Pour les
enseignants, elles s'appuyaient sur une
reconnaissance par un haut diplôme, par une
référence à une culture
scolaire officielle définie dans des
programmes et des horaires précis, un espace
limité, l'établissement scolaire, un
objectif clair, la réussite de
l'élève à l'examen. Pour les
travailleurs sociaux la reconnaissance est plus
floue, elle ne se fait pas à travers une
culture extérieure, mais par la culture de
leur public servant de référence,
leur espace est le quartier, pas toujours
précis, le temps de travail flou, les
objectifs parfois sans limites. L'enseignant
n'a pas besoin et donc pas l'habitude de parler
de sa pratique qu'il vit en solitaire. Le travailleur
social, au contraire, est
apprécié par sa connaissance du
quartier et des personnes qui y vivent, il sait
donc en parler. Pour
l'enseignant, par des nouveaux publics qui
deviennent imperméables à cette
culture fondamentale pour lui ; par les demandes de
plus en plus larges qui l'obligent à sortir
de son établissement, par la création
de nouvelles structures de formation qui n'ont plus
les mêmes bases historiques, par de nouvelles
technologies de formation et par le travail
interdisciplinaire qui l'oblige à sortir de
sa seule discipline. Les travailleurs
sociaux, eux, sont remis en cause par
l'arrivée de nouveaux éducateurs,
bénévoles ou en situation
précaire, ils sont écrasés par
leur tâche qui leur paraît de plus en
plus irréaliste. C'est ainsi
qu'apparaissent des lieux tels que les ZEP,
où des rencontres peuvent se faire dans la
tension des identités professionnelles, mais
aussi dans l'appréciation des
personnes. l'instabilité
de plus en plus grande des métiers, qui
apparaissent puis disparaissent, la
nécessité d'en changer plusieurs fois
dans la vie, vont obliger chacun à
rechercher la reconnaissance dont il a besoin, non
dans un rôle professionnel, mais
davantage grâce à ses
caractéristiques
personnelles. Je me souviens,
dans un colloque auquel je participais avoir
été témoin des
réactions provoquées par un
rééducateur qui possédait
également le titre de psychologue et
utilisait des méthodes psychologiques.
Certains de ses collègues lui demandaient de
rester dans son statut de
rééducateur, alors que lui voulait
utiliser toutes ses capacités. Cette
évolution de la société
amène un rapprochement des identités
professionnelles, des champs de travail, mais sans
doute également par effet
d'équilibration, une augmentation de la
dispersion des méthodes dans une même
profession, chacun s'autorisant davantage à
exploiter ses capacités propres.
Les moments de
crise sont des moments où de nouvelles
solutions peuvent naître ; évidemment
le mieux n'est pas toujours certain. On peut
inversement imaginer, par exemple, que ces
identités professionnelles se durcissent de
façon défensive, qu'une
technicité de plus en plus grande s'impose,
que la formation introduise de plus en plus de
méthodologies, d'autant plus rigoureuses
qu'elles seront vides et aboutiront à
éliminer les personnes. C'est le risque
des TIC par exemple qui parfois sont
présentées de façon
fétichiste comme la baguette magique qui
résoudrait tous les problèmes de
l'enseignement (Alors qu'elles peuvent être
utiles dans un contexte
approprié) On a de même
vu parfois la médecine officielle se
techniciser de plus en plus, se spécialisant
au point d'oublier la personne globale et
d'éliminer la relation
médecin-malade, avec les effets que l'on
sait. En
définitive on peut se demander si
l'une des difficultés de la crise
n'est pas d'obliger à passer d'une
recherche de reconnaissance grâce
à notre identité
professionnelle, à une recherche de
reconnaissance de notre personne en tant
que telle. (voir: Nous
ne sommes pas
reconnus) Dans
nos formations d'enseignants nous pouvions
constater une diminution des rôles,
une rencontre des personnes, ce qui
entraînait une solidarité
nouvelle entre enseignants. La
rencontre de collègues devenant une
rencontre de personnes. Cela
développe une capacité plus
grande à s'impliquer dans
l'institution grâce à une
énergie nouvelle provenant du
déplacement de celle
accaparée par les défenses.
Le rôle n'est plus seulement
protecteur. Un
nouvel équilibre peut exister dans
la tension entre rôle et
personne. Réactions: <<Bonjour
c'est un sujet très intéressant et
matière à debat,personellement je
suis moi-même mais ce n'est pas simple il
faut toujours se rappeler l'existence de "limites"
quant à notre comportement en classe, il
faut gérer le
relationnel..>>Nadège. <<Cher
Monsieur, Le sujet que vous abordez ici -
rôle et présence de soi - me
paraît être le sujet central de votre
site; ou bien : votre site m'a permis de comprendre
que l'objet de ma recherche est quelque chose comme
la vérité du sujet dans les
situations de communication finalisée. Les
définitions et références
expérientielles ou théoriques que
vous offrez m'apportent beaucoup : un écho
qui donne valeur à ma préoccupation,
une formalisation solide qui conforte, une
sécurité affective et
opérationnelle. L'approche qui est la votre
m'apporte également une confirmation que,
passé le constat des limites des usages
institués, une relation centrée sur
le sujet est opérante dans la transmission
du contenu ou dans la résolution d'un
problème, et que cette voie n'est pas un
processus flou, qu'il produit des effets mesurables
et prévisibles. La combinaison de ces bases
avec un domaine de technicité doit permettre
à l'intervenant de développer sa
"poésie" et d'instaurer une dynamique de
relations fructueuses. C'est là le but qui
est le mien - son niveau d'exigence est aussi ma
limite pratique aujourd'hui. Ma situation
professionnelle est différente de celles que
vous connaissez~: je travaille pour des chefs
d'entreprise et des responsables de secteurs
professionnels. L'attente de ces "~clients~" est
une réponse rapidement opérationnelle
sur problématiques insuffisamment
approfondies. Aussi je peine à inventer le
cadre, le registre et la méthode
d'intervention qui permettraient de les amener sur
le terrain fructueux de mes compétences.
D'une manière générale, il me
semble que les démarches inspirées
des recherches pédagogiques et
psychologiques ne sont guère
expérimentées dans les situations
professionnelles d'entreprise. Comme s'il y avait
un mur lié au fait de la division du travail
et de la relation de marché qui
prévalent dans les entreprises. La
même difficulté se retrouve sans doute
au sein des institutions d'enseignement ou
socio-éducative. C'est sans doute aborder
là la question de l'autorité et de
l'organisation dans la construction des possibles
du sujet. J'aimerais avoir
votre avis~: ces difficultés
(confusément exprimées, je vous
l'accorde) sont elles génériques,
sont-elles réelles et comment les contourner
ou bien s'agit-il de l'expression de ma propre
difficulté -celle qui fonde ma
recherche~?>> M.
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