profs sont épuisés. Si j'étais ministre de l'Educ., je réduirais conséquemment le temps de face-à-face pédagogique (d'au moins 1 tiers !), et j'augmenterai le temps de concertations et formations psycho-péda à l'intérieur des établissements. On peut toujours rêver...Bien à vous>> << pourquoi opposer sanction et compréhension, compassion, circonstances atténuantes ? Il me semble que la prise en compte de l'individu dans sa complexité permet une meilleure efficacité de la sanction.>> joëlle 08/06 <<comment la loi peut il intervenir dans la violence? est ce qu'il y ades moments que la loi semble inutile?>>5/06
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