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Conte « La Petite Sirène »

Chantal COSTANTINI    

           Extraits de la THÈSE Pour l’obtention du grade de Docteur en Sciences de l’éducation présentée et soutenue publiquement par Chantal COSTANTINI le 17 juin 2008 sous la direction du Professeur Claudine BLANCHARD-LAVILLE

           Résumé du conte « La Petite Sirène »

           Bien loin dans la mer, la Petite Sirène, entourée de ses cinq soeurs, vit dans le château de son père, le roi des océans, veuf depuis de nombreuses années. Les princesses sont élevées par la grand-mère paternelle qui dirige toute la maison. Leur corps se termine par une queue de poisson. Les sirènes, qui jouissent des fastes d’une vie princière, s’occupent chacune d’un petit terrain dans le jardin du château qu’elles cultivent à leur goût.

           La Petite Sirène qui est la cadette et la plus belle de toutes, n’y cultive que des fleurs rouges comme le soleil ; elle affectionne également une statuette de marbre blanc représentant un garçon, qu’elle a récupérée sur un navire naufragé. La Petite Sirène est une enfant bizarre, silencieuse et réfléchie. Lorsque chaque princesse atteint l’âge de quinze ans, elle a le droit de monter à la surface de la mer afin de découvrir les différents paysages de la terre ; mais, une fois le plaisir de la découverte passé, les princesses retournent à leurs occupations habituelles et se satisfont de leur vie dans le royaume de la mer. La Petite Sirène, quant à elle, attend avec impatience le jour où elle pourra sortir hors de l’eau, car elle sait qu’elle aimera le monde des hommes ; sa curiosité est telle que les récits rapportés pas ses soeurs sur les merveilles aperçues sur la terre, ne suffisent jamais assez à satisfaire sa soif de savoir. Aussi, elle se tourne souvent vers sa grand-mère afin de la questionner davantage sur le monde d’en haut.

           Enfin, le jour où la Petite Sirène peut monter à la surface de l’eau, arrive ; elle assiste par hasard, à une fête sur un navire, donnée en l’honneur de l’anniversaire d’un prince. Elle ne se lasse pas d’admirer les danses, les tenues des passagers ; elle est transportée par les musiques. Mais dès qu’elle aperçoit le prince, son regard ne peut plus se détacher de lui. La fête n’est pas finie quand, à la suite d’un violent orage, le navire fait naufrage, emportant dans les vagues tous les passagers se trouvant à son bord. La Petite Sirène veut ramener le prince avec elle dans le château de son père. Mais elle se souvient des propos que lui tint sa grand-mère : les hommes ne peuvent vivre sous l’eau. Elle sauve alors le prince de la noyade en le ramenant sur la rive, et le dépose près d’un couvent où des jeunes filles le recueillent et le soignent. Depuis ce jour, la Petite Sirène ne cesse de penser au prince ; son souvenir l’attriste, mais elle ne raconte rien de ce qu’elle a vécu à ses soeurs. Elle interroge sa grandmère sur son devenir de sirène ; elle apprend que les sirènes vivent trois cents ans, puis, à leur mort, se transforment en écume à la surface de l’eau. Une sirène peut cependant mériter une âme immortelle si elle est aimée d’un homme qui nourrit pour elle un amour plus fort que celui qu’il porte à son père et à sa mère. Or, d’après la grand-mère, cette situation ne peut jamais se présenter, car les sirènes n’ont pas de jambes, et leur queue de poisson ne plait pas aux hommes.

           La Petite Sirène, de plus en plus affligée à la pensée du prince qu’elle a sauvé de la mort et qu’elle rêve de revoir, finit par confier à l’une de ses soeurs les causes de son chagrin. Les autres soeurs, informées, accompagnent la Petite Sirène jusqu’à la demeure du prince : elle l’aperçoit enfin. Mais son désir de vivre près du prince est si fort, que la Petite Sirène décide de se rendre auprès de la sorcière de la mer afin de solliciter son aide pour trouver une issue à son tourment. La sorcière lui propose alors un élixir qui aura pour effet de transformer sa queue de poisson en deux belles jambes afin de séduire le prince. Toutefois, la sorcière met en garde la princesse sur les souffrances qu’elle aura à endurer avec ses nouveaux attributs qui provoqueront en elle des douleurs pareilles à des coups d’épées ; par ailleurs, la sorcière l’informe que si le prince en venait à épouser une autre femme qu’elle, elle mourra.

           Malgré ces avertissements, la Petite Sirène est prête à tout supporter. La sorcière exige en échange du breuvage, ce que la petite sirène possède de plus précieux : sa voix enchanteresse ; la princesse accepte le marché. La sorcière lui coupe la langue. La Petite Sirène devenue muette, quitte le château de son père pour rejoindre la côte ; après avoir absorbé l’élixir, sa queue de poisson se transforme en deux jambes.

