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Aussi loin qu'il m'en
souvienne, le feu a toujours exercé sur moi
une fascination. Pourtant, il pourrait sembler a
priori que le feu, loin de susciter l'attirance
provoque la répulsion. Une répulsion
liée à l'expérience d'une
brûlure. Or, au moins en ce qui me concerne
et aussi loin que je puisse remonter dans le temps,
je n'ai pourtant pas d'expérience
significative de la brûlure.
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Mon
expérience première du feu
n'est pas, paradoxalement, celle d'une
brûlure. D'où vient donc cet
enseignement ?
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Je me souviens par contre bien de la piqûre.
Je sais - mieux encore je sens - qu'elle fait mal
et je prends sur moi lorsque par
nécessité - vaccin, don du sang ou
autre - je dois en recevoir une. La piqûre
renvoie à une expérience physique.
Or, la brûlure n'a pas le même statut.
J'ai peur de la piqûre mais je suis
fasciné par le feu. Si je ne touche pas au
feu c'est parce que je sais qu'il brûle.
C'est sans doute aussi parce qu'un jour je me suis
brûlé mais cette expérience
n'explique pas la fascination. Fascine ce qui est
spectaculaire, fascine encore ce qui est
mystérieux ; fascine toujours ce qui est
interdit. Le feu fascine parce qu'il est interdit
d'y toucher. Comme le dit Bachelard dans le
Psychanalyse du feu, la première
expérience du feu est une expérience
sociale, une expérience de l'interdit : "
touche pas au feu, ça brûle ". Ce qui
compte dans le message paternel ou maternel, ce
n'est pas le " ça brûle " mais le "
touche pas ". Ce qui s'est transmis dans
l'injonction ce n'est pas l'expérience
physique de la brûlure - aucun mot ne peut y
parvenir -, mais l'interdit social. Nous ne
transmettons jamais que des façons de
transmettre, accessoirement des
contenus.
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