Pour
Jacky Beillerot, fondateur de
l'équipe "Savoirs et
rapport au savoir ParisX" et,
dans le "Dictionnaire
encyclopédique de
l'éducation et de la
formation"
,
le
rapport au savoir peut se
définir comme un "
processus par lequel un sujet,
à partir de savoirs
acquis, produit de nouveaux
savoirs singuliers lui permettant
de penser, de transformer et de
sentir le monde naturel et social
" C'est-à-dire
que le rapport au savoir est avant tout
un processus, jamais
figé, qu'il évolue tout au
long de la vie, à partir de ce que
nous savons ou non et de la façon
dont nous nous situons par rapport
à ces savoirs et au fait même
de savoir ou de ne pas savoir. Ces "
dispositions " nous permettent alors
d'acquérir de nouveaux savoirs et
d'en transmettre ou d'en écarter
certains, ce qui contribue à faire
évoluer notre rapport au
savoir. Par
ailleurs, le rapport au savoir est
toujours singulier, il se
construit en fonction de l'histoire de
chacun et chacune et s'insère donc
dans une dynamique familiale, sociale et
historique. Enfin, cette définition
insiste sur la notion de sujet, et inclue
donc la dimension
inconsciente. On peut
alors considérer le savoir comme un
" objet
",
au sens psychanalytique du terme,
c'est-à-dire un support de
l'investissement affectif et
pulsionnel, soumis en tant que tel
à des projections et des
fantasmes. C'est en
ce sens que la notion est proche de celle
de " relation
aux
mathématiques
" de Jacques Nimier et que les deux termes
se rejoignent pour évoquer la
complexité de la
personnalité en lien avec le
savoir. Mais là où
la relation est un " résultat ",
pour le rapport, l'accent est davantage
mis sur un processus. En un sens, on peut
estimer que si les travaux de Jacques
Nimier aboutissent à des sortes de
" photographies " du sujet en lien avec
les mathématiques à un
moment donné de son histoire,
l'équipe de Paris X essaye
davantage de comprendre le " film " de la
construction des liens au(x) savoir(s),
articulé avec l'hsitoire du sujet
mais aussi avec le contexte culturel et
social. Les parenthèses autour du
pluriel signifient que l'on peut
considérer soit des objets de
savoir précis, soit le fait
même de savoir. La
notion de rapport au
savoir
est une notion
récente, apparue de
façon à peu
près concomitante dans les
champs de la sociologie critique,
de la formation d'adultes et de
la psychanalyse au cours des
années 60. Actuellement,
elle est utilisée par
plusieurs équipes ou
courants, notamment en sciences
de l'éducation
(équipes Escol à
Paris 8, et laboratoire de Paris
X-Nanterre: équipe "
Savoirs et rapport au savoir), en
psychologie ("Personnalisation et
changements sociaux " de
l'Université Toulouse 2),
en didactique des sciences et des
mathématiques. On
peut voir par exemple plusieurs
utilisations de la notion dans le
numéro de juin 2004 de la
revue Pratiques psychologiques .