           La Petite Sirène peut alors se rendre au château du prince, qui, surpris, l’accueille, mais ne la reconnaît pas comme étant celle qui l’a sauvé de la noyade. La Petite Sirène, sans voix, ne peut pas dire qui elle est, et le prince, bien qu’attaché à elle comme on l’est envers une enfant, ne conçut pas d’amour à son égard. Aussi, lorsqu’on lui propose de prendre pour épouse une princesse voisine qu’il crut identifier comme étant la jeune fille du couvent l’ayant recueilli après son naufrage, il accepte sans plus attendre. Lors des préparatifs du mariage auquel elle assiste éplorée, la Petite Sirène se sachant vouée à la mort, regarde au dessus des flots et aperçoit ses soeurs qui, pour la sauver, ont sacrifié leur chevelure à la sorcière de la mer. Les soeurs tendent un couteau à la Petite sirène et la supplient de tuer le prince ; car ainsi, le sang tombé sur ses jambes, les transformera à nouveau en queue de poisson, permettant ainsi à la Petite Sirène de rejoindre son royaume. Mais au moment d’accomplir son geste, la Petite Sirène jette son couteau à la mer, se transforme en créature céleste, et s’envole vers le monde des filles de l’air, qui, comme elle, par le mérite de leurs bonnes actions, ont acquis une âme éternelle.

 

Lecture clinique

           Après avoir montré comment le récit est situé dans l’espace et dans le temps, je présenterai les personnages du conte ainsi que les évènements qui le ponctuent en proposant les premières mises en sens qui me sont venues. Dans un second temps, malgré l’impression de mélancolie qui se dégage de ce récit pouvant laisser imaginer un dénouement dramatique, je montrerai comment j’ai été amenée à considérer la solution choisie par l’héroïne pour prendre « son envol » en termes de résolution psychique. Je développerai la problématique qui s’exprime de manière sous-jacente dans ce conte : « vouloir grandir », à l’intérieur de laquelle sont contenues des questions appartenant aux épreuves inhérentes à la croissance psychique d’un sujet telles que : le désir de savoir, la quête de l’objet absent, l’élaboration de la perte, l’accès à la parole ou le silence et la voix. J’évoquerai ensuite la portée que ce conte a eu pour moi, en rapportant mes souvenirs d’élève, éléments qui ont ressurgi quand il m’a fallu élaborer la question de mon objet de recherche. Je préciserai enfin, comment ce conte, en tant que métaphore, a rempli pour moi une fonction organisatrice pour entrer dans l’écriture de la thèse d’une part, d’autre part, m’a permis de « disposer » autrement les questions soulevées par la problématique de ma recherche.

 

Le conte, situé dans l’espace et dans le temps

           Les contes débutent toujours par la situation du récit dans l’espace et dans le temps ; le conte de la Petite Sirène se déroule dans un lieu, la mer, élément qui n’est pas celui de l’espèce humaine ; un être humain ne survit pas longtemps dans un milieu aquatique, sauf un être humain encore inachevé, le foetus, qui baigne dans le liquide amniotique du ventre de sa mère [...] les représentations que ce terme suscite évoquent le lieu des premières expériences infantiles, le lieu où se sont tissées les premières relations entre la mère et l’enfant. Les images reflétant un espace inquiétant, inaccessible, « la profondeur de la mer », sont néanmoins rassurantes par le fait que, bien qu’il s’agisse d’un espace imaginaire, la résonance à laquelle renvoie le mot « mer », fait allusion à un espace que l’on a certainement connu, un jour, il y a longtemps : lieu à partir duquel une histoire singulière du sujet s’est construite, dans les profondeurs de ce lieu dont parfois les traces sont encore vives quand elles se réactualisent à l’insu du sujet.

           Cet espace se situe donc dans un élément différent de celui auquel l’être humain est soumis,mais le temps, aussi, nous projette dans une autre dimension : « Depuis plusieurs années le roi de la mer était veuf, et sa vieille mère dirigeait sa maison ». Entre cet espace réservé aux créatures aquatiques et l’évocation d’un passé lointain, ce n’est pas à une réalité physique que le texte nous confronte, mais à une autre réalité, celle où l’espace et la temporalité renvoient au début de l’existence, aux commencements. Le conte nous replonge en effet dans cet « état d’esprit » enfantin, où les questions que l’on se posait à cette époque de l’enfance, se situaient plus dans le domaine de l’imaginaire que dans celui d’une réalité qu’il n’était pas encore possible d’envisager. [...]

           Comme le rappelle Bruno Bettheleim12 : « Le conte de fées, bien qu’il puisse commencer avec l’état d’esprit psychologique de l’enfant […] ne s’ouvre jamais sur sa réalité physique […]. Le conte de fées laisse entendre dès son début, tout au long de l’intrigue, et dans sa conclusion, qu’il ne nous parle pas de faits tangibles, ni de personnes et d’endroits réels. Quant à l’enfant lui-même, les évènements réels ne prennent pour lui de l’importance qu’à travers la signification symbolique qu’il leur prête ou qu’il trouve en eux. "Il était une fois", "dans un certain pays"… ces débuts laissent entendre que ce qui va suivre échappe aux réalités immédiates que nous connaissons. Cette imprécision voulue exprime de façon symbolique que nous quittons le monde de la réalité quotidienne. Les vieux châteaux, les chambres closes où il est interdit d’entrer suggèrent qu’on va nous révéler quelque chose qui, normalement, nous est caché, tandis que le "il y a de cela bien longtemps" implique que nous allons connaître des évènements plus archaïques »

BETTHELEIM B. 1976. Psychanalyse des contes de fées. Paris : Ed. Robert Laffont.

Les personnages

           Le père Veuf depuis de nombreuses années, le père de la Petite Sirène est le roi du peuple de la mer. Mais l’absence totale de détails sur sa personne ou sur ses qualités renvoie l’image d’un être aux contours flous, imprécis. Personnage le plus important du royaume de la mer, il semble n’avoir aucune place, aucun rôle à jouer. Dans quel monde peut-on évoluer sans une place accordée au père ?

