Autrement
dit, l'homme, découpé en
morceaux, en stades ou en fonctions, est
considéré maintenant, plus
globalement comme lieu de tensions
internes. Plus
exactement on considère l'existence
de différents plans interagissant
l'un sur l'autre: le plan du biologique,
le plan des sciences cognitives, le plan
du psychisme
(de la psychanalyse) On parle encore
beaucoup de l'élève comme d'une
« intelligence » qu'il faut «
instruire ». Certains insistent encore sur
l'information «disciplinaire» tant pour
les élèves que dans la formation des
enseignants (Sallenave D., «Il n'y a pas
d'école sans discipline». Le Monde
23/3/96.). Cette « instruction » est en
réalité une fausse « instruction
», c'est une « éducation »
cachée, comme l'explique bien Patrice
Ranjard : «
L'enseignement à la manière
des Romilly, Milner et autres... met
« en forme » chez les
apprenants, avec une formidable puissance,
certaines pratiques, attitudes et
conduites plutôt que d'autres. Il
favorise l'individualisme contre la
coopération, la rivalité
contre la solidarité, la
compétition contre la
complémentarité ; il
développe la
dépendance/contre-dépendance
au dépend de l'autonomie, les
complexes de supériorité
chez certains et
d'infériorité chez d'autres,
au dépend de la confiance en soi ;
la répétition servile
d'idées toutes faites au
dépend de la mobilité des
points de vue et de l'invention
créatrice. Cet enseignement fait
tout cela, mais il ne prétend pas
le faire. Certains soutiennent même
que l'enseignement ne doit en rien
s'occuper des comportements et attitudes,
car ce serait faire de l'éducation
». Actuellement, on
trouve un début de prise en compte d'une
vision globale de l'homme dans l'école. Bien
des enseignants ont pu constater
l'interaction
du cognitif et de l'affectif
dans
les mécanismes d'apprentissage ( Damasio,
L'erreur de Descartes, Ed. Odile Jacob, 1995.).
J'avais été frappé par ce
phénomène dès 1976, et, pour
cela, publié le livre «
Mathématique
et
Affectivité
». Actuellement, des enseignants affirment
même : « Osons éduquer »
(Bouvier A., Fort M., Gélas B., Meirieu P.,
Obin J.P., Le Monde 214/93.). Ce sont
souvent des tensions internes aux
élèves qui expliquent les
difficultés ou les échecs
d'apprentissage (Voir:
La
peur
d'apprendre)
et éduquer, c'est
considérer que
l'élève est un tout dont on
ne peut isoler
l'intelligence.
Je crois, d'autre
part qu'on n'a pas suffisamment pris conscience de
cet aspect global de la personne des enseignants
dans les changements institutionnels, et des
conséquences sur leur tensions
internes donc sur leur équilibre
psychique. C'est pourquoi
de nombreuses réformes institutionnelles
sont restées lettre morte : ainsi les 10% de
temps libre, l'introduction de
téléviseurs dans les classes, ou
l'informatique pour tous qui a surtout
renfloué les caisses de Thomson, mais a eu
peu d'impact selon un rapport de l'Inspection
Générale. L'institution, en
tant que groupe, ne tient pas suffisamment compte
de l'intrapsychisme, alors qu'elle souhaite y
exercer son influence. Introduire
un ordinateur dans une classe n'est pas
seulement un changement
pédagogique, c'est également
introduire: - une
source d'incertitudes pour l'enseignant,
- un
changement de relation avec les
élèves, - une
mise en cause de sa propre image comme
maître du savoir et de sa
transmission. Il
n'est pas étonnant que cette simple
introduction d'un élément
étranger dans la classe
déstabilise l'intrapsychisme de
l'enseignant, qui aura besoin
d'un
lieu où verbaliser cette
insécurité
et lui permettre de retrouver un nouvel
équilibre. S'il
n'est pas "accompagné",
l'enseignant n'aura plus, selon le
principe d'homéostasie, qu'à
chercher à retrouver la situation
antérieure, au besoin en
évacuant l'intrus (l'ordinateur),
cause de son
anxiété. |
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