La
plupart des auteur-e-s sont
d'accord pour dire que, du fait
qu'elle est abordée
à partir de
théories très
différentes, qu'il ne faut
pas trop la " durcir " si l'on
veut lui garder son pouvoir
heuristique afin que les
échanges soient
féconds. Elle
reste donc une notion, et non pas
un concept. C'est-à-dire
qu'on ne peut pas construire une
théorie du rapport au
savoir, ce qui n'empêche
pas d'en donner des
éléments
théoriques. Pour ce faire,
nous nous appuierons ici sur les
conceptualisations à
orientation psychanalytique de
l'Equipe
savoirs et rapport au savoir de
Paris X Désir et
savoir Dans cette
optique, le désir joue un rôle
essentiel et le désir de savoir
rejoint souvent d'autres désirs :
désir de se réaliser ou d'atteindre
et d'obtenir ce que l'on pense que le savoir
apporte (par exemple la reconnaissance et l'amour
de l'autre). Il est lié au premier
désir qui nous porte, le désir du
désir d'autrui, désir d'être
désiré et donc reconnu comme
être de valeur, dans la lutte permanente que
nous menons pour refouler le doute et
l'angoisse. Enfin, la question
du rapport au savoir telle que je le conçois
s'appuie beaucoup sur la réflexion autour de
l'autonomie et de la dépendance de
Gérard Mendel, puisque le savoir est d'abord
un attribut parental et que s'en emparer peut
être vécu comme une
transgression, un lien à
l'autre, un idéal à
atteindre, etc. Qu'est-ce
qui me plaît dans le fait de savoir,
d'apprendre ou de transmettre
? Quelles
sont les émotions que je ressens
quand je suis dans chacune de ces trois
positions ? Quels
en sont les enjeux pour moi
? Un petit exercice simple
pour se confronter à des savoirs "
ordinaires " (exercice que je
propose lors de mes interventions sur le rapport au
savoir) " Comment est-ce
que je fais lorsque je me confronte à
l'inconnu dans les trois situations suivantes
: - un
nouvel outil technologique (ordinateur,
magnétoscope,
etc.) -
une nouvelle recette de
cuisine - un
nouveau lieu, lors d'un voyage par exemple
? ". Cette exploration
est intéressante, parce que ces situations
sont en général des situations
de plaisir, où nous ne nous sentons
pas d'obligations " sociales " et où nous
admettons assez bien de faire " à notre
façon ". Nous nous
apercevons alors que chacun et chacune de
nous investit chaque domaine de façon
particulière et que chaque
façon de faire (par exemple suivre
scrupuleusement le mode d'emploi, la recette ou le
guide, explorer par soi-même ou s'en remettre
à une personne extérieure) peut se
retrouver dans un domaine ou un autre selon les
personnes. On peut alors relier ces façons
de faire aux situations de plaisir et de
déplaisir déjà
rencontrées dans chaque domaine, aux
personnes auxquelles ces domaines sont
reliés, ou à des sentiments
identitaires (" la cuisine c'est mon truc " ou "
les ordinateurs c'est pas pour moi ") qui
évoluent au cours de la vie. Ce type de
réflexion nous amène
à comprendre qu'il n'y a pas
" une " façon d'apprendre,
que chacun avance à sa façon
et qu'il n'y a pas à se crisper si
l'exercice idéal qui marchait si
bien avec l'élève
précédent-e s'avère
subitement inopérant. Comme il ne s'agit
pas non plus de décider, à chaque
instant, quel exercice ou façon d'expliquer
conviendra mieux à chacun-e (on serait alors
dans l'illusion de toute-puissance), la
notion de rapport au savoir plaide pour une palette
d'outils les plus diversifiés
possibles, permettant à chacun-e de
s'approprier ce qui lui convient. Témoigner,
en tant qu'enseignant-e, de son propre rapport au
savoir, du plaisir que l'on a à
apprendre mais aussi des difficultés qu'on
rencontre, de la façon que l'on a de
chercher ou des " passages obligés " qu'on
accepte parce qu'après tout, " il faut bien
s'y mettre ", peut être également
très précieux pour
l'élève. Un autre
intérêt " pratique " de la notion peut
être la mise en place de groupe de paroles
où les élèves sont
incité-e-s à réfléchir
collectivement sur leur façon d'apprendre,
leurs difficultés, ce qui leur plaît,
leur déplaît. Ils et elles
découvrent ainsi qu'ils/elles ne sont pas
seul-e-s face aux difficultés et que le
savoir ne tombe du ciel pour personne. A
l'Université Paris X, Claudine
Blanchard-Laville
et moi-même proposent des outils pour
réfléchir à son rapport au
savoir et/ou mettre en place des dispositifs ou des
formations à partir de la notion : des
groupes
d'analyse de
pratiques
et un enseignement sur l' "approche clinique de la
relation pédagogique " en licence de
sciences de l'éducation, et un
master professionnel
de
formation à l'intervention et à
l'analyse de pratiques. En savoir plus! Equipe
savoirs et rapport au savoir de Paris
X <<je suis
Moulakdi André, je prépare une
thèse sur un aspect du rapport au savoir vos
recherche mont beaucoup aidé à
comprendre certains phénomène
Merci>> << bonjour,
je suis en master 1 développement à
toulouse le mirail et suis un homme,le rapport au
savoir fait parti de mes interrogations
récentes et suis ravi de consulter votre
site. L 'une de mes interrogation plus anciennes
conçerne la perte du lien socialsurtout en
cs temps de bouleversements climatique, politique
et éducatif...>> 12/07
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