           La mère Si le père, peu défini, est néanmoins nommé, la mère, quant à elle, n’est jamais évoquée ; de même qu’aucune donnée sur son apparence, sur son caractère ou sur les relations qu’elle a pu entretenir avec le roi ou ses filles, n’est mentionnée. Son existence antérieure ne s’exprime qu’à travers la qualité de « veuf » du père. C’est une présence « en creux » qui apparaît ; l’absence du nom de la mère suscite néanmoins l’équivoque : l’élément « mer » n’est-il pas omniprésent dans le texte entretenant ainsi la confusion ?

« dès l’instant où les pères ne prennent plus leur place, ou plutôt où l’on ne leur prescrit plus leur place, l’enfant flotte ou appartient trop. S’il n’appartient qu’à une seule personne, qu’à un seul groupe, il entre dans une prison affective. Lorsque ces hommes acceptent de prendre leur place, que la société accepte de les désigner à leur place de père, l’enfant peut échapper à la prison affective et devenir progressivement lui-même »CYRULNIK B. 2004. La petite sirène de Copenhague. Paris : Editions de l’Aube.

« La mer » en tant qu’espace contenant à la fois les personnages et l’intrigue du conte, ne renvoie-t-elle pas à une présence envahissante dans laquelle tout le monde est « plongé », y compris le lecteur ? [...] Cette ambiguïté que l’on perçoit se maintient tout au long du récit : la « mer » est le contenant d’un contenu absent : à quelles identifications est promise la Petite Sirène ? Est-elle vouée à s’identifier à « une absence », à une place vacante qu’elle a peut-être comme mission psychique de combler ? L’absence de la mère réelle constitue probablement le coeur du drame : est-ce au silence de la « mère/mer » que la Petite Sirène va nouer son destin, à une mère morte ? [...]

           La grand-mère paternelle Elle représente le substitut maternel de la famille :« Depuis plusieurs années le roi de la mer était veuf, et sa vieille mère dirigeait sa maison.>>.[...] Le « couple » parental représenté par le père et sa propre mère, s’inscrit dans une relation dont on perçoit la complexité. Avec la grand-mère en tant que figure remplaçante du maternel, mais figure autoritaire, se repose un peu plus la question de la place et du rôle du père dans la construction psychique de la Petite Sirène. [...] <<Pauvres hommes ! Pour être beaux, ils s’imaginent qu’il leur faut deux supports grossiers qu’ils appellent jambes ! » Le savoir de la grand-mère attise la curiosité de la Petite Sirène ; la tentation prend naissance dans le fantasme d’une situation inconcevable. La Petite Sirène s’adresse à sa grand-mère pour trouver des réponses à ses tourments ; serait-ce dans les représentations des adultes que se fondent celles des enfants ? Mais ces représentations du monde ne portent-elles pas en elles des éléments à peine suggérés, incitant à en savoir plus ?

           Le désir de savoir, déjà présent en elle, se serait-il renforcé chez la Petite Sirène à partir du désir non formulé en tant que tel par la grand-mère ?

Les soeurs Les descriptions concernant la personnalité ou l’apparence des soeurs de la Petite Sirène sont peu nombreuses ; nous savons juste que l’une d’entre elles est plus hardie que les autres, car elle se hasarde à vouloir s’approcher des petits enfants qui se baignent dans la mer. Elles s’unissent entre elles pour aider la Petite Sirène afin de soulager sa tristesse ; elles s’organisent ainsi, dans un grand élan de compassion et de solidarité pour monter ensemble à la surface de l’eau, et la conduire vers le château où demeure le prince. Cette union des soeurs qui se solidarisent entre elles m’a renvoyée à la représentation des « forces psychiques » qui se concentrent et s’unissent pour « défendre » un projet [...]

           La sorcière La sorcière incarne celle, qui, par ses pouvoirs, a le droit de vie ou de mort sur l’héroïne elle possède, sur la Petite Sirène, le droit de vie, en lui faisant miroiter qu’elle peut satisfaire ses volontés. La mort, quant à elle, est le prix à payer « lorsque l’on croit aux contes de fées » c’est-à-dire lorsque l’on pense que répondre au principe de plaisir est plus satisfaisant parce que plus immédiat que ce à quoi contraint le principe de réalité, qui consiste à différer, à savoir saisir le bon moment. [...] Afin de faire aboutir son projet, la Petite Sirène s’associe en secret à la sorcière dans une complicité qui la mènera à la mort ; en acceptant l’élixir qui lui permettra d’acquérir des jambes, elle se condamne à ne plus pouvoir parler, à se priver « de toute humanité », comme le dit Bettelheim.

