Nous avons
déjà souligné la
différence entre inférer et
prédire avec en particulier l'importance des
facteurs temporels. Dans la construction
hypothétique que constitue la
prédiction il est nécessaire de
considérer qu'elle est essentiellement
associée à une attente.
En effet un sujet
peut prédire un événement, un
résultat, un bilan et ensuite vivre
l'attente de la réalisation de ses
prévisions. Mais l'on peut observer une
autre situation. Un sujet peut attendre un
résultat, un événement et
faire ensuite des prédictions sur les
possibilités de sa
réalisation. En fait nous
considérerons que prédictions et
attentes interagissent constamment. Une
prédiction développe une attente qui
construit une nouvelle prédiction. Aussi
est-il nécessaire d'envisager ces fonctions
dans leur aspect dynamique avec des
évolutions diachroniques et
synchroniques. Comme nous l'avions
réalisé pour les inférences et
les calculs nous distinguerons la structure
qui permet les prédictions et les
objets sur lesquels opèrent ces
prédictions. Nous ne reprendrons pas les
modes d'intervention de l'affectivité que
nous avons déjà décrits
à propos des objets mais nous chercherons
plutôt à délimiter la
spécificité des fonctions de
prédiction et d'attente. En ce qui
concerne la
prédiction, elle
renvoie à un désir sur
lequel peuvent s'articuler
différents fantasmes. Avec la
volonté de voir se réaliser
un événement, un acte, un
résultat etc... le sujet
manifeste un désir de toute
puissance. Nous observons
particulièrement bien ces fantasmes
chez les jeunes enfants qui commencent
à dénombrer. Dans les
prédictions, intervient par
conséquent cette relation à
la réalisation d'un objectif qui
organise des dynamiques
pulsionnelles. Bien
souvent ils rivalisent
auprès de leurs camarades
sur des possibilités de
compter de plus en plus "loin"
dans une véritable
escalade verbale. Si l'un des
protagonistes dit savoir compter
jusqu'à 1000, l'autre va
affirmer qu'il sait compter
jusqu'à 100.000 etc...
avec pour chacun un désir
de toute puissance.
D'autre part,
l'acte intériorisé que constitue la
prédiction peut apparaître
également comme un certain accomplissement
du désir. Tout acte sollicite un
désir conscient ou inconscient que le sujet
cherche à satisfaire. De ce fait, une
prédiction peut également se
développer autour de l'élaboration
d'un équivalent symbolique. Le schème
de diviser peut correspondre symboliquement
à la dissociation entre le Moi et le non Moi
dont les fantasmes de castration constituent une
résurgence de séparation. Si
l'inférence évolue sur des contenus
choisis et retenus par le sujet, par contre les
prédictions et les attentes peuvent
véhiculer des dynamiques inconscientes qui
échappent au but poursuivi et constituent de
nombreux obstacles. Comme type d'obstacle,
nous
considérerons
- La
névrose d'échec qui selon les
travaux de René Laforgue
(1)
correspond aux fonctions du Surmoi et aux
mécanismes d'auto-punition. Les sujets ne
supportant pas la satisfaction de réussir
préférerons la frustration et
l'échec. Dans le déroulement d'un
schème ce type de névrose peut
intervenir dès l'élaboration des
prédictions et continuer en perturbant les
mécanismes d'inférences. Nous
retrouvons le besoin de punition décrit par
Freud où le sentiment de culpabilité
inconscient vient perturber les actions du sujet :
"Dans une perspective topique, Freud rend compte
des comportements auto-punitifs par la tension
entre un Surmoi particulièrement exigeant et
le Moi"
(2). -
Un autre obstacle peut provenir
d'une possibilité d'échec
dans l'organisation d'une action.
Préférant éviter
toute blessure narcissique le sujet
choisira l'interruption de son
projet et pourra modifier ses
prédictions et ses attentes. Ainsi,
comme pour les composantes
précédentes nous retrouvons
de nombreux modes d'intrications entre
l'affectif et le cognitif. Nous
venons de faire apparaître
différentes possibilités
d'émergence de dynamiques
pulsionnelles au moment des
prédictions et des attentes. De la
même façon, bien d'autres
pulsions, bien d'autres fantasmes peuvent
émerger selon la singularité
et le vécu de chaque
sujet. Cette
dernière composante du
schème, comme les
précédentes montre la
nécessité de
considérer l'intrication
entre l'affectivité et le
cognitif. <<"Identifier"
une névrose d'échec n'est pas
suffisant pour s'en sortir puisqu'il s'agit d'un
mécanisme inconscient complexe (lié
à l'oedipe, à une volonté de
toute puissance etc etc). Je ne vois comme moyen
qu'un travail sur soi(psychanalyse,
psychothérapie).>>JF 6/07 <<En quoi le
fait d'avoir identifié une névrose
d'échec peut-il aider à en sortir ?
Quels sont les autres moyens ? Je ne sais pas si
c'est bien le lieu pour poser ces questions mais
vous remercie d'avance si vous pouvez me donner des
indications de réponse ou des pistes de
recherche.>> 5/07
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