           Le prince Le prince est présenté comme un naufragé ; avant que son bateau ne chavire à la suite d’une violente tempête, la Petite Sirène l’aperçoit au milieu d’une foule d’invités et s’éprit immédiatement de lui. Le prince se situe à la frontière des deux mondes, de la terre et des profondeurs des océans : il flotte (lui aussi). Après son naufrage, il perd conscience avant d’échouer sur la rive ; c’est la Petite Sirène qui le sauve de la mort. Je me suis demandé si on pouvait entendre cet évènement, le naufrage, comme étant celui d’un être lui aussi « flottant » entre deux eaux, en latence, tel un enfant que la Petite Sirène va ré-animer. Je perçois pour ma part, cette idée de réanimation en termes de « réanimation psychique », en le ramenant sur la rive, cette rive des hommes dont elle est exclue et à laquelle elle aspire. Mais, habituellement, les contes de fées rapportent des histoires dans lesquelles ce sont les princes qui sauvent les princesses. Que peut-on apprendre alors de cet évènement qui présente le prince comme un être « faible », puisque naufragé, et la Petite Sirène comme un être fort, puissant ? [ ...]. La Petite Sirène représenterait-elle cette « force psychique » que l’on puise en soi et qui permet de sortir hors de l’eau, hors du monde de la « mer-mère » afin d’éviter la noyade, donc la mort ? Cette représentation du sauvetage fait penser au passage de l’adolescence vers le monde adulte : la Petite Sirène aide-t-elle le prince à échapper, avant tout, au « naufrage » de l’engloutissement maternel, image que m’évoque le naufrage maritime ? [...]

           L’héroïne : La Petite Sirène C’est la seule qui est décrite avec l’attribut qui caractérise son personnage, c’est-à-dire son appendice caudal, sa queue de poisson ; en ce qui concerne les autres membres de sa famille, nous supposons qu’ils en sont tous dotés, mais le récit ne l’exprime pas de façon explicite. Ne serait-on pas d’ailleurs troublé par l’image d’un roi, le père des sirènes, ou de la grand-mère représentés avec une queue de poisson ?[...] .L’emploi des métaphores pour décrire la Petite Sirène (la peau douce et diaphane comme une feuille de rose, les yeux bleus comme un lac profond) indiquerait que la réalité, les mots de la langue sont trop limités, insuffisants pour appréhender la complexité du personnage. Mais la description poétique s’arrête pour nous inviter à percevoir une autre réalité, la réalité psychique de l’héroïne, laissant soupçonner sa différence : « c’était une enfant bizarre, silencieuse et réfléchie » ; de même, « Cependant, la plus jeune était plus belle encore que les autres » ; cette précision qui accentue la beauté de l’héroïne invite le lecteur à s’identifier à elle, comme pour inciter à penser que la Petite Sirène, en se distinguant ainsi, est vouée à un autre destin. La Petite Sirène est aussi la seule qui n’a pas connu sa mère, ou pas longtemps ; les autres soeurs ont pu vivre avec leur mère au moins jusqu’à la naissance de la dernière. Ce qui permet de comprendre la différence entre le comportement des aînées et celui de la cadette ; la manière dont celle-ci cultive son jardin, et les fleurs rouges qu’elle entretient évoquent un univers sensuel, féminin, celui qui lui aurait manqué. La couleur rouge exprime la féminité, l’aspiration à une figure maternelle, absente, probablement recherchée. C’est l’image d’un « jardin intérieur » qui me vient à l’esprit à la suite de la description du jardin et des fleurs qu’elle cultive, comme si la Petite Sirène entretenait une relation particulière avec son intériorité ; par rapport à ses soeurs, « son jardin », c’est-à-dire sa vison personnelle du monde, lui laisse entrevoir un autre avenir.

 

Les éléments du récit

Le monde « d’en haut » et le monde de la mer

           L’attirance de la Petite Sirène vers « le monde où vivent les hommes » s’exprime sans ambiguïté ; je me suis demandé si on pouvait l’entendre comme une aspiration au monde du « symbolique » et au renoncement au monde de « l’archaïque ». La Petite Sirène récupère un objet provenant des naufrages marins, une statuette de marbre blanc « représentant un charmant petit garçon » ; quelle fonction assure pour elle cet objet auquel elle s’attache ? La Petite Sirène s’est approprié un objet-fétiche, objet comme faisant le lien entre une absence et un désir ; mais les petites filles jouent plutôt à la poupée, en général, imitant les gestes de la relation mère-enfant. Or, l’absence de la mère semble propulser la Petite Sirène dans une projection où, comme le précise Bettelheim « l’enfant peut donner corps à de profonds désirs [par exemple le désir oedipien d’avoir un enfant du père ou de la mère] d’une façon indirecte en entourant de sollicitude un animal réel ou un animal jouet comme s’il s’agissait d’un vrai bébé. Ce faisant, en extériorisant son désir, l’enfant satisfait un besoin profondément ressenti »24. Que penser alors de l’objet qu’affectionne la petite sirène ? Une statuette qui ne représente pas un bébé, mais bien un compagnon, un objet de désir, c’est comme si le désir de la Petite Sirène était déjà présent avant qu’il ne se projette sur la personne du prince. [...]

           L’énigme de l’origine semble puissante pour la Petite Sirène qui n’a pas connu sa mère, et se trouve à une place dans la fratrie qui l’autorise, sans doute plus que les autres puisque c’est la dernière, à s’emparer de cette question : comment naissent les enfants, de qui, de quelle union ? La réponse se trouve-t-elle dans les récits imagés de la grand-mère, ou bien dans un autre monde, un « ailleurs » qui l’attire de manière irrésistible ? L’opposition spatiale entre le monde d’en haut (celui des hommes) et le monde des profondeurs de la mer, n’est cependant pas aussi marqué qu’on pourrait le penser ; la montée à la surface de l’eau est la limite, la frontière molle, liquide, que l’on peut traverser aisément. Les sirènes peuvent quitter un espace tout en y étant relié par la moitié de leur corps, et se hisser à un autre espace en maintenant leur tête hors de l’eau. « Le monde d’en bas » peut tout aussi bien représenter le monde d’un lieu fusionnel, archaïque, tout autant que le monde de l’intériorité, du subjectif. De la même manière, « le monde d’en haut », celui des hommes, renvoie à l’idée d’un monde symbolique, du monde de l’objectivité, de celui auquel on accède quand on est « grand ». Mais la surface de l’eau, mouvante, incite à penser que ces univers ne sont pas aussi distincts qu’il n’y paraît : les circulations entre l’un et l’autre sont possibles. D’ailleurs, l’aspect des sirènes témoigne de leur ancrage dans les deux mondes : la moitié supérieure de leur corps est humaine alors que la partie inférieure appartient à l’espèce aquatique. Leur constitution rend donc possible les relations entre les deux mondes, tout en se gardant la possibilité d’un retour.

           La problématique du « dedans-dehors » telle qu’elle semble exposée s’exprimerait en fait, non pas en termes d’opposition, mais en tant que relation du sujet dans son rapport au monde. La question m’apparaît se situer à ce niveau-là pour la Petite Sirène, dans son rapport aux mondes, à celui dont elle est issue et qu’elle veut quitter, et à celui auquel elle veut prétendre, accéder, qu’elle convoite ; ici, s’exprime, me semble-t-il, la question de la quête de l’identité, de son affirmation en tant que sujet pour l’être en devenir qu’elle représente à mes yeux.

Le rite de passage institue la traversée officielle de ces deux espaces ; c’est à quinze ans, et suivant un rituel de préparations établies dans la parure de la jeune sirène que la voie « hors de l’eau » est permise et promise : « Lorsque vous aurez quinze ans, dit la grand-mère, je vous donnerai la permission de monter à la surface de la mer et de vous asseoir au clair de lune sur des rochers pour voir passer les grands vaisseaux et faire connaissance avec les forêts et les villes ». Quinze ans, c’est l’âge de la puberté, l’âge du passage de l’enfance au processus de construction de l’adulte, l’âge des transformations physiques et psychiques, des remises en causes familiales, des bouleversements intérieurs et des tensions.[...] On observe ce processus chez la Petite Sirène qui se précipite chez la sorcière, affrontant les endroits les plus obscurs et plein de dangers ; rien ne l’arrête dans sa course, même si la crainte face à des éléments inquiétants l’atteint, elle persévère.

 

Le désir de savoir et les préparatifs pour la sortie hors de l’eau

           Le désir de savoir augmente au fur et à mesure que les soeurs montent à la surface de l’eau: « L’année suivante, l’aînée des soeurs allait atteindre sa quinzième année, et comme il n’y avait qu’une année de différence entre chaque soeur, la plus jeune devait attendre encore cinq ans pour sortir du fond de la mer. Mais l’une promettait toujours à l’autre de lui faire le récit des merveilles qu’elle aurait vues à sa première sortie ; car leur grand-mère ne parlait jamais assez, et il y avait tant de choses qu’elles brûlaient de savoir ! La plus curieuse, c’était certes la plus jeune ». La « pulsion de savoir » est une énergie qui contient sa force et sa faiblesse, car ce désir qui permet de penser que l’on peut soulever des montagnes empêche en même temps de voir les obstacles qui barrent la route.[...]. « Oh ! Si j’avais quinze ans ! disait-elle, je sens déjà combien j’aimerais le monde d’en haut et les hommes qui l’habitent », insiste la Petite Sirène.

           Lorsque arrive le tour de la Petite Sirène de monter à la surface de l’eau afin de découvrir par elle-même ce qu’elle supposait dans son imagination, la grand-mère procède aux préparatifs, la pare de tas d’attributs qui alourdissent son physique mais lui assure ainsi que « si l’on veut être bien habillé, il faut souffrir un peu ». La préparation est nécessaire pour passer d’un monde à l’autre, du monde aquatique, foetal, maternel au monde terrestre, celui des humains.

Mais l’extériorité ne suffit pas, le chemin vers la construction psychique n’est-il pas fait d’épreuves douloureuses inscrites dans la chair ? Le passage est chargé de promesses, mais comme pour tout projet existant dans le fantasme, la confrontation avec la réalité sera douloureuse, la Petite Sirène en fera l’expérience.

Le retour au château, désespoir et mélancolie

           L’existence de la Petite Sirène ne peut plus jamais être comme avant sa rencontre avec le prince : lorsqu’elle dépose le prince naufragé sur la rive, des jeunes filles d’un couvent voisin le recueillent et le soignent ; « aussi, lorsqu’elle le vit conduire dans une grande maison, elle

plongea tristement et retourna au château de son père ». C’est assurément son apparence de sirène, celle d’un être ni entièrement femme ni vraiment animal, qui est la cause de ces tourments. Si elle avait été humaine, donc, femme, elle n’aurait pas laissé les autres jeunes filles s’emparer de son bien (aimé ?). Ou du moins, elle aurait pu lutter à « armes égales » ; mais du fait de son état, elle doit retourner à son pays d’origine, à son monde d’appartenance ; le retour, après ce que son expérience lui a laissé entrevoir, perd tout intérêt. En même temps que l’évènement de la rencontre avec un autre monde, naît en elle un sentiment, un attachement soudain dont elle ne peut plus se défaire. La tristesse qui l’envahit provient à la fois de la perte de l’objet tout autant que de l’impuissance à laquelle son aspect physique la contraint : « Elle avait toujours été silencieuse et réfléchie ; à partir de ce jour, elle le devint encore davantage. Ses soeurs la questionnèrent sur ce qu’elle avait vu là-haut, mais elle ne raconta rien ».

 

Le secret dévoilé : la complicité des soeurs

           La Petite Sirène ne contient plus le secret de sa tristesse ; elle révèle ce qu’elle a vu et vécu à une de ses soeurs. Ses soeurs qui ne la trahissent pas auprès du couple parental formé par le père et par la grand-mère, vont former une coalition ; cette coalition pour soutenir et faciliter l’entreprise de leur petite soeur pourrait indiquer que la Petite Sirène se bat aussi pour elles ; elle accomplirait en quelque sorte leurs aspirations qu’elles ne peuvent mettre en oeuvre. Mais d’où lui vient cette force qui l’anime pour conduire son projet ? La Petite Sirène s’interroge sur la vie, la mort, le futur, son devenir, et c’est comme si les réponses que lui apportait la grand-mère la rassuraient sur « le prix à payer » pour transformer son destin : « Je donnerai volontiers les centaines d’années qui me restent à vivre pour être homme, ne fut-ce qu’un jour, et participer ensuite au monde céleste », dit-elle.

La décision

           La grand-mère, après avoir informé la Petite Sirène sur sa condition future et sur son éventuelle transformation si un homme venait à l’épouser, la décourage : « ne pense pas à de pareilles sottises, répliqua la vieille ; nous sommes bien plus heureux ici, en bas, que les hommes là-haut ». Malgré cet avertissement, la décision de la transformation se confirme chez la Petite Sirène. Celle-ci fait le choix de s’éloigner d’une vie sans conflits, confortable, mais sans désirs. Cette sorte de vie assure une sérénité que ne procure pas la rencontre avec d’autres que soi-même, rencontres auxquelles aspire la Petite Sirène. Elle lutte afin de se réaliser, en quête de son identité, ainsi qu’on est amené à l’entendre à travers ce passage : « Le voilà qui passe, celui que j’aime de tout mon coeur et de toute mon âme, celui qui occupe toutes mes pensées, à qui je voudrais confier le bonheur de ma vie ! Je risquerais tout pour lui et pour gagner une âme immortelle. Pendant que mes soeurs dansent dans le château de monpère, je vais aller trouver la sorcière de la mer, que j’ai tant en horreur jusqu’à ce jour. Elle pourra peut-être me donner des conseils et me venir en aide ». [...] Ce qui pousse un être à grandir est si puissant que rien sur sa route n’apparaît comme un obstacle, alors que ce même obstacle, quelques instants avant, peut sembler insurmontable.

La mutilation et la métamorphose

           La sorcière reçoit la Petite Sirène en précédant ses questions : elle connaît les raisons de sa venue, telle une mère toute-puissante s’immisçant dans l’intimité de son enfant et croyant tout connaître de lui/d’elle : « Je sais ce que tu veux, s’écria-t-elle en apercevant la princesse : tes désirs sont stupides ; néanmoins je m’y prêterai, car je sais qu’ils te porteront malheur. Tu veux te débarrasser de ta queue de poisson, et la remplacer par deux de ces pièces avec lesquelles marchent les hommes, afin que le prince s’amourache de toi, t’épouse et te donne une âme immortelle ». La Petite Sirène est surprise de constater que la sorcière ait pu percer le secret qu’elle pensait avoir tenu si bien caché. La sorcière va accéder à son souhait en lui donnant un « élixir » qui transformera sa queue de poisson en « deux de ces pièces avec lesquelles marchent les hommes ».

           La métamorphose renvoie à la période de la puberté, des transformations physiologiques, psychiques, et surtout au fait que cette transformation paraîtra invisible aux yeux de tous, puisque, en apparence, l’héroïne conservera la même physionomie que n’importe quelle femme : « Enfin tu as bien fait de venir ; demain, au lever du soleil, c’eût été trop tard, et il t’aurait fallu attendre encore une année. Je vais te préparer un élixir que tu emporteras à terre avant le point du jour. Assieds-toi sur le côté et bois-le. Aussitôt ta queue se rétrécira et se partagera en ce que les hommes appellent deux belles jambes. Mais je te préviens que cela te fera souffrir comme si l’on te coupait avec une épée tranchante. Tout le monde admirera ta beauté, tu conserveras ta marche légère et gracieuse, mais chacun de tes pas te causera autant de douleur que si tu marchais sur des pointes d’épingle, et fera couler ton sang ». Cependant, la particularité de cette transformation va s’avérer irréversible, comme toutes les transformations, du reste [...] Les étapes que l’on gravit pour grandir contiennent un caractère irréversible ainsi que F. Dolto le montre à travers la notion de « castration symboligène ». Grandir est une conquête, mais celle-ci implique nécessairement une perte. Le passage d’une étape de croissance à une autre contient à la fois une perte mais aussi un gain ; accepter la perte, c’est accepter de grandir, définitivement, se mettre en marche vers l’humanité. Du reste, la Petite Sirène accepte « le processus » en quelque sorte : « j’y consens, dit la princesse, pâle comme la mort ». Mais son consentement l’entraîne à conclure une transaction insensée : « En ce cas, poursuivit la sorcière, il faut aussi que tu me payes ; et je ne demande pas peu de chose. Ta voix est la plus belle parmi celles du fond de la mer, tu penses avec elle enchanter le prince, mais c’est précisément ta voix que j’exige en paiement. Je veux ce que tu as de plus beau en échange de mon précieux élixir » […] – Soit ! répondit la princesse, et la sorcière lui coupa la langue. La pauvre enfant resta muette ». La mutilation entraîne la perte de la voix, mais je me suis demandé si on pouvait entendre cette phrase comme correspondant à une prise de conscience soudaine de la part de la Petite Sirène : « elle resta muette », c’est-à-dire comme sidérée après la mutilation qu’elle venait de subir, sans avoir réalisé les conséquences que cet acte allait impliquer. Pour quelles raisons la Petite Sirène s’expose-t-elle à une telle mutilation ? [...]

La rencontre avec le prince : une relation impossible

           Le prince ne « reconnaîtra » jamais la femme à travers la jeune fille muette qu’il a devant lui : « Tous les jours le prince l’aimait de plus en plus, mais il l’aimait comme on aime une enfant bonne et gentille, sans avoir l’idée d’en faire sa femme ». Une femme sans voix, même avec l’apparence et les attributs de la féminité reste « une enfant » ; en revanche, une enfant, une femme mutilée, n’est pas menaçante pour le prince dont la virilité est naissante, puisqu’elle ne peut pas exprimer son désir.[...]. Voilà semble-t-il l’épreuve de la Petite Sirène qui, malgré les signes de la féminité, malgré les attributs qui l’enferment dans une « image », une représentation fantasmée de femme, ne la constituent pas pour autant comme sujet. Ce qui définit le sujet, c’est son accès à la langue, en tant que discours qui l’inscrit dans la chaîne de l’humanité, et à la parole, sur laquelle se fonde le besoin de rencontre et de communication et par laquelle s’exprime le désir.[...]

           Si on se laisse porter par le mouvement identificatoire que m’a imposé, pour ma part, ce récit, la fin du conte est tragique : jamais la Petite Sirène ne pourra dévoiler au prince qu’elle l’a sauvé de la noyade et qu’il lui doit la vie. Quant au prince, pris dans sa nostalgie d’un visage brouillé aperçu lors de son naufrage, il choisira d’épouser une autre femme. Au moment où ses soeurs la supplient de tuer le prince pour retourner dans le monde aquatique, la Petite Sirène retient son geste, et jette son couteau à la mer. Grâce à cet acte, cette « bonne action », elle rejoint le monde céleste des filles de l’air, et « prend son envol ».

 

La trame de ce conte

           Aspiration à grandir, mort symbolique et re-naissance, sont les étapes qui m’apparaissent constituer la trame de ce conte, où s’affirme que la douleur des épreuves à traverser est intrinsèque à la croissance psychique du sujet.[...] Sirène qui, dans un premier temps apparaît comme un conte de mise en garde, relate en fait le récit d’une naissance dont le drame s’inscrit dans un mouvement ascensionnel. Ce dont témoigne ce conte n’est-il pas la mise au monde, la naissance d’un sujet à lui-même ?

           A travers ce récit, nous traversons trois espaces, trois dimensions, trois mondes : le monde aquatique, le monde terrestre, le monde céleste. Entre chaque monde, existent des frontières molles, liquides, flottantes, poreuses, des espaces de transition. Ce qui sépare le monde aquatique du monde terrestre est la surface de l’eau : on peut sortir la tête hors de l’eau, mais on peut y replonger aussitôt. Puis, il y a la rive sur laquelle on se pose. Quant aux limites entre le monde terrestre et le monde céleste, l’air relie les deux. Mais dans le conte, c’est l’acte de suspendre une action, de la retenir et qui transforme radicalement le sujet, qui permet le passage de l’un à l’autre. La Petite Sirène, être mi-humain, mi-aquatique, rejoint les « filles de l’air ». Son corps physique auquel elle a attaché tant d’importance, devient immatériel et lui permet de s’envoler. Le passage du monde terrestre, symbolisant la matérialité, au monde céleste, représentant l’élévation de l’être, peut être perçu en termes de résolution psychique: la transformation de l’enfant/de l’adolescente en être adulte qui prend « son envol ».

           Dans ce conte, la puissance des éléments, l’eau, la terre, le ciel inscrit les personnages dans une dimension universelle: tout être humain ne traverse-t-il pas ces trois dimensions ? Le foetus sort du « bain », le liquide amniotique : l’eau est le premier élément contenant qui, lorsqu’on le quitte, permet la naissance à la vie. Puis, la naissance à la vie psychique représente un parcours à travers lequel l’enfant gravit les étapes de son développement accompagnées de régressions, d’avancées spectaculaires suivies parfois de « plongées » dans l’infantile, pour ensuite, à travers le choix de ses actes, devenir un adulte. C’est ce que symbolise le monde céleste ; mais pour cela, l’épreuve de la parole mise en scène dans ce conte, nous enseignerait que le passage de l’enfance à la maturité se définit par le langage, le langage qui dit le sujet que l’on veut être, qui permet la rencontre avec l’altérité, mais peut aussi l’empêcher.

           La Petite Sirène est attirée par le monde des humains, le monde terrestre, un monde qui n’est pas le sien, dont elle n’est pas issue, elle, fille de l’eau ; la Petite Sirène rêve d’un ailleurs, qui lui procurerait d’autres bénéfices que la simple existence à laquelle son essence la prédestine. Cette attirance qui la pousse de manière irrésistible vers un autre univers semble légitime ; ne pas quitter l’espace originel n’est pas propice à la croissance de l’être. Mais toute soif de devenir, de grandir comporte des risques ; la Petite Sirène les prend, les accepte, sans discuter les termes d’un contrat inconcevable si l’on se place en tant que spectateur de la scène. Mais si l’on prend le parti de l’héroïne, on est porté à adhérer à sa tentative. La Petite Sirène franchit une à une, les étapes du but qu’elle veut atteindre.

           Or, la fin du conte montre que son projet initialement conçu, échoue ; la Petite Sirène n’atteint pas son objectif. A première vue, cette fin tragique semble illustrer l’impuissance de la rencontre avec autrui, et nous désole. La fin de ce conte contient en effet un drame, puisque le projet n’aboutit pas, mais il contient en même temps sa résolution, car par son acte, la Petite Sirène rejoint le monde des « filles de l’air », le monde céleste ; cela ne m’est pas apparu tout de suite comme une issue positive. Je suis restée longtemps sous le choc de ce destin entravé, dont la route est barrée par l’incapacité à « dire » de la Petite Sirène, et par l’incapacité à « voir » du prince. [...] Cependant, de l’écart inéluctable entre plaisir attendu et satisfaction obtenue naît un sentiment d’inachevé qui le pousse en avant, toujours en avant. C’est pourquoi il se trouve irrémédiablement "condamné à investir", ainsi que le propose P. Aulagnier Condamnée « à grandir » semble être le processus dans lequel s’est engagée la Petite Sirène.

           La mutilation réelle de la perte de l’organe-langue subie par la Petite Sirène renvoie au concept de castration symboligène d’un sujet, castration symbolique en tant qu’organisateur du désir humain tel que le développe F. Dolto dans « L’image inconsciente du corps »40.

           L’importance de ces épreuves auxquelles se heurte le désir de l’enfant, épreuves appelées « castrations » sont nécessaires en ce sens qu’elles permettent la symbolisation. Au sens propre, la castration est la mutilation physique d’un individu qui le rend irréversiblement stérile. En psychanalyse, la notion de castration « rend compte d’un processus qui s’accomplit chez un être humain lorsqu’un autre être humain lui signifie que l’accomplissement de son désir sous la forme qu’il voudrait lui donner, est interdit par la loi »41. Ne peut-on pas considérer la voie choisie par La Petite Sirène en termes de processus de symbolisation ? En renonçant à l’acte qui l’aurait ramenée à sa condition initiale de sirène, elle renonce définitivement à l’emprise des pulsions ; la retenue de cet acte l’entraîne dans une autre dimension. La Petite Sirène, pour laquelle le support identificatoire féminin de type génital fait défaut, va se mettre en quête : désir de savoir, pulsion d’exhumer, recherche de « sa voie/voix ».

 

 

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<<Merci beaucoup pour ce beau travail de reflexion sur le livre la petite sirene mais j aurais aimer avoir la stuation initiale de ce contenue mais bon ce st pas grave c est pour mon controle de fracais en 6 eme j aurais voulu m inpirait un peu pour la stuatin initiale >>

<<Merci infiniment pour cette analyse, je suis tombée dessus par hasard, d ailleurs il y a t il un hasard, car j aime beaucoup les histoires et Devant mon cheminement personnel de plus en plus intuitif j ai découvert sidéré que ce cette histoire me ressemblait étrangement cette petite sirene déjà lu à ma fille m avait intriguée rien d étonnant alors qu il écume ma vie, je pense qu il éclairera les histoires que j ai envie d illustrer depuis longtemps, mille merci encore pour ce beau travail.>>

<< Quel beau travail de réflexion sur ce conte d’Andersen si peu connu (oui, Disney en change radicalement l’histoire). Merci!>>

 <<c super comme resumé: jador>>

<<merci pour ce magnifique travail, éclairant, réparateur.>>

<< Bien pour l’école >> <<C’est formidable>> <<j’ai trop aimer >>

<<Il est intéressant de constater qu’ à travers ce conte original pour l’époque, les problématiques humaines pour certains peuvent y être résumées symboliquement. Ce n’est peut-être pas tant un hasard si il fut mon préféré dès mon plus jeune âge, qui sait?>>

<< Il est intéressant de constater qu’ à travers ce conte original pour l’époque, les problématiques humaines pour certains peuvent y être résumées symboliquement. Ce n’est peut-être pas tant un hasard si il fut mon préféré dès mon plus jeune âge, qui sait?>>

<<Félicitations pour ce travail ! Votre analyse et fine et vos commentaires privés montrent votre parcours de développement personnel! Merci pour ce partage! Cordialement, Rachel>>

<<1000 MERCIS! DE TOUT MON COEUR D’ENFANT!>>

<<Vous m’avez beaucoup aidé, merci.>>

<<tres belle analyse de se conte>>

<<grace a ce conte j’ai reussis a m'ouvrir >>

<<Merci beaucoup pour cette analyse, réalisée avec une qualité et un soin admirables ! Elle m'a apportée un éclairage nouveau sur le conte et m'a permis d'en approfondir certains aspects qu'inconsciemment, je devinais mais que je n'aurais su mettre en mots. Félicitations pour ce fabuleux travail ! >>

<<Très belle analyse de ce conte!>>

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